A fleu­rets mou­che­tés

Monaco-Matin - - France - Par CLAUDE WEILL

La guer­redes droites n’apas eu lieu. Cour­tois, ai­mable, loin des échanges ve­ni­meux qui, en dé­but de semaine, avaient me­né­la cam­pagne des­pri­mai­resà­deux doigts du dé­ra­page, le­dé­batdes Pre­miers mi­nistres, qui se connaissent si bien, de­puis si long­temps, et se sont tel­le­ment cô­toyés sous les lam­bris de la Ré­pu­blique, est res­té­con­te­nu. Cha­cu­na­dé­fen­du et ex­pli­ci­té ses choix. Cha­cu­na­dé­fen­du ses po­si­tions et sou­li­gné à l’oc­ca­sion les di­ver­gences. Sans les dra­ma­ti­ser ni les es­ca­mo­ter. Dans le­do­maine po­li­tique et so­cial, c’est pour l’es­sen­tiel d’une ques­tion de do­sage qu’il s’agit, de ré­glage du cur­seur. Ou­de­ryth­me­dans la­mi­see­noeu­vre­des­ré­formes. C’est peu et beau­coup à la fois. Car à l’usage, ce­la peut faire la­dif­fé­rence entre la­réus­si­teet l’échec. La po­li­tique est un art tout d’exé­cu­tion. Au fond, la dif­fé­ren­ceest là, à la fois sub­tile et peut-être dé­ci­sive: Fillon­va­presque tou­jours plus vi­teet­plus loin. Au risque, es­time Alain Jup­pé, d’al­ler trop vite, trop loin. Et d’échouer. En quel­ques­mots, tou­taé­té dit de ces­deux phi­lo­so­phies dans le bref échange, très car­ré, sur le temps de tra­vail dans la fonc­tion pu­blique. Pré­ci­sé­ment sur l’idée d’al­ler vers les  heures, mais payées moins. Jup­pé: «  heures payées , ce­lane se fe­ra pas. J’en­prends le pa­ri, parce que ce n’est pas juste. Onne peut pas de­man­derde tra­vailler­plus pour­ga­gner moins. » Fillon: « Au fond, Alain Jup­pé ne veut pas vrai­ment chan­ger les choses. Je n’ac­cep­te­pas qu’onme dise que c’est im­pos­sible. » L’his­toire, peut-être, les dé­par­ta­ge­ra. C’est sur les ques­tions de moeur­set les va­leurs so­cié­tales qu’onest al­lé au plus­près du duel. Mais au fond, per­sonne ne sou­hai­tait voir le sang cou­ler. Le­ses­cri­meurs avaient mis une­mouche à leur fleu­ret. Fillon se plaint du « dé­bat ab­surde » où ona­vou­lu l’en­traî­nerà­pro­pos de l’IVG, « J’ai po­sé une ques­tion » , se dé­fend Jup­pé, qui évoque lui la « cam­pagne odieuse » fai­santde lui un sa­la­fis­teet s’étonne de ne pas avoir été sou­te­nu. Bie­nen­ten­du, Fillon ne cau­tionne pas ces ca­lom­nies, mais « cha­cun est grand et s’oc­cu­pe­deses af­faires » . Lui non plus, rap­pelle-t-il, n’apas été­sou­te­nu quand on l’a taxéd’ho­mo­pho­bie. At­taques, re­culs, et puis les duel­listes rompent l’as­saut. Ala­dé­non­cia­tion­mus­clée par Fran­çois Fillon du mul­ti­cul­tu­ra­lisme, Alain Jup­pé op­pose sa vi­sion d’une­so­cié­té où les­gen­sont « des ori­gines, des cou­leurs­de­peau, des re­li­gions dif­fé­rentes. C’est une ri­ches­see­tune force » . La dif­fé­ren­ce­de­sen­si­bi­li­té, là en­core, est­ma­ni­feste. In­utile de sur­li­gner. L’échange s’achève pa­run constatd’ac­cord­sur le re­fus du com­mu­nau­ta­risme. « C’est là que nous pou­vons nous re­trou­ver » , conclut Jup­pé. Fin de l’as­saut. Au­cune tou­che­ne­se­ra­comp­tée. Cha­cun aréus­si à fai­re­pas­ser son­mes­sage, en­di­rec­tion de la frac­tion de l’élec­to­rat à la­quelle il s’adresse. Ama­gauche (àdroi­teà l’écran), un néo-gaul­liste, pru­dem­ment li­bé­ral (sou­ve­nirde l’au­tomne ), qui ré­pu­gneàal­ler sur le ter­rain du na­tio­na­lisme iden­ti­taire. Condam­né, compte te­nu de son énorme han­di­cap à l’is­sue du pre­mier tour, à al­ler cher­cher les suf­frages des cen­tristes, des­mo­dé­rés et des dé­çus du hol­lan­dis­me­pour es­pé­rer pro­vo­quer, di­manche, la « sur­prise » pro­mi­seàses sup­por­ters. Mais­qui ne peut pour au­tant se cou­per­dece peuple de droi­te­qui four­nit les gros ba­taillons d’élec­teurs de la pri­maire. L’exer­cice était acro­ba­tique. Il l’acrâ­ne­ment ten­té. Ama­droite, un an­cien Pre­mier mi­nis­tre­qui juge l’heu­re­ve­nue de faire ce qu’il n’apas pu fai­re­hier. Le re­pré­sen­tant d’une droite sans com­plexe. Un­can­di­dat qui as­su­me­tran­quille­ment un pro­jet « plus ra­di­cal, plus­dif­fi­cile » , car il se sait en pha­sea­vec le­coeur de l’élec­to­rat de la pri­maire, et­mê­meen me­sure d’at­ti­rer à lui la frange la­plus droi­tière sans avoir be­soind’en­ra­jou­ter. Pour lui, fort de ses  % et du ren­fortdes sar­ko­zystes, la par­tie était beau­coup plus fa­cile. Il lui suf­fi­sait de gar­der le cap. Cha­cun était dans sa par­ti­tion. Cha­cun a joué juste. On­dou­teque ce­la ait beau­coup fait bou­ger les lignes.

« Fran­çois Fillon va tou­jours plus vite et plus loin »

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