A-t-on vrai­ment tout es­sayé

C’est le fléau du XXIe siècle. Der­rière les chiffres et les ca­té­go­ries, il y a des hommes et des femmes. Dont cer­tains ont de­puis créé leur job. Et si c’était une par­tie de la so­lu­tion?

Monaco-Matin - - Le Dossier Du Dimanche - Dos­sier : Caroline ANSART, Guillaume AUBERTIN, So­phie CASALS, Jé­ré­my COLLADO, Au­rore MALVAL et Vincent ROZERON. Pho­tos : Pa­trice LAPOIRIE, Da­vid LATOUR, Cé­dric RAGNOLO, Phi­lippe BERTINI et MaxPPP/DPA.

Le constat n’est plus à faire et, pour­tant, on le re­fait chaque mois. Avec Fran­çois Hol­lande au pou­voir, qui pro­met­tait d’in­ver­ser la fa­meuse courbe du chô­mage, la com­mu­ni­ca­tion des chiffres par le gou­ver­ne­ment est de­ve­nu une sorte de ri­tuel tan­tôt dé­pri­mant, tan­tôt op­ti­miste. Michel Sa­pin s’y col­lait; c’est dé­sor­mais à la mi­nistre My­riam El Khom­ri, qui s’était « plan­tée » sur le re­nou­vel­le­ment des CDD, qu’échoit cette tâche in­grate. L’exer­cice est ro­dé: on « en­re­gistre une baisse » , on se ré­jouit d’une « em­bel­lie » . On lance des ap­pels d’es­poir et l’op­po­si­tion ré­clame des me­sures fortes, tout en dé­non­çant les ma­noeuvres du mi­nis­tè­re­duT­ra­vail. Et puis? Plus rien, avant le mois sui­vant… Ba­taille de chiffres, ba­taille de com’. Fi­na­le­ment, le pré­sident de la Ré­pu­blique est en passe de réus­sir son pa­ri. Se­lon l’In­see, les créa­tions d’em­plois pri­vés ont at­teint, au troi­sième tri­mestre 2016, un ni­veau ja­mais vu de­puis la crise de 2008… Trois rai­sons à ce­la: une lé­gère re­prise éco­no­mique; la haus­sedes contrats ai­dés; et le­plande for­ma­tion mis en oeuvre pour 500000 chô­meurs.

Faut- il vrai­ment se ré­jouir ?

Ré­sul­tat: 69250 de­man­deurs d’em­ploi – ayant dé­cla­ré n’exer­cer au­cune ac­ti­vi­té – ont été re­cen­sés au mois d’oc­tobre dans les Alpes-Ma­ri­times, soit en­vi­ron 10%. Dans le Var, on frôle les 11%, avec près de 60960 de­man­deurs d’em­ploi au comp­teur. En France, ils sont 3,49 mil­lions (pour la seule et même ca­té­go­rie A). C’est as­sez pour que Fran­çois Hol­lande dé­gaine les dé­cla­ra­tions et plas­tronne sur le « dé­but d’in­ver­sion de

la courbe du chô­mage ». Pour­tant, pas de quoi pa­voi­ser car en la ma­tière, la France compte tout de même 1,16 mil­lion de de­man­deurs d’em­ploi sup­plé­men­taires (ca­té­go­ries A, B et C confon­dues cette fois, donc y com­pris des gens ayant une ac­ti­vi­té à temps par­tiel) de­puis son élec­tion…

Qui sont les plus tou­chés?

Sans sur­prise, les quar­tiers dé­fa­vo­ri­sés sont ceux qui souffrent plus que les autres, même si les centres-vil­lene sont pas épar­gnés. Et sur­tout, les jeunes sont les plus at­teints, eux qui ne rêvent plus de len­de­mains qui chantent mais savent, mal­heu­reu­se­ment, qu’ils ne vi­vront pas aus­si bien que leurs pa­rents. Der­rière le chô­mage, la peur du dé­clas­se­ment… Il y a, en­fin, un autre su­jet: quel tra­vail vou­lons-nous? Un ré­cent son­dage pour le­ma­ga­zine Chal­lenges classe Google en tê­te­du­clas­se­ment des en­tre­prises où les Fran­çais sou­hai­te­raient tra­vailler. Dans l’ima­gi­naire col­lec­tif s’alignent tables de ping-pong et ca­fé­té­ria gra­tuite qui dé­bite des bur­gers, avec es­paces pour faire la sieste et tables à lan­ger, al­lé­go­rie du confort mo­derne. Pa­ra­doxe d’une gé­né­ra­tion née à la fin des an­nées 1980 et qui n’a ja­mais connu le pa­py-boom pro­mis, cen­sé lui as­su­rer une en­trée triom­phante sur le mar­ché du tra­vail. Ils ont fait des études. Pour cer­tains, longues. En tout cas, ils sont sou­vent plus di­plô­més que leurs pa­rents. Ja­mais ils n’au­raient cru « ga­lé­rer » au­tant. Et pour­tant. La ten­dance de l’époque est à la quête de sens, et la re­cherche d’un em­ploi exige dé­sor­mais que ce­lui-ci rende heu­reux. Ha­ro sur les « bou­lots à la con » (les « bull­shit

jobs » dé­crits par l’an­thro­po­logue amé­ri­cain Da­vid Grae­ber), ab­surdes et dés­in­car­nés, ceux dont « l’im­pact », « l’uti­li­té » semble dif­fi­ci­leà­dé­mon­trer. C’est ain­si que des bac +5 tentent de se re­con­ver­tir en char­pen­tiers ou bou­lan­gers, his­toire de lais­ser autre chose qu’un or­di­na­teur éteint à la fin de la jour­née. Et si c’était ça, le dé­but de la re­prise?

Le pro­fil du de­man­deur d’em­ploia­chan­géen20 ans

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