Fran­çois Fillon grand vain­queur du pre­mier tour de la pri­maire. Ni­co­las Sar­ko­zy, éli­mi­né, an­nonce son re­trait de la vie po­li­tique. Alain Jup­pé termine deuxième et perd son sta­tut de fa­vo­ri.

Plus de quatre mil­lions d’élec­teurs ont dé­joué tous les pro­nos­tics : Fran­çois Fillon a mis Ni­co­las Sar­ko­zy K.-O. et pris une op­tion sur la vic­toire face à Alain Jup­pé, qua­si­ment au ta­pis lui aus­si

Monaco-Matin - - La Une - THIER­RY PRUDHON tprud­hon@ni­ce­ma­tin.fr

ALPES-MA­RI­TIMES : FILLON EN TÊTE (40,78 %)

Quel­coup­de­ton­nerre ! Quelle consé­cra­tion pour Fillon, quelle dé­cep­tion pour Jup­pé, quelle gifle pour Sar­ko­zy ! Il ne faut ju­rer de rien. Mais la car­rière po­li­tique de l’an­cien chef de l’Eta­ta­cer­tai­ne­ment pris fin hier soir, au terme d’un dis­cours de dé­faite tout en élé­gance et en émo­tion. Qua­rante-deux an­nées d’un par­cours qua­si­ment sans faille, en­ta­méen1974 quand il adhé­ra à l’UDR gaul­liste, se sont ache­vées dans la dé­route. Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Une mé­mo­rable claque in­fli­gée par un élec­to­rat qui s’est dé­pla­cé pour ce­la à des­sein. Le mes­sage est on ne peut plus clair. Quatre mil­lions d’élec­teurs se sont ren­dus hier auxur­nesd’abord­pour éli­mi­ner l’ex-Pré­sident. A force de dy­na­misme, d’au­to­per­sua­sion et de rou­le­ments de tam­bour, Ni­co­las Sar­ko­zy avait réus­si à en­tre­te­nir le sus­pense. Lui-même n’avait pas me­su­ré à quel point les Fran­çais ne vou­laient plus de lui, le­met­tant, pour des rai­sons dif­fé­rentes, dans le même sac que Fran­çois Hol­lande.

L’im­pro­bable retour de Fillon

Les élec­teurs de la droite, plus qu’un pro­jet dif­fé­ren­cié, ont choi­si hier un ca­rac­tère, une fa­çon d’in­car­ner la fonc­tion pré­si­den­tielle qu’ont en par­tage Alain Jup­pé et Fran­çois Fillon. Sar­ko­zy, des an­nées après, conti­nue­vi­si­ble­ment de payer le Fou­quet’set le yacht de Bol­lo­ré en 2007. La net­te­té de son échec ba- laie, en par­tie, l’ar­gu­ment de la pol­lu­tion du scru­tin par l’élec­to­rat­de­gauche, mê­me­si l’am­pleur de la par­ti­ci­pa­tion lais­seà­de­vi­ne­ru­nein­tru­sion cer­tai­nede sym­pa­thi­santsde gauche, éva­luée au­tour de 15 %. Mais le pro­gramme de Fillon n’est pasà­pro­pre­ment par­ler gau­chi­sant, bien au contraire, plus droi­tie­ren­core que ce­lui de Sar­ko­zy en ma­tière éco­no­mique. Rien ne lais­sait pré­sa­ger, voi­ci quinze jours en­core, l’épous­tou­flante re­mon­tée de Fran­çois Fillon, long- temps qua­trième et lar­gué dans les son­dages. Per­sonne ne l’avait vu re­ve­nir, pas même lui sans doute qui avait dé­jà évo­qué­sa re­traite po­li­tique en cas d’échec.

L’ef­fet Le Mar­chand

Ce retour ex­press pose plus de ques­tions qu’il n’ap­porte de ré­ponses sur l’état de notre dé­mo­cra­tie. Ou plu­tôt, il en dit toute la fra­gi­li­té, toute la po­ro­si­téau moindre souffle qui se lève. Fi­dèle à lui-même, Fillon a, en ef­fet, me­né une cam­pa- gne aus­tère, sans re­lief, fi­dèle à des convic­tions de­ve­nues très li­bé­rales, lui qui se re­ven­di­quait il y a quelques an­nées du gaul­lisme social cher à son men­tor Phi­lippe Sé­guin. Alors com­ment ex­pli­quer son éton­nant re­bond? Par ses bons dé­bats té­lé­vi­sés, qui ont ré­vé­lé une cer­taine hau­teur de vue et un tem­pé­ra­ment po­sé, en ca­pa­ci­té d’as­su­rer une pré­si­dence apai­sée et so­lide. Et puis, ilyaeu­cette pres­ta­tion quia­sé­duit dans l’émis- sion people de Ka­rine Le Mar­chand, « Une am­bi­tion in­time » sur M6. Fillon s’y est mon­tré sans fard, simple, tran­quille, presque ti­mide, un brin mal­adroit, ne cher­chant pas à se mon­trer meilleur qu’il ne l’est. Et, du même coup, très at­ta­chant, en me­sure d’ha­bi­ter le cos­tume d’un Pré­sident vé­ri­ta­ble­ment nor­mal. Tout ce­la est un peu lé­ger, anec­do­tique, di­rez-vous… Il est pour­tant dif­fi­cile de trou­verd’autres rai­sons, beau­coup­plus évi­dentes, à la ré­sur­rec­tion de Fran­çois Fillon, lui que l’on pen­sait car­bo­ni­sé après son échec im­pré­vu face à Jean-Fran­çois Co­pé pour la pré­si­dence de l’UMP, il y a tout juste quatre ans. Pour l’an­cien Pre­mier­mi­nistre de Ni­co­las Sar­ko­zy, qui a cinq ans du­rant sou­vent ron­gé son frein dans l’ombre de l’om­ni­pré­sident, jus­qu’à une forme d’hu­mi­lia­tion par­fois, la re­vanche a, en tout cas, une sa­veur in­son­dable.

Jup­pé dans les cordes

D’au­tant que toutes les portes lui sont­dé­sor­mais ou­vertes. Car ce pre­mier tour a fait une vic­ti­me­col­la­té­rale, Alain Jup­pé. L’échec est tout aus­si cui­sant pour ce der­nier, éga­le­ment dans les cordes. Fa­ceà-Sar­ko­zy, il au­rait bé­né­fi­cié de larges re­ports de voix. Face à Fillon, la donne est to­ta­le­ment bou­le­ver­sée. Da­van­tage que lors­de­ce­pre­mier tour d’éli­mi­na­tion, les élec­teurs au­ront à tran­cher dimanche pro­chain entre deux­pro­jets. Ce­lui d’es­sence li­bé­rale de Fran­çois Fillo­net ce­lui un peu plus social d’Alain Jup­pé. Le maire de Bor­deaux va dé­sor­mais de­voir convaincre et non plus se conten­ter de ré­col­ter les fruits de l’an­ti­sar­ko­zysme. Il pour­ra certes comp­ter sur le sou­tien de Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet. Mais Ni­co­las Sar­ko­zy a dit, dès hier soir, sa pré­fé­rence pour Fran­çois Fillon. Tout comme Bru­no Le Maire, l’hom­me­qui vou­lait in­car­ner le re­nou­veau et quia­fi­ni cette cam­pagne en lam­beaux.

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