Pro­cès Man­del: tir mor­tel en­di­rect

La cour d’as­sises a vi­sion­né, hier, la vi­déo gla­çante du drame qui a coû­té la vie à Pierre Tor­re­gros­sa, abat­tu à Ro­que­brune. Le seul tort de la vic­time était de vou­loir ré­cu­pé­rer son fils

Monaco-Matin - - Côte D’azur - CHRISTOPHE PERRIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

La plu­part des membres de la fa­mille Tor­re­gros­sa pré­fèrent quit­ter la salle ce mer­cre­di ma­tin, au troi­sième jour du pro­cès. Pa­trick Ve­ron, le pré­sident de la cour d’as­si­se­sa­dé­ci­dé de dif­fu­ser les en­re­gis­tre­ments vi­déo du drame. MarcMan­del, un Mo­né­gasque de 44 ans, l’au­teur du coup de feu mor­tel, ex­pert au­to­mo­bile pas­sion­né de do­mo­tique et d’in­for­ma­tique, avait équi­pé sa ré­si­dence se­con­daire de deux ca­mé­ras de surveillance, au 2230 route de la Tur­bieàRo­que­brune-Cap-Mar­tin. Un ex­pert de la po­lice scien­ti­fique est in­vi­té à com­men­ter le film. Une ca­mé­ra fixe la ter­rasse du cha­let en sur­plomb. L’au­tre­ba­laie l’en­trée en contre­bas de la pro­prié­té. Nous sommes le 7 oc­tobre 2011 vers 19 h, il fait jour.

« Je vais te plom­ber »

À l’époque, Pierre Tor­re­gros­sa, en guerre avec son ex-com­pagne, So­phie Man­del, cher­che­par­tout son fils de 7 ans dont il est pri­vé de­puis plu­sieurs mois. Il de­vait le ré­cu­pé­reràMo­na­co, mais la mère et l’en­fant n’étaient pas, une fois de plus, au ren­dez-vous. Pierre Tor­re­gros­sa, en co­lère, dé­cide alors de se rendre dans la ré­si­dence se­con­daire du couple. « On voit Pierre Tor­re­gros­sa sor­tir de sa voi­ture, com­mente l’ex­pert. On sup­pose qu’il monte à pied vers la mai­son. Le bruit de fond in­ces­sant peut faire pen­ser à un ar­ro­sage au­to­ma­tique. » Sur l’écran de droite, on aper­çoit Marc Man­del sor­tir sur sa ter­rasse. D’après la re­cons­ti­tu­tion, les deux hommes se sont re­trou­vés à six mètres de dis­tance. Pierre Tor­re­gros­sa re­part vers son vé­hi­cule (un mo­no­space Opel). Les ju­rés sont at­ten­tifs. L’ac­cu­sé, lui, pré­fère se dé­tour­ner des images. L’en­re­gis­tre­ment so­nore est mé­diocre mais l’ex­pert dé­crypte les pa­roles échan­gées. « Il n’est pas là, il n’est pas là je te dis. ( ndlr: sou­sen­ten­du l’en­fant) T’es chez moi, tire-toi » , crie MarcMan­del. Pierre Tor­re­gros­sa re­part à son vé­hi­cule. La ca­mé­ra change d’angle. Zoom sur Pier­reTor­re­gros­sa, qui rentre dans sa voi­ture, ma­ni­pule des pa­piers. Il res­sort, s’ap­puie sur sa voi­ture, et té­lé­phone. Marc Man­del: Dé­pêche-toi, bar­re­toi d’ici connard. Je vais te plom­ber.

Pierre Tor­re­gros­sa : T’as des couilles avec une arme. Qu’est-ce que tu me fais? - Viens, je vais te plom­ber. - Vas-y vise sur moi, vas-y. La dé­to­na­tion– gla­çante – fige l’as­sis­tance. Pierre Tor­re­gros­sa dis­pa­raît su­bi­te­ment du champ de la ca­mé­ra, fou­droyé. « Al­lez barre-toi main­te­nant. Le pro­chain il est pour toi. Je t’avais dit de ne pas res­ter là », hurle le ti­reur qui, ma­ni­fes­te­ment, n’a pas conscience d’avoir mor­tel­le­ment at-

teint Pierre Tor­re­gros­sa. Ar­mé d’un Flash-Ball et de son fu­sil à pompe, il des­cend le che­min d’ac­cès à son cha­let. À l’écran, il ar­rive près de l’Opel, ferme la por­tière, té­lé­phone aux se­cours af­fo­lé tout en es­sayant de stop­per l’hé­mor­ra­gie de la vic­time. Le dé­bat sur l’in­ten­tion meur­trière de l’ac­cu­sé pro­met d’être in­tense ces jours pro­chains.

(photos C. Perrin)

Les avo­cats de la dé­fense (Mes Sous­si, Lauze et Sco­la­ri) s’op­posent à l’ac­cu­sa­tion (l’avocat gé­né­ral Kar­cen­ty) au su­jet de la vo­lon­té ho­mi­cide de Marc Man­del.

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