« Tout est ou­vert »

Se­lon la lin­guiste Ma­rion San­dré, l’is­sue du dé­bat de ce soir n’est pas jouée d’avance. Tout dé­pen­dra de la pres­ta­tion des can­di­dats

Monaco-Matin - - France - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR V. G. vgeorges@ni­ce­ma­tin.fr

Ma­rion San­dréen­seigne la lin­guis­tique à l’UFR lettres et sciences hu­maines de Toulon. Elle mène aus­si un tra­vail de re­cherche sur la­com­mu­ni­ca­tion des­hommes po­li­tiques et es­saie de com­pren­dre­com­men­tils se po­si­tionnent dans un dé­bat en face à face, plus pré­ci­sé­ment dans le cadre de pri­maires.

Quelle est la spé­ci­fi­ci­té dans un dé­bat de pri­maires? Les can­di­dats doivent gé­rer le fait d’être à la fois des op­po­sants po­li­tiques, des concur­rents sur l’ins­tant et des gens qui sont dans la même for­ma­tion et vont après être ame­nés à se sou­te­nir l’un l’autre. La dif­fi­cul­té est dans cette am­bi­va­lence, où l’on doit mon­trer que l’on est dif­fé­rent et que l’on est pa­reil.

Quels sont les risques? Avec cette double contrainte, ils vont de­voir faire en sorte que ce com­bat ne soit pas trop dur, trop agres­sif car après ça laisse des traces. On l’a vu avec Au­bry, en , qui en­suite n’a par­ti­ci­pé à au­cun gou­ver­ne­ment d’Hol­lande. Les staffs de Jup­pé et Fillon, qui, en plus ne s’at­ten­daient pas for­cé­ment à être l’un contre l’autre, vont beau­coup tra­vailler jus­qu’à ce soir pour­mettre au point des stra­té­gies. Cô­té Jup­pé, on avait plu­tôt tra­vaillé sur une confron­ta­tion avec Sar­ko­zy. La tâche se­rait plus dif­fi­cile pour Alain Jup­pé? Je pense que ça va être dif­fi­cile pour les deux. Dans les dé­bats à sept, Fillon ne s’en sor­tait pas trop­mal. Mais à deux, il va y avoir une in­ter­ac­tion plus fron­tale, avec beau­coup d’in­ter­rup­tions, de che­vau­che­ments de pa­roles. Et la pa­role n’est pas sys­té­ma­ti­que­ment mé­diée par les jour­na­listes. On ne sait pas comment les deux vont se dé­brouiller dans cette confi­gu­ra­tion-là. Jup­pé, qui était plu­tôt res­té en re­trait parce que don­né fa­vo­ri, n’ar­rive pas à ce face-à-face en po­si­tion de force. Là, il est obli­gé d’al­ler « au com­bat ». On a vu dans tous les dé­bats pré­si­den­tiels et entre Hol­lande et Au­bry, que ce­lui qui n’est pas le pré­fé­ré des son­dages se­montre plus agres­sif. Il a plus de choses à prou­ver, il faut qu’il re­monte. On va voir dans ce dé­bat, in­édit dans cette for­ma­tion, si ce­la se vé­ri­fie entre Fillon et Jup­pé ou s’ils pro­posent une autre fa­çon de dé­battre.

Quelle se­rait-elle? Ils peuvent jouer une autre par­ti­tion des dé­bats de l’entre deux tours, propre à la conjonc­ture et propre à leur in­di­vi­dua­li­té. C’est une pos­si­bi­li­té. Une chose est sûre : dans un dé­bat en face à face, on est obli­gé de ré­pondre à l’autre. Et là, il faut faire at­ten­tion. Un dé­bat de l’entre deux tours dans les pré­si­den­tielles, n’a ja­mais fait ga­gner un can­di­dat, mais il peut en faire perdre. Si l’on est très mau­vais, on peut perdre beau­coup de points. Le fait d’être bon est at­ten­du. Les jour­na­listes po­li­tiques disent que Fillon a ga­gné des points lors des dé­bats des pri­maires parce qu’il était par­ti­cu­liè­re­ment bon. On est peut- être en train de vivre un chan­ge­ment vis-à-vis de ça. Il y a une dif­fé­rence entre un dé­bat des pri­maires et un dé­bat des pré­si­den­tielles. Dans les pri­maires, le can­di­dat ne peut pas se lâ­cher com­plè­te­ment, il doit pen­ser à l’après. Si on est trop fé­roce vis- à-vis de son concur­rent qui se­ra son al­lié au soir du se­cond tour des pri­maires, ça se paye. Ce­la a lais­sé des traces à gauche sur la co­hé­sion du par­ti. On va voir comment ce­la se passe chez les Ré­pu­bli­cains et comment après, s’ils ar­rivent au pou­voir, ils vont gé­rer ça. Là, c’est in­édit à droite et on n’a qu’un seul dé­bat d’entre deux tours in­terne à une for­ma­tion po­li­tique comme ré­fé­rence. Donc là, tout est ou­vert.

(DR)

Tout ce­la penche plu­tôt en fa­veur de Fran­çois Fillon, non?

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