Entre larmes et eu­pho­rie Pa­ris aux deux vi­sages

La pru­dence confiante chez les jup­péistes, les larmes et l’amer­tume chez Sar­ko, l’eu­pho­rie pour un Fillon de­ve­nu rock star: am­biance aux an­ti­podes, hier soir, dans les QG pa­ri­siens

Monaco-Matin - - Primaire De La Droite Et Du Centre - A PA­RIS CH­RIS­TOPHE CIRONE cci­rone@ni­ce­ma­tin.fr

L’eu­pho­rie des uns, les larmes des autres. La fê­te­dans un bar pa­ri­sien pour les fillo­nistes, l’amer­tume des sar­ko­zys­tesà­deux ki­lo­mètres de là. Il n’y a pas eu de sus­pense. Il n’y a pas eu­match. Ré­cit d’une soi­rée très­con­tras­tée, sous la pluie pa­ri­sienne, au­plus près des trois­gros­can­di­datsde la­pri­maire.

Le Tri­pot Re­gnier. Un nom évo­ca­teur, qui sus­cite quelques sou­ri­re­sen­ten­dus. C’est dans cette salle flam­bant neuve du XVe ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien, au 10 rue Ma­thu­rin-Re­gnier, à trois cents mètres du siège du par­ti Les Ré­pu­bli­cains, qu’Alain Jup­pé a choi­si de lan­cer l’of­fen­sive fi­nale des pri­maires – vous avez dit sym­boles? Les bu­reaux de vote viennent de fer­mer, la salle est en­core ac­ca­pa­rée par les seuls mé­dias. Pas de cham­pagne au me­nu pour les 400 convives: « Que du rouge et du blond. Même en cas de suc­cès, res­tons modes- tes » , sou­rit un membre du staff. Dé­jà, des ten­dances an­noncent Jup­pé au se­cond tour, Sar­ko dé­cro­ché. « Les gens de­vraient res­ter pru­dents. Quand on voit ce qui s’est pas­sé aux États-Unis… » , tem­père un autre membre de l’équipe. Une jour­na­liste s’ex­clame: « C’est qui Trump ce soir? »

Les sou­tiens­de­cam­pagne deJup­pé ar­rivent peu à peu au Tri­pot. « Ce qui est très in­té­res­sant pour nous, c’est qu’il y ait beau­coup de vo­tants » , confie Hen­ri Pla­gnol, ex-se­cré­tai­red’État à la Ré­forme de l’État sous Raf­fa­rin. Les­sou­tiens de Jup­pé se veu­lent­pru­dents. Mais ils af­fichent un calme, une sé­ré­ni­té très « jup­péiste » à leurs sens. « Jup­pé, c’est la constance. Alors que Fillon, c’est très flou » , dé­gaine dé­jà Jean-Bap­tiste Le­moygne, sé­na­teur de 38 ans. Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes: Jup­pé sé­duit les jeunes. A l’image de Ga­briel et Ma- thieu, 18 ans. Ils n’étaient­pas en­core nés­quand leur cham­pion était Pre­mier mi­nistre. « Il faut ar­rê­ter avec l’âge! C’est la pre­mière fois que je vote et je suis ex­ci­té par le ré­sul­tat, confie Ga­briel, ini­tiales « A. J. » ex­hi­bées en gros sur son tshirt. Si c’est Jup­pé contre Fillon, ça pro­met un­dé­bat de grande qua­li­té. »

Pa­ris, rive gauche tou­jours, cô­té Tour Eif­fel cette fois. Mais am­biance vague à l’âme. Au 209 ruede l’Uni­ver­si­té, leQG de cam­pagne de Ni­co­las Sar­ko­zy est plein­com­meun oeuf. Des­di­zaines de ca­mé­ras font le siège sous la pluie per­sis­tante, guet­tant l’ar­ri­vée du cham­pion lo­cal. Un cham­pion avec un ge­nouà­terre. A l’intérieur, vi­sages cris­pés, re­gard­sdans le­vide, ac­co­lades conso­la­toires. Les mi­li­tants res­tent si­dé­rés en dé­cou­vrant le score triom­phal de Fillon, le dé­cro­chage qui s’ac­cen­tue pour Sar­ko­zy. Edouard de Ver­meil, mi­li­tant âgé de 20 ans, fein­ten­co­rede croi­reàun­se­cond tour. « On est au coude à coude avec Jup­pé… Tous les bu­reaux n’ont pas en­core été dé­pouillés… De toute fa­çon, qu’on y soit ou pas, l’élec­tion est pliée. Fillon a trop d’avance. » Ce jeune sar­ko­zyste a dé­jà iden­ti­fié le bât qui blesse: « C’est quand même hal­lu­ci­nant de voir que 15% des élec­teurs sont de gauche. Nous, on n’avait pas tri­ché à la pri­maire de la gauche! » A l’étage, dans une cha­leur suf­fo­cante, les yeux rou­gissent, les sil­houettes chan­cellent. Un­mi­li­tant s’ap­proche du buf­fet lais­sé à l’aban­don. Il peste, aga­cé: « Bon, il res­te­quelque chose à man­ger au­moins? »

Les der­nières es­ti­ma­tions ap­pa­rues sur les écrans sont sans ap­pel. Le coup de ton­nerre a re­ten­ti, gla­çant, plom­bant. Toute l’as­sis­tance, ré­si­gnée, converge vers la salle où la tri­bu­ne­vide at­tend Ni­co­las Sar­ko­zy. Des mi­li­tantes laissent écla­ter leur co­lère contre les jour­na­listes: « De­hors! Ils ont tous vo­té à gauche, qu’ils aillent donc re­joindre Hol­lande! Ven­dus! » Des voix ré­pro­ba­trices s’élèvent. L’am­biance est ul­tra tendue. Les mi­li­tants, ef­fon­drés, tentent de com­prendre. « Quand même, Fillon, c’est in­croyable… In­croyable… En tout cas, je vo­te­rai pour lui. Pour Jup­pé, pas ques­tion! » Dans­son dis­cours, Ni­co­las Sar­ko­zy ap­pelle en ef­fet à se ral­lier à son an­cien « col­la­bo­ra­teur ». Et glisse à son tour une sé­vère pique aux jour­na­listes.

Ni­co­las Sar­ko­zy quitte son QG sous les ap- plau­dis­se­ments po­lisde ses fans, ef­fon­drés. A la sortie, Ch­ris­tian Es­tro­si est as­sailli de ca­mé­ras, lais­sant le por­te­pa­role Eric Ciotti fi­ler dans le sillage de son can­di­dat. Le pré­sident de la Mé­tro­pole ni­çoise sa­lue un dis­cours «à l’image de Ni­co­las Sar­ko­zy. Un hom­me­qui a mon­tré sa fa­cul­té de ras­sem­ble­ment en toute cir­cons­tance. Un­homme apai­sé. »

« On a ga­gné! On a ga­gné! » A deux ki­lo­mètres du QG de Sar­ko­zy, au Dau­phine, 237 bou­le­vard SaintGermain, les mi­li­tants de Fran­çois Fillon fêtent avec forces pintes un suc­cès à l’am­pleur in­at­ten­due. « Mais il est où, mais il est où Fran­çois Fillon? » La biè­re­coule à flots. L’ivresse col­lec­tive est digne d’une vic­toire en fi­nale de Cou­pe­du­monde. Ou­plu­tôt, aux 24 heures du Mans, cor­rigent de jeunes mi­li­tants, qui s’es­claffent: « Il a pris l’as­pi­ra­tion sur tout le­monde et il

par­cou­ru un che­min ex­cep­tion­nel de­puis  et nous conti­nue­rons à le tra­cer. » est sor­ti vain­queur! » Gas­pard, mi­li­tant âgé de 30 ans, est souf­flé par son cham­pion: « La sur­prise, c’est l’écart avec les concur­rents. Ce­la vient consa­crer les qua­li­tés de pro­gramme et qua­li­tés hu­maines de Fran­çois Fillon. » De bon en­fant, l’am­biance bas­cule dans l’eu­pho­rie à l’ar­ri­vée de l’in­té­res­sé. « Fillon pré­sident! Fillon pré­sident! » Ac­cueil de­rock star pour cet ex-Pre­mier mi­nistre si po­sé. Un pe­tit tour dans le bar, quelques mots, des sourires et puis s’en va. Prêt pour la deuxième mi-temps. Jean-Ba­piste Bru­net, 19 ans, por­te­pa­role de Fran­çois Fillon chez les jeunes de l’Ile-deF­rance, ap­plau­dit la perf’: « On ne s’at­ten­dait pas à une telle pi­quette. Mais on ne reste pas sur nos ac­quis. Vous al­lez voir, dimanche pro­chain, ça va être la même en mieux! »

(Pho­to MaxPPP/EPA)

Au QG de Sar­ko­zy, vi­sages cris­pés et re­gards dans le vide...

(Pho­to PQR/ Le Pa­ri­sien)

Bou­le­vard Saint- Ger­main, l’am­biance est digne d’une vic­toire en fi­nale de Coupe du monde.

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