La droi­te­dé­com­plexée

Re­pla­cé à droite par Leo­nar­do Jar­dim, Ber­nar­do Sil­va s’épa­nouit au­tre­ment avec l’ASM

Monaco-Matin - - Sports - MA­THIEU FAURE

Ber­nar­do Sil­va n’est pas un foot­bal­leur comme les autres. Le Por­tu­gais de 22 ans parle an­glais et fran­çais avec au­tant d’ai­sance qu’il dis­tille des ex­té­rieurs du pied sur le ter­rain. A son âge, beau­coup aiment les grosses voi­tures, les jeux vi­déos, les soi­rées chics. Ber­nar­do, lui, est fait d’un autre bois. Il roule dans une Mi­ni vert bou­teille, ne met pas de gel dans les che­veux, porte une pe­tite mous­tache et en­file la même paire de Stan Smith de­puis un mo­ment. En fait, le me­neur de jeu de l’AS Mo­na­co pour­rait être votre voi­sin de pa­lier ou l’homme der­rière le­quel vous pas­sez lors de vos courses do­mi­ni­cales. Mais non, Ber­nar­do Sil­va est le maître à jouer de l’AS Mo­na­co, son nu­mé­ro 10 au sens propre comme au fi­gu­ré. De­puis plu­sieurs se­maines, le mi­lieu de ter­rain axial, qui donne sou­vent l’im­pres­sion d’avoir res­sus­ci­té la lé­gende Oli­vier At­ton est exi­lé à droite dans le 4-4-2 de Leo­nar­do Jar­dim. Un nou­veau poste qui ne dé­range pas l’in­té­res­sé. « J’ai très bien com­men­cé la sai­son, je suis à un bon ni­veau, j’aide l’équipe, je joue à un poste dif­fé­rent de- puis plu­sieurs matches, je marque moins de buts mais ça ne me dé­range pas, lance l’in­té­res­sé. L’im­por­tant c’est que l’on gagne des matches.» Dans les faits, Ber­nar­do Sil­va fac­ture 5 buts en 21matches toutes com­pé­ti­tions confon­dues dont 3 très im­por­tants sur la scène eu­ro­péenne, tous à l’ex­té­rieur : Villar­real, Tot­ten­ham et Mos­cou. À chaque fois, le gau­cher est ren­tré sur son pied gauche de­puis la droite pour s’ou­vrir le che­min des fi­lets. Ali­gné loin des buts, le pe­tit gau­cher est constam­ment at­ti­ré par la « cage » comme il dit. « Quand tu joues at­ta­quant, tu es plus proche des buts ad­verses. Au mi­lieu, je suis éloi­gné mais je touche plus de bal­lons, je bosse plus dans l’or­ga­ni­sa­tion et pour le col­lec­tif, dé­taille le gau­cher. Je dois don­ner des bal­lons à mes at­ta­quants » , conclut cet amou­reux du centre de l’ex­té­rieur du pied. Et quand on lui de­mande s’il pré­fère mar­quer ou faire mar­quer, il la joue col­lec­tif : « C’est la même sen­sa­tion. Je tra­vaille plus loin des buts, j’ai moins d’op­por­tu­ni­tés mais je fais plus de centres ». En s’exi­lant à droite sur son faux pied, Ber­nar­do Sil­va re­pique sou­vent dans l’axe, ou­vrant la porte aux mon­tées du drag­ster Dji­bril Si­di­bé. Un duo qui fonc­tionne par­fai­te­ment mais qui n’em­pêche pas le «Pe­tit Mes­si», son sur­nom de­puis le Ben­fi­ca Lis­bonne, de ten­ter des dribbles aux quatre coins du ter­rain. Un style de jeu qu’il as­sume par­fai­te­ment : « Je prends des risques, c’est mon jeu, si on ne prend pas de risque en étant un joueur of­fen­sif, qui va le faire ? Que je sois proche du but ad­verse ou de mes propres buts, je n’ai pas peur de jouer. Je ne perds pas trop de bal­lon, je vais conti­nuer à jouer comme ça. J’ai la res­pon­sa­bi­li­té de ne pas perdre la balle, mais j’ai tel­le­ment confiance en mes co­équi­piers, sur­tout les dé­fen­seurs, que je peux me per­mettre de prendre des risques ». Cer­tains pour­raient par­ler d’ex­cès de confiance chez le nu­mé­ro 10 asé­miste. Pas du tout. « Ja­mais, non, non, ras­sure- t-il. On joue un foot­ball of­fen­sif, on marque beau­coup de buts mais il faut tou­jours tra­vailler et être at­ten­tif. Il faut main­te­nir le ni­veau men­tal, ce n’est pas fa­cile quand on joue tous les trois jours. Il faut gar­der notre hu­mi­li­té, ne pas s’oc­cu­per des chiffres of­fen­sifs, de ce sta­tut de meilleure at­taque d’Eu­rope» . D’ailleurs, quand on lui avance que l’at­taque mo­né­gasque car­bure à des ca­dences in­fer­nales, su­pé­rieures à celles du Real Ma­drid ou du FC Bar­ce­lone, le gar­çon pré­fère en sou­rire. Sur­tout quand on aborde un pos­sible duel face à un grand nomd’Es­pagne en Ligue des Cham­pions. Comme sur le ter­rain, Ber­nar­do Sil­va est pré­cis dans sa ré­ponse : « Si on peut, je pré­fère évi­ter le Real Ma­drid ou le FC Bar­ce­lone (1er de sa poule et qui ne pour­ra pas af­fron­ter l’ASM en 8e de fi­nale). Si on prend une équipe moins dif­fi­cile, on a plus de chances de se qua­li­fier » , conclut-il dans un sou­rire dé­com­plexé. 1. Oli­vier At­ton est un per­son­nage du man­ga ja­po­nais très pri­sé dans les an­nées 80, il était sur­nom­mé «Le pe­tit pro­dige du bal­lon rond».

Je joue plus loin des buts ”

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