Por­traits

Monaco-Matin - - Le Dossier Du Dimanche -

Elles ont dé­ci­dé de créer leur em­ploi. Après un pas­sage par la case chô­mage, Noé­mi, Pas­cale, Ju­lie et Jes­si­ca ont choi­si d’être leur propre pa­tron. Un pa­ri ga­gnant. On peut y être co­ol et écou­ter du Céline Dion. Mi­lieu d’après- mi­di, à Mouans-Sar­toux: Noé­mi fa­brique des four­nées de co­okies en chan­tant quelques cou­plets. Cho­co­lat blanc, noi­sette, sans glu­ten, noix de co­co, su­cré ou non, vé­gé­ta­liens… Elle aug­mente un peu le son. Deux femmes entrent, choi­sissent leur « par­fum », puis un thé vert fu­mant, et s’as­soient face à face sur l’une des quatre tables en bois. Ce qu’elles aiment ici? « La gen­tillesse, la dou­ceur ». « Mai­son Char­lot­teBus­set », c’est ain­si que s’ap­pelle ce sa­lon de thé, en­hom­mage à la grand-mè­re­ma­ter­nelle de la pa­tronne, 29 ans, is­sue d’une grande fa­mille de l’Al­lier connue­dans le mi­lieu agri­cole. Ici, on sert avec le sou­rire et on pro­fite d’un mo­ment de ré­pit. Ré­sul­tat: quelques heures là-bas suf­fisent à vous dé­con­nec­ter. Vous êtes plon­gés dans un décor fa­çon Char­lie et la cho­co­la­te­rie, rose et vert bon­bon, du­cho­co­lat plein les doigts et l’es­to­mac bien rem­pli. Au calme. Pour­tant, tout n’a pas été rose pour Noé­mi. Il y a un an, elle quitte son job dans la­mode à Pa­ris dont elle sort com­plè­te­ment es­so­rée. Elle fait des al­lers-re­tours entre Pa­ris et le Sud. C’était en oc­tobre 2015. « Je me suis dit: “Mais qu’est-ce que je sais faire?” » », rem­bo­bine-telle. « Mon tra­vail, c’était de créer, d’in­ven­ter, d’ima­gi­ner. Je fai­sais ça de­puis que j’avais 20 ans. » El­le­dé­ci­dea­lorsde se lan­cer: « J’ai com­pris que ça ne tom­be­rait pas du ciel. Il fal­lait que je fasse quelque chose qui dé­pende de moi, où j’étais ex­cel­lente. » Ça tombe bien: elle fait les co­okies à mer­veille. Le 6 dé­cembre 2015, mar­ché de Noël. De 8h30 du ma­tin à 8 h du soir, elle est sous son pa­ra­pluie, car il pleut des cordes; et concocte des co­okies à la pelle. « J’avais mis des vieux meubles chi­nés, c’était un stand comme une bou­tique. Les gens ont ado­ré. Àpar­tir de là, j’ai eu plein de bons de com­mande. » À l’époque, elle est au chô­mage. Touche les al­lo­ca­tions de Pôle Em­ploi, mais l’ins­ti­tu­tion ne lui pro­pose pas vrai­ment de dé­bou­chés. Elle se dé­brouille pour ré­flé­chir à un plan d’ac­tion pour créer son lo­cal, vendre ses pro­duits dans une bou­tique. Et lance alors un fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif via Kiss Kiss Bank Bank: 5800 eu­ros ré­col­tés sur les 5000 es­pé­rés! Fi­na­le­ment, Pôle Em­ploi la guide vers « Ini­tia­tives Terre d’Azur », qui four­nit un ac­com­pa­gne­ment fi­nan­cier et ad­mi­nis­tra­tif pour créer sa­boîte, en­pro­po­sant no­tam­ment des prêts à taux zé­ro. « C’était un vrai coup de pouce », sou­ligne Noé­mi. « On fait des tests, on rend des dos­siers, on construit un bu­si­ness plan. » C’est la par­tie la plus in- grate de l’his­toire, mais elle sert de trem­plin. Ça dure jus­qu’en mars 2016. Les ef­forts vont fi­nir par payer. En juillet, les tra­vaux dé­butent pour son lo­ca­làMouans-Sar­toux. Le7 oc­tobre, el­leouvre fi­na­le­ment sa bou­tique. « Le mo­ment le plus dur, c’est vrai­ment l’ad­mi­nis­tra­tif. Je re­grette qu’il n’y ait pas as­sez de com­mu­ni­ca­tion pour gui­der les jeunes en­tre­pre­neurs vers ces dé­marches. » Elle est dans le dur. Son lo­cal est ou­vert du­mar­di au di­manche. Au­jourd’hui, elle tra­vailleau­maxi­mum en bio et avec des pro­duits lo­caux, livre au Mou­lin de Mou­gins en­vi­ron 200 co­okies par se­maine. Et l’épi­ce­rie Boo­me­rang de Mouans-Sar­toux lui com­mande 300 pièces par se­maine éga­le­ment. « Mais je veux gar­der une di­men­sion fa­mi­liale », conclut Noé­mi. « Il faut qu’on ait le sen­ti­ment d’être ser­vi par une bonne co­pine dans une am­biance co­zy. »

Le plus dur, c’est vrai­ment l’ad­mi­nis­tra­tif ”

Après la sai­son, les élèves de l’Ins­ti­tut nau­tique, à Ville­franche-sur-Mer, ont re­pris les cours.

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