L’élec­tron libre s’est « en­fin » lan­cé

Monaco-Matin - - France - Par MI­CHÈLE COTTA

Ma­cron can­di­dat à la Pré­si­dence de la Ré­pu­blique. On a presque en­vie de dire : « En­fin! » , tant a du­ré le sus­pense en­tre­te­nu par l’an­cien mi­nistre de l’Éco­no­mie de Fran­çois Hol­lande. Le mo­ment choi­si n’est évi­dem­ment pas dû au ha­sard : Em­ma­nuel Ma­cron s’en­gage dans la ba­taille quatre jours avant le pre­mier tour de la pri­maire de la droite et du centre. Et bien avant que Fran­çois Hol­lande ne fasse sa­voir si oui ou non, il se­ra can­di­dat lui-même à sa suc­ces­sion. Le tout nou­veau can­di­dat prend ain­si tout le monde de court, es­pé­rant dès main­te­nant dy­na­mi­ter ses fu­turs ad­ver­saires, à quelque bord­qu’ils ap­par­tiennent. Sans rien dans les­mains ni rien­dans les poches? Pas tout à fait. Le ca­pi­tal po­li­tique d’Em­ma­nuelMa­cron se li­mite, ce n’est certes pas rien, à de bons son­dages et une po­pu­la­ri­té qui laisse loin der­rière lui ceux dont il était, il y a quelques mois, le mi­nistre, Fran­çois Hol­lande etMa­nuel Valls. Peut- être pro­fite-t-il aus­si, au moins pour le­mo­ment, de la sorte de chaos po­li­tique dans le­quel est plon­gée la France au­jourd’hui : une gauche en miettes, que la can­di­da­ture de Ma­cron émiette au­de­meu­rant da­van­tage, et une droite dont les prin­ci­paux lea­ders, ai­guillon­nés par la pri­maire, sou­lignent avec ar­deur tout ce qui les sé­pare plu­tôt que ce qui les réunit. Mais, pour le reste, la « ré­vo­lu­tion dé­mo­cra­tique » que pro­metMa­cron reste vague, les quelques pro­po­si­tions avan­cées ne sont pas d’une bou­le­ver­sante nou­veau­té, et son socle élec­to­ral est li­mi­té, même s’il compte par­mi ses sou­tiens quelques par­le­men­taires in­fluents. C’est donc d’abord, sur sa per­son­na­li­té, sur sa jeu­nesse, sa croyance en lui-même, son re­fus du

« sys­tème » , – dont il fai­sait par­tie il n’y a pas si long­temps – qu’il compte avant tout pour en­traî­ner der­rière lui les pro­gres­sistes de gauche et de droite. Pour­quoi donc Em­ma­nuel Ma­cron fait-il peur à tout le monde? Parce qu’il chasse sur toutes les terres, et en­tend faire ve­nir à lui les dé­çus de la gauche, ceux de la droite et aus­si, pour faire bon poids, les scep­tiques ou les dé­goû­tés de l’ac­tion­po­li­tique. Contre lui, de toutes parts, les armes sont af­fû­tées. Alain Jup­pé, hier, l’a com­plai­sam­ment dé­crit comme Bru­tus, prompt à plan­ter un cou­teau­dans le dos de Fran­çois Hol­lande dont il a été long­temps le fa­vo­ri. Ma­nuel Valls a dé­non­cé, lui, l’aven­ture in­di­vi­duelle d’un homme sans ex­pé­rience, sans an­crage po­li­tique, hors sol, en­quelque sorte. Em­ma­nuel Ma­cron per­turbe peut- être la droite, mais c’est le duo exé­cu­tif, si l’on­peut en­core par­ler de duo, qu’il met dans une si­tua­tion­dif­fi­cile, si­non im­pos­sible : comment Fran­çois Hol­lande au­rait-il une chance d’être élu si son an­cien mi­nistre lui dis­pute une par­tie de son élec­to­rat dé­jà fra­gi­li­sé par la mul­ti­pli­ci­té de can­di­da­tures à gauche ? Com­mentMa­nuel Valls peut-il es­pé­rer, lui, si Fran­çois Hol­lande je­tait l’éponge, in­car­ner une gauche de gou­ver­ne­ment mo­derne, alors que, res­té un élec­tron libre, Em­ma­nuel Ma­cron s’est ins­tal­lé, avant lui, sur ce cré­neau? Ma­cron can­di­dat ? Des morts à gauche, à coup sûr.

« Il chasse sur toutes les terres, et en­tend faire ve­nir à lui les dé­çus de la gauche, ceux de la droite et aus­si les scep­tiques ou les dé­goû­tés de l’ac­tion po­li­tique. »

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.