Elle lutte contre les vio­lences faites aux femmes

L’avo­cate Sa­ra Eli­za­beth Dill évo­que­ra les vio­lences faites aux femmes, au­jourd’hui dans le cadre des confé­rences du TEDxMon­teCar­lo. Au len­de­main d’une jour­née mon­diale consa­crée à ce fléau

Monaco-Matin - - La Une - RE­CUEILLI PAR NI­CO­LAS HASSON-FAURÉ nhas­son@ni­ce­ma­tin.fr

Une pe­tite fa­laise, quelques arbres, un bâ­ti­ment clair en lon­gueur et un dra­peau amé­ri­cain. Vude loin, voi­làà­quoi res­semble la pri­son amé­ri­caine de la baie de Guan­ta­na­mo, à Cu­ba. Un en­droit dis­cret, éta­bli loin des re­gards. Pour­tant, Sa­ra Eli­za­beth Dill connaît bien le lieu. L’avo­cate amé­ri­caine a été ob­ser­va­trice des droits de l’Homme dans le centre de ré­ten­tion, dont l’an­cien pa­tron a été convo­qué par la justice fran­çaise suite à des ac­cu­sa­tions de tor­ture. Un su­je­ta­prio­ri éloi­gné des­vio­lences faites aux femmes, ob­jet de la confé­rence qu’elle donne au­jourd’hui lors du TEDxMon­teCar­lo, au Gri­mal­di Fo­rum. Mais pas tant que ça, à la ré­flexion. « Quand j’y étais, c’était un vrai pro­blème de droits de l’Homme. Quand il y a des avo­cats et des juges très qua­li­fiés qui disent: “C’est ok de faire toutes ces choses hor­ribles”, et quand on voit ce qu’il s’y passe, on com­prend que les vio­lences contre les femmes soient en­core to­lé­rées » , lâ­che­celle qui co­or­donne le dé­ve­lop­pe­ment des po­li­tiques de l’Ame­ri­can Bar As­so­cia­tion( sur la justice pé­nale, l’im­mi­gra­tion, et le droit in­ter­na­tio­nal. En ce len­de­main de la Jour­née in­ter­na­tio­na­le­pour l’éli­mi­na­tion de la vio­lence à l’égard des femmes, elle est ve­nue, aus­si, abor­der les so­lu­tions: plus d’édu­ca­tion, un « tra­vail sur les men­ta­li­tés » …

Comment abor­dez-vous le su­jet des vio­lences faites aux femmes? Je vais évo­quer plu­sieurs si­tua­tions. La guerre, la vio­lence do­mes­tique… C’est un pro­blème qui ne touche pas seule­ment les pays du Tiers-monde ra­va­gés par la guerre. Ce­la se passe en France, aux États-Unis, au Royau­meU­ni. Par­tout. Dans toutes les couches de la so­cié­té. Alors, je vais par­ler de la fa­çon dont nos so­cié­tés peuvent fai­re­di­mi­nuer les vio­lences faites aux femmes.

Comment? En tra­vaillant sur les men­ta­li­tés? J’es­saye­de­ne­pas dé­voi­ler une trop gran­de­par­tie de ma confé­rence (rires). Mais oui, il y a un tra­vail à faire sur les men­ta­li­tés. Une bonne part de la so­lu­tion ré­side dans l’éga­li­té hommes-femmes. C’est ça qui per­met­tra aux femmes d’avoir une plus grande pla­ce­dans la so­cié­té. Il faut qu’elles soient vues comme les égales des hommes. Et le su­jet touche toutes les couches de la so­cié­té… Oui. Ce­qui est triste, c’est qu’on a sou­vent re­mar­qué que c’est dans les couches les plus édu­quées de la po­pu­la­tionque les vio­lences et les agres­sions sexuelles contre les femmes sont les moins dé­non­cées. Elles ont peur des ré­per­cus­sions, des consé­quences fi­nan­cières… Bref, des risques. Et ne pas croire les femmes, leur faire honte, ce­la at­taque les femmes dans leur ca­rac­tère. Je­pense que c’est quelque chose sur le­quel on doit tra­vailler. Ça, et une meilleu­re­pro­tec­tion des vic­times.

Ce­la touche tout le­monde et pour­tant, peu de choses changent. Comment ex­pli­quez-vous ce­la? C’est une ques­tion d’état d’es­prit. Aux Etats-Unis, par exemple, il n’ya­pas d’éga­li­té sa­la­riale. Les pays de l’Union Eu­ro­péen­neont fait beau­coup. Mais quand on ob­serve les mé­dias de masse, Hol­ly­wood, les jeux vi­déos… on se rend compte qu’il y a tou­jours cette per­cep­tion du « c’est nor­mal de consi­dé­rer les femmes com­medes proies ».

Donc la so­lu­tion, c’est l’édu­ca­tion? Oui. Et ce qu’on dit de­vant un en­fant. Le pré­sident élu des Etats-Uni­sa­dit des choses hor­ribles sur les agres­sions sexuelles de femmes, et, glo­ba­le­ment, il a ren­du ce­la nor­mal. Le pré­sident des Etats-Unis l’a dit, alors c’est ok. Ona­dé­jà en­ten­du l’his­toi­red’une fille de dix ans qui est ren­trée à la­mai­so­nen­pleurs parce qu’un­gar­çon de dix ans lui aus­si l’avait agres­sée sexuel­le­ment. Ila­dit: « Si le pré­sident peut le faire, je peux aus­si ». Je­pen­seque ce sont des choses que l’on va voir de plus en plus.

Pen­sez-vous pou­voir, tout de même, conti­nuer ce tra­vail? Ça va être­dur mais je garde es­poir. La tendance s’in­verse. Les plus jeunes ont uné­tat d’es­prit dif­fé­rent. Ils ap­prennent que ce n’est pas nor­mal de bla­guer sur les femmes, de mal les trai­ter… Vous vous spé­cia­li­sez aus­si dans l’im­mi­gra­tion et le droit in­ter­na­tio­nal. Quel re­gard­por­tez-vous sur la crise des mi­grants? Cette crise du­re­de­puis près de cin­qans. Et rienne laisse àpen­ser qu’elle va s’ar­rê­ter. Je pen­seque ce­la va conti­nuer. Bien sûr, on va ar­ri­ver à un mo­ment où il n’y au­ra­plus per­sonne pour fuir. Tous les États doivent s’im­pli­quer. Les pays du Gol­fe­doivent sor­tir leurs

car­nets de chèques et ou­vrir leurs fron­tières. Ils ont les res­sources pour le faire.

On ne voit pas vrai­ment de so­lu­tion se pro­fi­ler à l’ho­ri­zon… Tant que le conflit [en Sy­rie, ndlr] conti­nue­ra, des gens fui­ront. Je pense que les pays oc­ci­den­taux au­raient dû in­ter­ve­nir plus tôt. Main­te­nant, un plus grand ef­fort doit être fait pour ar­rê­ter ce conflit. On l’a dé­jà fait en Bos­nie, en Ser­bie… Toutes les par­ties doivent se mettre au­tour de la table et s’en­tendre. Il faut met­treen pla­ceun tri­bu­nal pour ju­ger ceux­qui ont com­mis des crimes de­guer­reet com­men­cer à re­cons­truire le pays. Je connais beau­coup de ré­fu­giés sy­riens qui veulent re­ve­nir.  % des ré­fu­giés ne vou­laient pas quit­ter leur pays, sur­tout ceux qui viennent de Sy­rie. Beau­coup­demes clients étaient mé­de­cins, avo­cats, hommes d’af­faires… Et ils n’ont pas eu le choix. Leurs mai­sons ont été­bom­bar­dées et ils ont dû fuir. C’est quelque chose que tout le mon­de­doit réa­li­ser: ils vi­vaient dans la si­tua­tion la plus hor­ri­bleet la plus ef­frayan­te­qui soit.

La so­lu­tion, c’est l’édu­ca­tion ” Une ques­tion d’état d’es­prit ”

La spé­cia­liste des droits de l’Homme porte éga­le­ment un re­gard acerbe sur Do­nald Trump et in­vite les pays du Golfe à « ou­vrir leurs fron­tières aux mi­grants » .

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