Le triomphe de Fillon

Monaco-Matin - - Primaire De La Droite Et Du Centre - Par CLAUDE WEILL

Dans la­ma­rine, on ap­pelle ça un ef­fet de ca­rène li­quide : quand le li­quide conte­nu dans la coque bas­cule brus­que­ment et change l’in­cli­nai­son d’un na­vire. C’est un phé­no­mène du­même type, au sein de l’élec­to­rat de la pri­maire de droite et du centre, qui tra­duit la ver­ti­gi­neuse as­cen­sion de Fran­çois Fillon au cours des trois der­nières se­maines. Et fi­na­le­ment ce qu’il faut bien ap­pe­ler son triomphe. D’ores et dé­jà, la pri­maire semble pliée. La « sur­prise » du se­cond tour es­pé­rée par Alain Jup­pé tien­drait du mi­racle. Si spec­ta­cu­laire et ra­pide qu’elle ait été, cette échap­pée vic­to­rieuse de l’homme tran­quille de la droite n’est pas si sur­pre­nante. Trois rai­sons au moins l’ex­pliquent. Une cam­pagne so­lide, pré­pa­rée de longue main, qui lui a per­mis de sol­der les comptes et mé­comptes du quin­quen­nat - et de don­ner le « la » de la cam­pagne, sur les ques­tions éco­no­miques et so­ciales. Une dé­mons­tra­tion de sé­ré­ni­té et d’au­to­ri­té dans les dé­bats té­lé­vi­sés, en par­ti­cu­lier le deuxième, où on l’a lit­té­ra­le­ment vu, en di­rect, se dé­pouiller de son image de se­cond. Un po­si­tion­ne­ment net­te­ment, clai­re­ment à droite, tant dans le do­maine éco­no­mique que sur les su­jets so­cié­taux et sur les ques­tions dites ré­ga­liennes, qui cor­res­pond­ma­ni­fes­te­ment aux at- tentes des élec­teurs de droite, en tout cas des plus mo­bi­li­sés. Si Alain Jup­pé a long­temps fait la course en tête, c’est moins pour son image de­mo­dé­ré que parce qu’il sem­blait le mieux à même de de­van­cer Sar­ko­zy aux yeux des cen­tristes et de tous ceux qui ne vou­laient pas du retour de l’an­cien pré­sident. Sar­ko­zy avait tou­jours pro­phé­ti­sé que cette po­pu­la­ri­té par dé­faut se dé­gon­fle­rait au feu de la cam­pagne. C’est ce qui s’est pro­duit. Mais pas de la fa­çon qu’il pré­voyait. En pi­lon­nant Jup­pé sur le thème de l’al­ter­nance molle et de la ten­ta­tion bay­rouiste, Ni­co­las Sar­ko­zy a fi­na­le­ment en­cou­ra­gé le trans­va­se­ment des voix de Jup­pé vers Fillon. Et il en a été la pre­mière vic­time. Les élec­teurs ont bien vo­té à droite- droite. Mais pas pour lui : pour ce­lui qu’il qua­li­fiait ja­dis de… « col­la­bo­ra­teur ». Ja­mais, dans ses pires cau­che­mars, Ni­co­las Sar­ko­zy n’avait ima­gi­né fi­nir troi­sième. C’est plus qu’une dé­faite, un désa­veu, une hu­mi­lia­tion. Un di­vorce avec ce « peuple » dont il se voyait comme le hé­raut, confon­dant le coeur du par­ti, le car­ré de ses fi­dèles, avec un peuple de droite qui, lui, vou­lait tour­ner la page. Seul contre tous, il a contri­bué, par son style, sa vé­hé­mence, ses ex­cès, à trans­for­mer peu ou prou cette pri­maire en re­fe­ren­dum­pour ou contre lui. Il l’a per­du. Il croyait gal­va­ni­ser ses par­ti­sans. Il a mo­bi­li­sé ses ad­ver­saires. En res­sas­sant ob­ses­sion­nel­le­ment les thèmes iden­ti­taires – « Ici, c’est la France ! » -, il a don­né l’im­pres­sion d’être res­té blo­qué en . Ce­la fait des mois et les mois que les Fran­çais ne cessent de si­gni­fier, de toutes les fa­çons, qu’ils ne veulent pas d’un­match retour entre Ni­co­las Sar­ko­zy et Fran­çois Hol­lande. Il au­rait fal­lu les en­tendre.

« Ja­mais, dans ses pires cau­che­mars, Ni­co­las Sar­ko­zy n’avait ima­gi­né fi­nir troi­sième. »

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