Ces  des­sins de VanGogh dor­maient dans un pla­card

Dé­po­sé au Ca­fé de la gare d’Arles en 1890, peu avant la­mort de l’ar­tiste, cet in­es­ti­mable car­net s’est per­du dans les ar­chives pour fi­nir, après-guerre, dans les mains pro­fanes d’une jeune femme

Monaco-Matin - - L’événement - TEXTES: THO­MAS MI­CHEL tmi­chel@ni­ce­ma­tin.fr PHO­TOS: PA­TRICE LA­POI­RIE

Ils n’ont su­bi ni les affres des élé­ments, ni ceux du temps. Tout juste ont-ils été­ma­ni­pu­lés en 120 an­nées d’un état vé­gé­ta­tif­qua­si-per­ma­nent. Dé­cou­verts dans le pla­card d’une­mo­deste fa­mille du Mi­di voi­là­huit ans, 65 des­sins réa­li­sés entre1888 et 1890par VanGogh, au ca­lame (ro­seau taillé en pointe) sur le pa­pier d’un brouillard­de­caisse (li­vre­de­comptes), ont été au­then­ti­fiés pour of­fi­ciel­le­ment re­voir le jour, hieràPa­ris, lors d’une confé­ren­ce­de­presse an­non­çant la sor­tie mon­diale, de­main, d’un ou­vrage in­ti­tu­lé Le Brouillard d’Arles, car­net re­trou­vé­deVan Gogh(lire pages2à5). Au­teur de­cette dé­cou­verte qu’il qua­li­fie « d’une des plus grandes de l’His­toire de l’art de­puis le Co­dex de Léo­nard­deVin­ci » , les­pé­cia­liste de l’art des XIXe et XXe siècles, pré­sident de l’Hô­tel des ventes de Monte-Car­lo et man­da­taire exclusif de la pro­prié­tai­redes des­sins, Franck Baille, aap­por­té son concours au livre-évé­ne­ment écrit par Bo­go­mi­la Welsh-Ova­cha­rov, émi­nente ex­perte deVan Gogh.

Champ de tour­ne­sols. Août- sep­tembre , Saint-Ré­my- de-Pro­vence. Bo­go­mi­la Welsh : « On dit tou­jours que Van Gogh était un pan­théiste mais c’est plu­tôt un pa­nen­théiste(*). On sent que Dieu est pré­sent par­tout. » Doc­tri­ne­quiad­met­que­tout es­tenDieu, pa­rop­po­si­tion au­pan­théisme, qui ad­met que tout est Dieu.

Au­teur de la dé­cou­verte, Franck Baille s’est confié à sa consoeur et ex­perte, Bo­go­mi­la Welsh- Ov­cha­rov qui, ai­dée de l’ex­pert de la pé­riode ar­lé­sienne de Van Gogh, Ro­nald Pi­ck­vance, a écrit Le Brouillard d’Arles, com­pi­lant les  des­sins aux di­men­sions ori­gi­nales.

Seul por­trait connu de Gau­guin par Van Gogh. Réa­li­sé en no­vembre ou avant le  dé­cembre . Bo­go­mi­laWelsh : « Je n’ai eu au­cun pro­blème à re­con­naître Gau­guin. Son nez, ses yeux… Il s’ha­billait sou­vent de la même ma­nière et porte le même genre de pull-over et de col que sur Por­trait de l’ar­tiste au Ch­rist jaune (entre  et ). L’ex­pres­sion des yeux est très forte. »

Franck Baille : « On a pris  coups de poing à l’es­to­mac et consi­dé­ré, dès le dé­part, qu’on était en face d’une dé­cou­verte ma­jeure. »

« Il avait ache­té de grands vo­lumes de The Lon­don Il­lus­tra­ting News et The Gra­phic pour étu­dier les plus grands illus­tra­teurs an­glais. Re­gar­dez cet­te­bouche et ces yeux ma­gni­fiques! Les sour­cils… C’est presque du pro­to­cu­bisme. Quel­qu’un m’a même dit du Fran­cis Ba­con… Le mo­de­lé du vi­sage a une vi­va­ci­té proche de la ca­ri­ca­ture. »

Une note ano­dine d’un em­ployé du Ca­fé de la gare d’Arles, da­tée du   mai     , est ve­nue confir­mer l’ori­gine des des­sins re­trou­vés.

Au­to­por­trait au cha­peau de paille. Juillet ou août . Bo­go­mi­la Welsh: « Cet au­to­por­trait est ma­gni­fique. Il y a du rouge car il est au mi­lieu d’une ré­colte, porte un cha­peau mais est brû­lé par le so­leil, même sur les lèvres. On sent l’in­ten­si­té­du so­leil. Il a uti­li­sé un crayon avant de faire ce qui est peut-être un cro­quis. »

Por­trait de Jo­seph-Mi­chel Gi­noux I. Dé­but dé­cembre , Arles. Bo­go­mi­la Welsh:

Ba­teaux en mer, Saintes- Ma­rie- de- lamer. Entre le  mai et le  juin .

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.