Le coup de gueule des  jour­na­listes li­cen­ciés

Une ré­dac­tion va mou­rir le mois pro­chain. Huit des douze sa­la­riés de Ra­dio Mo­na­co quit­te­ront l’en­tre­prise le 31 dé­cembre. Après des se­maines de si­lence, ils dé­noncent leurs condi­tions de dé­part

Monaco-Matin - - La Une - JOËLLE DEVIRAS jde­vi­ras@mo­na­co­ma­tin.mc

Ils sont huit. Huit femmes et hommes, confrères pour ceux qui sont jour­na­listes, tous pas­sion­nés d’in­for­ma­tion, tous li­cen­ciés de Ra­dio Mo­na­co. Fin dé­cembre, les deux tiers de la SARL au­ront quit­té l’en­tre­prise ins­tal­lée au Gil­do Pas­tor Cen­ter. Il n’y au­ra plus d’in­fos trai­tées en lo­cal sur 95.4. Franck Blan­chon, Jim­my Bour­si­cot, Ca­mille Chap­puis, Jean-Ch­ris­tophe Di­mi­no, Franck Her­mann, Ca­the­rine Po­mart, Jean-Ch­ris­tophe San­chez, Kel­ly Var­gin. Vous connais­sez cer­taines de leur voix qui vous ac­com­pagnent chaque jour de­puis plu­sieurs années. Au­jourd’hui, si rien ne trans­pa­raît sur les ondes, les huit li­cen­ciés im­mi­nents ont tous la gorge nouée. « Il y a toute une ré­dac­tion mo­né­gasque qui n’a plus le coeur à la fête », ex­pliquent-ils d’une seule voix. Après le coup de mas­sue qu’ont pro­vo­qué les huit lettres de li­cen­cie­ment, puis le mé­con­ten­te­ment à la fin des dis­cus­sions avec le gé­rant Richard Bor­fi­ga, les sa­la­riés prennent la plume pour dire ce qui se passe hors mi­cro.

Pas d’al­ter­na­tive

« L’en­semble de l’en­ca­dre­ment, de l’an­tenne au com­mer­cial en pas­sant par le mar­ke­ting et la to­ta­li­té des jour­na­listes, nous tous sommes re­mer­ciés en cours de sai­son et sans au­cune concer­ta­tion préa­lable ni al­ter­na­tive pos­sible. » Il faut sa­voir qu’en ra­dio, les pro­grammes sont ca­lés de sep­tembre à juin. Trou­ver un em­ploi en cours de sai­son, qui plus est dans un sec­teur du­re­ment frap­pé par la crise, re­lève qua­si­ment de l’im­pos­sible. Sauf à en­vi­sa­ger une re­con­ver­sion pro­fes­sion­nelle – et au­cun sa­la­rié mo­né­gasque n’a droit à une for­ma­tion ré­mu­né­rée –, ils ont donc la qua­si- cer­ti­tude d’être sans em­ploi au moins jus­qu’à la ren­trée 2017… Face à ce constat, Richard Bor­fi­ga note: « On est obli­gé de res­pec­ter les gens au maxi­mum. Ils de­mandent une ré­mu­né­ra­tion pleine jus­qu’en sep­tembre pour pou­voir fi­nir la sai­son. C’est nor­mal que nous les écou­tions et que nous fas­sions du cas par cas. Li­cen­cier, ce n’est pas fa­cile. » Être li­cen­cié, l’est peut-être moins en­core… Sur­tout lorsque la loi ne donne qu’un cin­quième de mois de sa­laire par an­née tra­vaillée dans l’en­tre­prise. « C’est nor­mal qu’il y ait une prime de dé­part », sou­li­gneRi­chardBor­fi­ga. On n’en sau­ra pas plus du cô­té de l’em­ployeur. À six se­maines de leur dé­part, les sa­la­riés, eux, af­firment n’avoir re­çu au­cune pro­po­si­tion ferme.

Plus d’un mil­lion d’eu­ros de perte par an

Et ils pour­suivent : « C’est une ur­gence “éco­no­mique” qui jus­ti­fie­rait cette bru­ta­li­té ex­trême, bien que le rayon­ne­ment de la ra­dio et son chiffre d’af­faires n’aient ja­mais été aus­si éle­vés. » Se­lon nos sources, la ra­dio per­drait plus d’un mil­lion d’eu­ros par an. Une somme im­por­tan­te­mais un dé­fi­cit qui ne date pas d’hier. Seul élé­ment nou­veau, la no­mi­na­tion de Richard Bor­fi­ga en juillet der­nier pour suc­cé­der à Fa­brice La­rue. Deux pro­fils très dif­fé­rents. « Au­jourd’hui, il s’agit de re­po­si­tion­ner la ra­dio et la mettre en adé­qua­tion avec la po­pu­la­tion lo­cale, ex­plique Thomas Giac­car­di, avo­cat qui dé­fend les intérêts de Gil­do Pal­lan­ca-Pas­tor et de son épouse, tous deux ac­tion­naires. Nous avons un marché qui ne nous per­met pas de conti­nuer à avoir une ap­proche iden­tique à celle d’une ra­dio na­tio­nale. » Cette ap­proche, qui mon­trait am­bi­tion, dé­ter­mi­na­tion et un goût cer­tain­pour les mé­dias, au­ra pour­tant du­ré presque dix ans. Il faut tou­te­fois re­con­naître que le contexte ac­tuel, avec un ac­tion­naire con­sul gé­né­ral de Mo­na­co à New York de­puis le 5 mai 2015, n’est pas le même qu’en 2007… Mais plus qu’être vic­times d’une lo­gique éco­no­mique, les sa­la­riés se sentent mal consi­dé­rés, « au­mé­pris des règles so­ciales élé­men­taires, sans pré­sen­ter de plan d’ac­com­pa­gne­ment ou de me­sures com­pen­sa­toires. Pire en­core, en pro­po­sant à cer­tain(e)s de conti­nuer à tra­vailler pour cette même so­cié­té, sans être dé­cla­ré ou sous un sta­tut fran­çais d’au­to- en­tre­pre­neur. (...) Nous sommes in­di­gnés du manque de consi­dé­ra­tion et du peu d’hu­ma­ni­té dont font preuve nos di­ri­geants ». « Cette in­for­ma­tion est fausse, rétorque Richard Bor­fi­ga. Je re­pré­sente les intérêts de Mon­sieur Pas­tor et je ne vois pas l’in­té­rêt de les faire tra­vailler au noir. Le risque est trop im­por­tant. » Cette polémique, en fin de compte, ne change en rien à l’im­pla­cable réa­li­té: le 31 dé­cembre 2016, huit sa­la­riés de Ra­dio Mo­na­co se re­trou­ve­ront au chô­mage.

(Photo Mi­chael Ale­si)

Ils conti­nue­ront à don­ner le change à la ra­dio mais ont dé­ci­dé de sor­tir du si­lence quant au plan de li­cen­cie­ment qu’ils su­bissent ac­tuel­le­ment.

(DR)

A par­tir du  jan­vier, il n’y au­ra cer­tai­ne­ment plus per­sonne pour prendre le mi­cro et pré­sen­ter l’ac­tua­li­té lo­cale et in­ter­na­tio­nale.

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