Les on­co­logues : « Ce se­rait un vrai scan­dale sa­ni­taire »

Monaco-Matin - - France -

Jé­rôme Bar­rière est on­co­logue mé­di­cal à la Po­ly­cli­nique Saint-Jean de Ca­gnes­sur-Mer, et at­ta­ché au Centre An­toine-La­cas­sagne à Nice. Oli­vier Castelnau est on­co­pneu­mo­logue à la Po­ly­cli­nique Saint-Jean de Ca­gnes­sur-Mer, et à l’Ins­ti­tut Ar­nault-Tzanck à Saint-Laurent-du-Var. Ils sont sou­te­nus dans leur ac­tion par le Pr Mau­rice Sch­nei­der, pré­sident de la Li­gue­contre le­can­cer06, as­so­cia­tion qui avait été la pre­mière à aler­ter sur le pro­blème ma­jeur po­sé par le coût­des­mo­lé­cules in­no­vantes en can­cé­ro­lo­gie.

Pour­quoi avez-vous dé­ci­dé de prendre la­pa­role?

Nous es­ti­mons de notre de­voir de mé­de­cin d’aler­ter l’opi­nion­pu­blique sur un risque ma­jeur de santé pu­blique concer­nant l’ac­cès aux nou­velles mo­lé­cules in­no­vantes en can­cé­ro­lo­gie, en par­ti­cu­lier l’im­mu­no­thé­ra­pie dont le ni­vo­lu­mab est un des chefs de file. La prise en charge des pa­tients, prin­ci­pa­le­ment at­teints d’un cancer du pou­mon avec­mé­tas­tases, mais aus­si d’un mé­la­nome, dé­pend de plus en plus de cette mo­lé­cule dont l’ef­fi­ca­ci­té a été prou­vée par rap­port à une chi­mio­thé­ra­pie conven­tion­nelle, avec une du­rée de vie plus longue et une meilleure qua­li­té de vie pour de nom­breux pa­tients.

Pour­quoi sommes-nous dans l’im­passe?

Le ni­vo­lu­mab, dis­po­nible de­puis l’été , ne peut plus être dis­pen­sé dans cer­tains établissements, ou seule­ment de fa­çon ex­trê­me­ment li­mi­tée car son fi­nan­ce­ment est pour le mo­ment sup­por­té par les établissements de santé, du sec­teur pu­blic ou­pri­vé, qui doivent faire l’avance de sommes im­por­tantes en payant sans at­tendre le la­bo­ra­toire BMS. En ef­fet, mal­gré son AMM, le mé­di­ca­ment n’est tou­jours pas ins­crit sur la liste en sus [la liste des mé­di­ca­ments très oné­reux, per­met­tant un rem­bour­se­ment di­rect par l’Assurance-ma­la­die, Ndlr] et ce donc de­puis plus de  mois !

Vous dites que ces mé­di­ca­ments mettent en pé­ril des établissements?

Ab­so­lu­ment. L’avance de tré­so­re­rie est ain­si de l’ordre de   eu­ros à la Po­ly­cli­nique Saint-Jean (pre­mier éta­blis­se­ment de la ré­gion à avoir per­mis l’ac­cès des ma­lades à ces in­no­va­tions) et de plus de   eu­ros au Centre An­toine-La­cas­sagne. Les re­tards de rem­bour­se­ment et les créances oc­ca­sion­nées sont de na­tu­reà­mettre en pé­ril l’équi­libre fi­nan­cier des établissements de santé en pé­na­li­sant les centres qui per­mettent l’ac­cès à l’in­no­va­tion au plus grand nombre de pa­tients sans sé­lec­tion.

Com­ment ce­la va se tra­dui­re­pour les pa­tients?

Les­pa­tientsà Saint-Jean ne pour­ront plus, dans les jours qui viennent, être trai­tés, et vont de­voir être pris en charge dans un autre centre – s’il ac­cepte, car ce­ci va créer un dés­équi­libre fi­nan­cier pour cet éta­blis­se­ment d’ac­cueil.

Et vous dites que le pire reste à ve­nir?

Oui, dans la me­sure où le ni­vo­lu­mab, et d’autres mo­lé­cules voi­sines, vont de­ve­nir des ré­fé­rences pour les can­cers ORL, du rein, de ves­sie etc. Si nous n’aler­tons pas dès au­jourd’hui, nous ne pour­rons plus prendre en charge nos pa­tients, et l’ac­cès à l’in­no­va­tion dis­pa­raî­tra au­pro­fit des trai­te­ments conven­tion­nels, moins ef­fi­caces et moins bien to­lé­rés, avec une réelle perte de chance de vie pour nos pa­tients. Ce se­rait alors un vrai scan­dale sa­ni­taire.

Que fau­drait-il faire ?

Il fau­drait que l’État s’en­gage im­mé­dia­te­ment à rem­bour­ser l’avance des frais en­ga­gés et sur un ca­len­drier de paie­ment beau­coup plus ra­pide pour per­mettre l’ac­cès aux mo­lé­cules in­no­vantes avant leur ins­crip­tion sur la liste en sus. Et BMS doit ac­cep­ter de faire l’avance du ni­vo­lu­mab aux phar­ma­cies des établissements et de se faire payer dès ré­cep­tion des fonds par les établissements de santé.

(Pho­tos DR et S. Bo­tel­la)

Les doc­teurs Oli­vier Castelnau et Jé­rôme Bar­rière tirent la son­nette d’alarme.

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