Udo, Heinz, Wer­ner et les autres...

Monaco-Matin - - Sports - VINCENT

Douze ans après, Pa­trice, notre col­lègue pho­to­graphe, était de re­tour. Ici, à Gelsenkirchen, «rien n’a vrai­ment­chan­gé » , m’a-t-il ré­pé­té du­rant nos heures de vie com­mune pas­sées à er­rer dans une ville fan­tôme. Au coeur de la Ruhr, ba­layée en ce mois de no­vembre par un vent gla­cial, il faut comp­ter une bonne heure de marche pour trou­ver un pub ou­vert à par­tir de 20 heures. Une ex­pé­di­tion. Sou­dain, une lu­mière. Une porte qui s’en­trouvre. Place à notre pre­mière mousse, prise au coin du zinc, en face d’un couple qui n’al­lait vrai­ment pas bien en­semble. Pas­sons… Il faut alors trou­ver un point de chute pour cas­ser la croûte. Deuxième ex­pé­di­tion. Di­rec­tion le res­tau­rant « Kol­pin­gaus ». Il est 21 heures. La salle est vide. Sur­tout, elle est très, très mal dé­co­rée. Des bon­nets de Père Noël sont po­sés sur les dos­siers des chaises, la crèche est dé­jà en place, les guir­landes aus­si… La carte ? Tout en al­le­mand, évi­dem­ment, et la ser­veuse n’est pas très co­pine avec l’an­glais. Va, donc, pour une schnit­zel, une es­ca­lope pa­née géante qui ne tient pas dans l’as­siette. Pour Pa­trice, ce se­ra cru­di­tés, ava­lées en quatre bou­chées, le tout ar­ro­sé de quelques so­lides gor­gées de hou­blon. Nous vient alors l’idée de de­man­der à notre hôte pour­quoi n’y a-t-il rien d’ou­vert dans cette ville de plus de 200 000 ha­bi­tants et qui dis­pose de l’un des plus beaux stades au monde.

«Mai­siln’y arien ici » , nous lâche-t-il dé­pi­té, avant de nous conseiller une pe­tite échoppe à quelques mètres de là. Nous y voi­ci. Ac­cou­dés au bar en bois, en­tou­rés de trois hommes âgés d’au moins 70 ans. Ils se nomment Wer­ner, Udo et Heinz. Ce der­nier est le seul avec le­quel nous pou­vons com­mu­ni­quer. Le seul qui parle un peu l’an­glais. Or, une phrase sur deux de­meure in­au­dible et in­com­pré­hen­sible. Les verres s’en­chaînent. Der­rière le comp­toir, Béa­trice, la pa­tronne, la soixan­taine pas­sée éga­le­ment, fait sa comp­ta­bi­li­té sur les sous-bock et place une col­le­rette sur chaque verre de bière. Ça fume. Ça joue aux dés (au schoe­ken). Ça pi­cole dans une am­biance sur­réa­liste. John, un vieil ecos­sais, se pointe. Il ri­gole seul, mais sort quelques bonnes blagues, comme celle-ci : « Where are you from ? » « From my mo­ther... » Face à nous, Heinz conti­nue de nous in­ter­pel­ler à coups de grands gestes pour ta­per la dis­cute. Or, on com­prend de moins en­moins ce qu’il nous ra­conte. Mais il est co­ol Heinz avec sa mous­tache qui fré­tille et son teint rou­geaud. Alors, on lui a payé son coup juste avant de re­joindre l’Ibis de Gelsenkirchen dont on conseilleà­per­sonne de s’y rendre pour autre chose qu’un match de foot­ball.

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.