Un dé­bat pro­jet contre pro­jet

Les deux fi­na­listes de la pri­maire de la droite et du centre ont da­van­tage ri­va­li­sé de cour­toi­sie que de coups vio­lents, hier soir lors de l’ul­time dé­bat. Jup­pé n’a pas réus­si à dia­bo­li­ser Fillon

Monaco-Matin - - La Une - THIER­RY PRUDHON tprud­hon@ni­ce­ma­tin.fr

Franz-Oli­vier Gies­bert avait bien ten­té­de­nous mettre l’eau à la bouche… Mais non, au­cun des deux can­di­dats n’a « pé­té les plombs » hier soir, lors d’un der­nier dé­bat très sage. Tu­toie­ment de ri­gueur, à peine se sont-ils par­fois as­ti­co­tés, fai­sant le plus sou­vent as­saut de cour­toi­sie. Entre deux hommes au pro­fil très si­mi­laire, c’est l’in­verse qui au­rait fi­na­le­ment sur­pris. Après trois jours où, grand fau­ve­bles­sé voyant son rêve pré­si­den­tiel lui échap­per sans avoir crié gare, il avait fait feu de tout bois, avec une agres­si­vi­té mal­adroite et sans doute im­pro­duc­tive, Alain Jup­pé est re­ve­nu à un ton plus amène. Du coup, for­cé­ment, ce sont d’abord les points de conver­gence entre les deux fi­na­listes qui au­ront sau­té aux yeux. Ré­fé­ren­dums pour Fillon, or­don­nances pour Jup­pé, pro- jet re­ven­di­qué « ra­di­cal » par Fillon, « ré­formes pro­fondes, sé­rieuses, pé­nibles mais sans bru­ta­li­té » et « ré­ar­me­ment de l’Etat » an­non­cés par Jup­pé, les nuances sont ap­pa­rues li­mi­tées. Les deux hommes sont no­tam­ment en phase sur la fin des35­heures. Fran­çois Fillon a même réus­si à désa­mor­cer la crainte d’une du­rée de tra­vail maxi­male vir­tuelle de 48 heures, Alain Jup­pé lui-même re­con­nais­sant que ce n’était « pas une me­nace sé­rieuse » .

Quelques di­ver­gences

Comme di­sait Jacques Chi­rac, la po­lé­mique sur le droit à l’IVG a éga­le­ment as­sez vite fait « pschitt » , Fran­çois Fillon ayant clai­re­ment in­di­qué­qu’il ne re­met­trait « en au­cun cas en cause le droit à l’avor­te­ment » . Les di­ver­gences au­ront por­té sur trois à quatre points prin­ci­paux : le pas- sage à 39 heures du temps de tra­vail des fonctionnaires, sans aug­men­ta­tion de sa­laire, prô­né par Fillon et re­je­té­par Jup­pé; le re­cru­te­ment mas­sif de po­li­ciers, dont Fillon ne fait pas une prio­ri­té; le droi­tàune adop­tion­por­tant fi­lia­tion plé­nière pour les couples ho­mo­sexuels, que Fillon ré­fute ; et, dans une moindre me- sure, sur les re­la­tions avec la Rus­sie de Pou­tine.

Ras­sem­ble­men­ta­mor­cé

On l’au­ra com­pris hier soir, Fran­çois Fillon et Alain Jup­pé, da­van­tage que deux droites, in­carnent plus sû­re­ment deux sen­si­bi­li­tés, deux do­sages plus ou moins ru­gueux d’une­mê­me­droite de socle com­mun. Dès lors, à dé­faut de réel­le­ment se dis­tin­guer, l’un et l’au­treau­ront en fait amor­cé le ras­sem­ble­ment pour la pré­si­den­tielle. Le bé­né­fice semble de­voir en re­ve­nir à Fran­çois Fillon qui, tout en res­tant droit dans ses bottes sur son pro­gramme, très car­ré, au­ra glo­ba­le­ment réus­si à convaincre, le ton tou­jours po­sé et maî­tri­sé, qu’il ne se ré­su­mait pas à un abo­mi­nable « conser­va­teur moyen­âgeux » , se­lon sa propre ex­pres­sion. Alain Jup­pé n’a en tout cas ja­mais réus­si à le­dia­bo­li­ser hier soir. Son rê­ve­pré­si­den­tiel ne pa­raît plus te­nir qu’à un fil, dé­sor­mais.

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