La lé­gende Bé­bel nous ra­conte ses mé­moires

À 83 ans, la star a en­fin ac­cep­té de ra­con­ter sa vie tré­pi­dante, d’homme comme d’ac­teur. Ha­bi­tué de la Côte d’Azur, le Pro­fes­sion­nel a ac­cep­té de nous re­ce­voir chez lui à Pa­ris

Monaco-Matin - - La Une - ALEXANDRE CARINI aca­ri­ni@ni­ce­ma­tin.fr

Il vous tend le poing gauche aux doigts constel­lés de ba­gouses. Sou­rire bien­veillant. Sa fa­çon de vous sa­luer cha­leu­reu­se­ment, de­puis qu’un ac­ci­dent vas­cu­laire cé­ré­bral a im­mo­bi­li­sé sa main droite. Amoin­dri, mais tou­jours ma­gni­fique… À 83 ans. Con­for­ta­ble­ment ins­tal­lé dans un fau­teuil de cuir, Jean-Paul Bel­mon­do conserve cette au­ra qui éma­nait dé­jà du jeune pre­mier, bien avant que l’ac­teur ne de­vienne monstre sa­cré. À cô­té de lui, à por­tée,

L’Équipe, que ce pas­sion­né de sport n’a ja­mais ces­sé de lire de­puis sa créa­tion en 1946. Même si l’heure n’est évi­dem­ment plus aux cas­cades. Dans l’ap­par­te­ment cos­su du 7e ar- ron­dis­se­ment de Pa­ris où il nous re­çoit, trônent à la fois le Lion de la Mos­tra de Ve­nise et la Palme de Cannes. Der­niers hon­neurs en or, dé­cer­nés à son in­croyable car­rière. Pour la pre­mière fois,

l’homme de Rio aux plus de 80 films, ac­cepte de faire un tra­vel­ling ar­rière sur sa vie. Sans ra­len­ti !

Du théâtre au box- of­fice ci­né­ma

Son au­to­bio­gra­phie, Mille vies valent mieux qu’une (Fayard) ( 1), est un tour­billon. La tra­jec­toire pro­di­gieuse d’une ve­dette du 7e art, qui a sur­fé sur la Nou­velle Vague et ses films d’au­teurs avant de de­ve­nir l’un des ac­teurs les plus po­pu­laires et les plus « ban­kable » du ci­né­ma fran­çais. Tête d’af­fiche au nez cas­sé, dont le nom Bel­mon­do écrit en gros suf­fi­sait sou­vent à rem­plir les salles par mil­lions. Quel que soit le scé­na­rio. Un hé­ros, au­quel se sont iden­ti­fiées plu­sieurs gé­né­ra­tions. Une star par­fois égra­ti­gnée par la cri­tique, tou­jours ac­cla­mée par le pu­blic. Mais aus­si un gar­ne­ment in­dis­ci­pli­né qui trou­va d’abord sa planche de sa­lut au théâtre. Entre deux coups de poings sur un ring, ou dans une ba­garre de bis­trot, le­ver de ri­deau… Un pre­mier rôle qui ne s’est ja­mais pris au sé­rieux. Parce que l’exis­tence est trop courte pour ne pas en­vi­sa­ger le rire. Dé­con­neur né, pour le­quel l’art dra­ma­tique ne dure que le temps d’une scène (et en­core !). Qui trans­for­mait sys­té­ma­ti­que­ment ses lieux de tour­nage, en pla­teaux de co­mé­die. Potes et blagues po­taches. Ja­mais à bout

de souffle quand il s’agit d’en in­ven­ter une bonne. Ac­teur, oui, mais les co­pains d’abord. Ma­rielle, Ro­che­fort, Cre­mer… et autres mous­que­taires du Conser­va­toire. Bel­mon­do, flam­beur fa­çon Gui

gno­lo. À Mar­seille, il cô­toya le « sa­mou­raï » De­lon, meilleur ri­val de sa gé­né­ra­tion. Bor­sa­li­no, avant de jouer au flic ou voyou sur la Côte d’Azur. Un sé­duc­teur à la gueule de boxeur, qui tint quelques-unes des plus belles femmes dans ses bras mus­clés. Un co­mé­dien in­sen­sé et pas­sion­né qui fit de son re­tour sur scène avec Kean, un vé­ri­table coup de théâtre. Son AVC de 2001 a ra­len­ti la course ef­fré­née de ce Pier­rot le

fou, qui rou­lait à tom­beau ou­vert au vo­lant de belles dé­ca­po­tables. Mais l’homme et son

chien, que l’on avait croi­sé clau­di­quant, ap­puyé sur une canne le long de la Croi­sette, a su re­le­ver ce gant-là aus­si. À Pa­ris, sa chienne Chi­pie est là, qui aboie et glisse sur le par­quet, avant de se flan­quer aux pieds de son maître. On sonne. Ar­rive le fi­dèle Charles Gé­rard, qui ne rate pas un dé­jeu­ner avec son ami. Et puis Maître Go­dest, l’avo­cat de tou­jours.

Le sens de la fa­mille

L’en­tre­tien se dé­roule sous le re­gard, plein de res­pect et d’amour, de son fils Paul. De ses ori­gines si­ci­liennes, Jean-Paul a gar­dé le sens de la fa­mille. Les Bel­mon­do sont un clan uni. Pa­triarche à cri­nière blanche, Jean-Paul se tient dé­sor­mais à l’écart des pro­jec­teurs du 7e art. Il pa­raît avoir dé­fi­ni­ti­ve­ment ti­ré le ri­deau sur le théâtre. Quoi que… Avec l’As des as, on ne sait ja­mais. Le livre re­met à la fois l’ac­teur et l’homme en pleine lu­mière. Alors certes, Bel­mon­do n’est plus à l’af­fiche. Mais Bé­bel est éter­nel…

Jean-Paul Bel­mon­do, rayon­nant sur le ta­pis rouge de Cannes en , pour re­ce­voir sa palme d’hon­neur. Et Be­bel dans toute sa splen­deur en , à l’heure où l’ac­teur cham­pion du box- of­fice ré­glait ses propres cas­cades de­puis un pon­ton de l’île Sainte-Mar­gue­rite, avec son ami Ré­my Ju­lienne.

(Pho­tos N-M)

(Pho­to AFP)

Ils ont sou­vent joué les flics. Alors pas éton­nant de re­trou­ver Alain De­lon et Jean- Paul Bel­mon­do au siège de la PJ, mar­di, pour la re­mise du Prix du Quai- des-Or­fèvres (ro­man po­li­cier)

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