Le face-à-face

Monaco-Matin - - France -

Deux an­ciens Pre­miers mi­nistres face à face. Qui au­rait ima­gi­né que la re­mon­tée spec­ta­cu­laire amor­cée il y a quinze jours à peine par Fran­çois Fillon, en troi­sième, voire en qua­trième po­si­tion dans la course de­puis des mois, le por­te­rait aus­si haut: plus du double des voix de Ni­co­las Sar­ko­zy, seize points de plus que le fa­vo­ri, Alain Jup­pé! Un échec cui­sant pour l’an­cien Pré­sident de la Ré­pu­blique, un re­vers consi­dé­rable pour ce­lui qui était res­té d’un bout à l’autre le fa­vo­ri de la cam­pagne. Une re­vanche écla­tante pour Fran­çois Fillon, qui avait vu, à l’au­tomne , la Pré­si­dence de l’UMP lui pas­ser sous le nez à l’is­sue d’un dé­pouille­ment dou­teux des votes mi­li­tants. Un in­croyable suc­cès pour lui, qui seul contre tous, ou presque, di­sait, alors qu’on ne lui don­nait au­cune chance sé­rieuse, qu’il se­rait re­te­nu pour l’ul­time duel du se­cond tour. Di­manche pro­chain, donc, Fran­çois Fillon se­ra op­po­sé à Alain Jup­pé. Un nou­veau­match com­mence, dans le­quel il se­ra sans doute dif­fi­cile, vu l’écart qui les sé­pare, au se­cond de rat­tra­per le pre­mier. Àmoins qu’une autre sur­prise suc­cède à la sur­prise du  No­vembre. Les deux hommes se connaissent bien, leur iti­né­raire s’est croi­sé de nom­breuses fois dans leur vie, sous plu­sieurs Pré­si­dents de la Ré­pu­blique, et ils s’ap­pré­cient : il n’y a entre eux ni conten­tieux, ni mau­vaise que­relle. L’un et l’autre, sé­rieux, ont eu beau­coup de mal dans leur vie po­li­tique pour « fendre l’ar­mure ». Alain Jup­pé ne se livre qu’avec par­ci­mo­nie, et il a fal­lu à Fran­çois Fillon at­tendre la der­nière ligne droite pour com­men­cer à sou­rire. Pour­tant les deux droites qu’ils re­pré­sentent au­jourd’hui sont lar­ge­ment dif­fé­rentes, même si leurs pro­grammes com­portent bien des ana­lo­gies, no­tam­ment sur les pre­mières ré­formes à faire pour ré­ta­blir com­pé­ti­ti­vi­té et sur­saut de l’économie fran­çaise. Alain Jup­pé joue, de­puis près d’un an, le ras­sem­ble­ment entre une droite li­bé­rale et ou­verte, re­trou­vant, comme ce fut le cas long­temps sous la Ve Ré­pu­blique, les cen­tristes, et al­lant même jus­qu’à en­vi­sa­ger, au cas par cas, le ral­lie­ment des « dé­çus du hol­lan­disme ». Fran­çois Fillon plaide pour une droite de « rup­ture », plus li­bé­rale que celle de Jup­pé sur le ter­rain éco­no­mique, et plus conser­va­trice sur les va­leurs so­ciales et so­cié­tales. Sou­te­nu par les ca­tho­liques, op­po­sant lui-même à l’adop­tion pour les couples ho­mo­sexuels, il a été le seul à faire en­tendre sa voix, re­mar­quée, sur le cal­vaire des Chré­tiens d’Orient. Bref, il re­pré­sente une droite à la fois plus dure et plus tra­di­tion­nelle que celle du maire de Bor­deaux, plus prag­ma­tique. En s’at­ta­quant comme il l’a fait au rap­pro­che­ment entre Alain Jup­pé et Fran­çois Bay­rou, Ni­co­las Sar­ko­zy a sans le vou­loir, don­né un sé­rieux coup de main à Fran­çois Fillon. Alain Jup­pé pré­sen­té comme le re­pré­sen­tant d’une droite « molle », Fran­çois Fillon ne pou­vait qu’ap­pa­raître comme le te­nant d’une droite mus­clée. Son score in­at­ten­du­montre que les Fran­çais ont pré­fé­ré la rup­ture franche à une re­com­po­si­tion po­li­tique en dou­ceur. Match re­tour di­manche pro­chain.

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.