Alain Jup­pé peut-il en­core ren­ver­ser la table?

Fort de ses quinze points d’avance au pre­mier tour et du sou­tien des sar­ko­zystes, Fran­çois Fillon aborde dé­sor­mais en grand fa­vo­ri le se­cond tour de la pri­maire de la droite, de­main

Monaco-Matin - - France - THIER­RY PRUDHON tprud­hon@ni­ce­ma­tin.fr

La politique est toute de vio­lence et de cruau­té, y com­pris pour les meilleurs des siens. Alain Jup­pé pour­rait tou­cher di­manche soi­rau­cré­pus­cule de sa car­rière, sans avoir réus­si à mettre la main sur ce Graal ély­séen qui lui ten­dait les bras comme un dû de­puis trente ans, et plus en­co­reces der­niers­mois. Sans même avoir ja­mais pu être can­di­dat à la pré­si­den­tielle, un comble ! On n’en est pas en­core là, mais l’affaire s’avère dé­sor­mais bien mal em­bar­quée pour le maire de Bor­deaux. L’ul­ti­me­con­fron­ta­tion avant le se­cond tour de la pri­maire de la droite et du centre, jeu­di soir, ne lui au­ra pas per­mis de désar­çon­ner Fran­çois Fillon. Au contraire.

Deux mé­thodes

Se­lo­nun­son­da­geE­labe réa­li­sé­dans la fou­lée du dé­bat, Fillon a beau­coup plus con­vain­cu : 57% de l’en­semble des té­lé­spec­ta­teurs et car­ré­ment 71% des seuls sym­pa­thi­sants de droite. Alain Jup­pé n’a pas réus­si à fra­gi­li­ser un ad­ver­saire au pro­jet certes ra­di­cal, mais as­su­mé et li­sible. Les di­ver­gences, réelles, ne sont d’ailleurs pas si nom­breuses entre Jup­pé et Fillon. Leur op­po­si­tion est de de­gré plus que de na­ture. Le pre­mier, quia­payé plus cher que son al­ter ego pour sa­voir que ré­for­mer n’est pas une si­né­cure, veut opé­rer avec da- van­tage de sou­plesse et de me­sure. Le se­cond re­ven­dique un chan­ge­ment tran­ché. La dif­fé­rence de mé­thode n’est certes pas ano­dine. Tou­jour­sest-il que l’élec­to­rat de droite semble s’être dé­cou­vert un­cham­pion. Sur le fil, de fa­çon un rien­mou­ton­nière, sans que Sar­ko­zy, Jup­pé ni qui­conque n’ait fran­che­ment sai­si ce sou­dain et as­sez in­ex­pli­cable em­bal­le­ment.

Une syn­thèse

Au vote d’obs­truc­tion an­tiSar­ko pa­raît, en tout cas, se sub­sti­tuer au­jourd’hui un choix d’adhé­sion fillo­niste. Peut-être, comme l’ana­lyse l’édi­to­ria­liste Bru­no Jeu­dy, Fran­çois Fillon réus­sit-il la syn­thèse du pro­gramme dé­com­plexé de Ni­co­las Sar­ko­zy et du ca­rac­tère apai­sé d’Alain Jup­pé. Les élec­teurs des Ré­pu­bli­cains– on l’avait un peu vite oc­cul­té au gré de son­dages lé­ni­fiants por­tant Jup­pé –, s’ils ne vou­laient plus de Sar­ko­zy, as­pirent mal­gré tout à un pro­jet mus­clé, ré­so­lu­ment droi­tier. Dans ce contexte, Alain Jup­pé ne peut plus guère comp­ter que sur la crainte d’une can­di­da­ture de Fran­çois Bay­rou, s’il était bat­tu, pour ra­meu­ter à droite. Et sur une mo­bi­li­sa­tion an­ti-li­bé­rale au cen­tree­tà­gauche, qui ap­pa­raît tou­te­fois très hy­po­thé­tique à pré­sent.

(Pho­tos AFP)

Fran­çois Fillon a réus­si à faire face aux at­taques d’Alain Jup­pé lors du der­nier dé­bat. Leurs pro­jets se dis­tinguent par des dif­fé­rences de mé­thode, plus que de na­ture.

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.