Pro­cès Mandel : des lettres d’amour com­pro­met­tantes

A l’amorce de la deuxième se­maine de pro­cès, Marc Mandel, Mo­né­gasque très po­li­cé et re­pen­tant, ac­cu­sé d’un meurtre, a vu son image écor­née par la di­vul­ga­tion de lettres écrites à sa femme

Monaco-Matin - - Côte D’azur - CH­RIS­TOPHE PER­RIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Marc Mandel, 44 ans, a tou­jours dit qu’il n’avait pas l’in­ten­tion de tuer Pierre Tor­re­gros­sa, le soir du7 octobre 2011, à Ro­que­bru­neCap-Mar­tin. Il évoque un ac­ci­dent, un tir d’in­ti­mi­da­tion alors que Pierre Tor­re­gros­sa ve­nait cher­cher son fils de 7 ans après une sé­pa­ra­tion conflic­tuelle. Il ré­pète, à l’en­vi de­vant la cour d’as­sises des A.-M. à son pro­cès, que son épouse de l’époque, Syl­vie Mandel, l’a ma­ni­pu­lé, luia­don­néune fausse image de son ex-com­pa­gnon Pierre Tor­re­gros­sa, au point de lui faire croire qu’il pou­vait être violent et dan­ge­reux. Cette ima­ge­po­li­cée d’unex­pert au­to­mo­bile très ap­pré­cié, sans an­té­cé­dents ju­di­ciaire, bon père, bon ami, bon pa­tron, a été écor­née au cin­quième jour de son pro­cès par le conte­nu de lettres écrites lors de sa courte dé­ten­tion pro­vi­soire. « Ils sont moches ces cour­riers », re­marque l’avo­cat gé­né­ral Fa­brice Kar­cen­ty, sans conces­sion pour l’ac­cu­sé de­puis lun­di der­nier.

« Ne doute plus ja­mais de moi »

Pierre Tor­re­gros­sa, un élec­tri­cien de 39 ans, est dé­crit par ses proches, en­ten­dus ven­dre­di, comme un homme jo­vial, sym­pa­thique mais en souf­france de­puis que Syl­vie Mandel le­pri­vait de son fils An­toine mal­gré les in­jonc­tions ju­di­ciaires. Quand le couple Mandel s’est dé­chi­ré quelques mois après le drame, Syl­vie Mandel s’est em­pres­sée de li­vrer 960 lettres au juge d’ins­truc­tion pour en­fon­cer en- core un peu plus son ex-ma­ri ac­cu­sé de meurtre. Flo­ri­lège: « Le père d’An­toine ne se­ra plus là pour nous mettre des bâ­tons dans les roues. Main­te­nant, il va nous lais­ser tran­quilles, c’est une chance. » « Tu te sou­viens que tu m’as trai­té de lâche. Ne doute plus ja­mais de moi. »« Ce qui de­vait ar­ri­ver ce soir-là était écrit de­puis long­temps. » « Il fal­lait être idiot pour s’in­tro­duire chez nous. Il s’ima­gi­nait peut-être que je l’ac­cueille­rais les bras ou­verts. Que nen­ni ! »« Les Tor­re­gros­sa, des Bi­do­chon mé­chants. » « C’était l’ex­pres­sion de mon épouse », re­marque, gê­né, MarcMan­del. « Je m’ex­cuse de ces mots très durs. Ce que j’ai écrit, je ne le pense plus. Ce sont des pen­sées dé­pla­cées. J’étais for­ma­té par mon épouse. » Les Tor­re­gros­sa, une fa­mille de ra­pa­triés­mo­destes de six en­fants, très unie, re­çoit un­hom­mage ap- puyé de Ca­rine, l’une des belles soeurs de Pierre Tor­re­gros­sa, émou­van­te­por­te­pa­role des par­ties ci­viles: « Quand j’ai ren­con­tré cette fa­mille, c’était comme une co­lo­nie de va­cances pour adultes. Une fa­mille où l’on par­lait fort, parce que l’on était nom­breux à table, avec beau­coup d’hu­mour, d’au­to­dé­ri­sion. » « Une fa­mille avec des va­leurs qui a per­du foi en la jus­tice à la li­bé­ra­tion de M. Mandel ».

« Face ca­chée »

Les lettres ver­sées au dos­sier étaient les gouttes d’eau de trop. « Non seule­ment Pierre n’était plus là mais on sa­lis­sait sa mé­moire », in­siste Ca­rine, sou­te­nu parMe JeanLouis Kei­ta. « La face ca­chée de M. Mandel est dans ces cour­riers », ac­cuse la jeune femme. « Il se croit au-des­sus des lois, au-des­sus des autres. Il parle de re­mords mais il conti­nue à vivre dans cet­te­mai­son de Roquebrune. Il boit du cham­pagne en dé­ten­tion alors que nous, nous n’avons pas pu fê­ter Noël ». Ca­rine Tor­re­gros­sa re­prend sa dé­po­si­tion ac­ca­blante: « Je pense qu’il est men­teur, ma­ni­pu­la­teur même si So­phie Mandel, sur ce point, a ga­gné le concours. Mais elle a bon dos. C’est lui quia­me­na­cé Pierre, c’est lui qui a ti­ré en le vi­sant. » Les avo­cats de la dé­fense (Mes Sous­si, Lauze et Sco­la­ri) ont en­core quatre jours, en­re­gis­tre­ments de vi­déo­sur­veillance à l’ap­pui, pour convaincre la cour et les ju­rés que leur client, sous l’in­fluence toxique de son épouse, a seule­ment vou­lu faire peur à Pier­reTor­re­gros­sa qui s’était in­tro­duit dans leur ré­si­dence se­con­daire. L’ac­cu­sa­tion, par la voix de Fa­brice Kar­cen­ty, tout en cher­chant à com­bler les in­suf­fi­sances po­li­cières et ju­di­ciaires de cette af­faire (sur fond d’in­fluences francs-ma­çonnes réelles ou sup­po­sées dont au­rait bé­né­fi­cié l’ac­cu­sé), cher­che­ra à dé­mon­trer qu’au mo­ment de ti­rer à la che­vro­tine, Marc Mandel vou­lait vrai­ment éli­mi­ner Pierre Tor­re­gros­sa.

(Pho­to E. Du­lière)

La ré­si­dence se­con­daire des Mandel à Roquebrune- Cap-Mar­tin a été le théâtre d’une tra­gé­die fa­mi­liale qui brise deux fa­milles: les Mandel et les Tor­re­gros­sa.

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