Ma­cron : une «Ré­vo­lu­tion » de fac­tu­re­plu­tôt clas­sique…

Monaco-Matin - - France - THIER­RY PRUDHON

C’est le­deuxiè­meé­tage de la fu­sée Ma­cron : Ré­vo­lu­tion ( 1), pu­blié hier, est d’abor­dun li­vre­des­ti­né à faire vivre sa can­di­da­ture, plus qu’à dé­voi­ler réel­le­ment son pro­jet. L’ou­vrage dresse le constat d’une France sclé­ro­sée, qui au­rait grand be­soin d’une cure so­cio-li­bé­rale. Écrit au sty­lo, a pré­ci­sé le can­di­dat à l’Ély­sée, il vise aus­si à cas­ser son image d’ami de la fi­nance. Em­ma­nuel Ma­cron y évoque briè­ve­ment son en­fance « un­peu hors­monde, im­mo­bile dans une ville de pro­vince (Amiens, Ndlr) » , ré­chauf­fée par les cho­co­lats de sa grand-mère, prin­ci­pale de col­lège, à l’ori­gine de son en­ga­ge­ment en po­li­tique. Ce fils de mé­de­cins y ra­conte éga­le­ment sa ren­contre, à17 ans, avec Bri­gitte, sa prof de fran­çais, de 24 ans son aî­née, épou­sée en 2007. « Un amour d’abord clan­des­tin, sou­vent ca­ché, in­com­pris de beau­coup avant de s’im­po­ser… Ma vie s’est rem­plie de ses trois en­fants, de leurs conjoints et de nos sept pe­tits-en­fants… Notre fa­mille, c’est mon socle de vie, mon ro­cher. » L’an­cien mi­nistre de l’Économie s’af­fran­chit très vite du pro­cès en tra­hi­son en­vers Fran­çois Hol­lande. Il en­fonce même le­clou. « Je­mets sur le compte de la dis­trac­tion les pro­pos te­nus par le pré­sident de la Ré­pu­blique sur la dette que j’au­rais eue à son égard… L’ab­sence de re­nou­vel­le­ment des idées et des hommes, le­manque ter­rible d’ima­gi­na­tio­net l’en­gour­dis­se­ment gé­né­ral m’ont­mon­tré qu’au­cu­neac­tion utile n’était pos­sible… C’est à mon pays seul que va mon al­lé­geance, nonàun­par­ti, àune fonc­tion ou à un homme. »

Ses pre­mières so­lu­tions

Les pro­po­si­tions d’Em­ma­nuel Ma­cron s’ins­crivent dans un re­gistre en­core très gé­né­ral : re­lance des in­ves­tis­se­ments, prio­ri­té à la ma­ter­nelle et au pri­maire dans l’édu­ca­tion, for­ma­tion tout au long de la vie, tran­si­tion éner­gé­tique, re­cru­te­ment de 10 000 po­li­ciers et gen­darmes en trois ans, ren­for­ce­ment de la fis­ca­li­té en­vi­ron­ne­men­tale, pri­mau­té des ac­cords de branche et d’en­tre­prise, pla­fon­ne­ment des in­dem­ni­tés­prud’ho­males, ré­duc­tiondes charges so­ciales, ren­for­ce­ment du con- trôle des­de­man­deurs d’em­ploi, re­fon­da­tion de l’Eu­rope par de grandes conven­tions po­pu­laires… Rien de vrai­ment « ré­vo­lu­tion­naire » au de­meu­rant, hors ses pro­po­si­tions d’une re­traite uni­ver­selle pre­na­bleà­la carte, de fi­nan­ce­ment de l’as­su­ran­ce­chô­mage par l’im­pôt et non plus par des co­ti­sa­tions so­ciales, ou d’ou­ver­tu­redes droits à l’as­su­rance-chô­mage aux sa­la­riés dé­mis­sion­naires.

Li­bé­ra­lisme hu­ma­niste

Em­ma­nuel Ma­cron, qui sou­ligne sa proxi­mi­té avec Mi­chel Ro­card, s’éver­tue sur­tou­tà­ne­cou­per au­cun pont. « Si par li­bé­ra­lisme on en­tend confiance en l’homme, je consens à être qua­li­fié de li­bé­ral… Mais si, d’un autre cô­té, c’est être de gauche que de pen­ser que l’ar­gent ne donne pas tous les droits, que l’ac­cu­mu­la­tion­du ca­pi­tal n’est pas l’ho­ri­zon in­dé­pas­sa­blede la­vie per­son­nelle, que les li­ber­tés du ci­toyen ne doivent pas être sa­cri­fiées à un im­pé­ra­tif de sé­cu­ri­té ab­so­lue et in­at­tei­gnable, que les plus pauvres et les plus faibles doivent être pro­té­gés sans être dis­cri­mi­nés, alors je consens aus­si vo­lon­tiers à être qua­li­fié d’homme de gauche. » La vi­sion es­quis­sée est celle d’un li­bé­ra­lisme hu­ma­niste, qu’il es­père de na­ture à ra­tis­ser le plus large pos­sible. 1. Edi­tions Xo, 267 pages, 17,90 eu­ros.

(Pho­toMaxPPP/EPA)

Em­ma­nuel Ma­cron a dé­di­ca­cé son livre, hier à Pa­ris.

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