«L’union, c’est le ta­lis­man de la vic­toi­rede la­gauche!»

A La Seyne-sur-Mer de­main et lun­di, Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann vient re­lan­cer la cam­pagne de la pri­maire de la gauche et dé­fendre un pro­gramme de « justice so­ciale »

Monaco-Matin - - France - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR K. M.

En­fant, a-t-elle confié une fois, on avait dé­jà re­pé­ré son es­prit « fron­deur » : la sénatrice PS de Pa­ris Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mannn’a pa­shé­si­té àe­nu­ser lorsque, comme d’autres, elle a vou­lu ex­pri­mer son désac­cord avec la po­li­ti­que­me­née par Fran­çois Hol­lande. En cam­pa­gne­dans le cadre de la pri­maire de la gauche, celle qui se si­tue à « l’aile gauche du par­ti » veut por­ter un pro­gramme ba­sé­sur la justice so­ciale. En­vi­site à La Seyne-sur-Mer de­main et lun­di, elle clô­tu­re­ra son sé­jour par une réunion pu­blique lun­di soir à 18 heures à la Bourse du tra­vail, après un pas­sage par la so­cié­té « de tran­si­tion éco­lo­gique » gras­soise Te­tris le ma­tin.

Fillon, meilleur can­di­dat pour af­fron­ter la gauche à la pré­si­den­tielle? Quel que soit le can­di­dat de droite, mais plus en­core avec Fillon, nous avons be­soin de l’af­fir­ma­tion forte d’un pro­jet de gauche. On voit bien qu’il y a une forte at­tente de chan­ge­ment qui n’a pas eu lieu dans le quin­quen­nat deHol­lande, et la gauche doit au contraire mon­trer qu’il y a une sor­tie de crise pos­sible en étant fon­dée sur la justice so­ciale, le pacte ré­pu­bli­cain, sur la re­lance de l’éco­no­mie par la hausse des sa­laires et par de l’in­ves­tis­se­ment pu­blic mo­der­ni­sa­teur.

Vous dé­fen­dez une justice so­ciale qui re­va­lo­rise le Smic, les pe­tites re­traites, etc. Comment la mettre en­oeuvre avec une si­tua­tion fi­nan­cière aus­si dé­gra­dée que celle de la France? Au­jourd’hui, nos dé­fi­cits pu­blics sont sur­tout liés à la fai­blesse de notre crois­sance et de nos re­cettes. Sur le ter­rain éco­no­mique et le ter­rain so­cial, nous avons be­soin d’une politique de re­lance. Je pro­pose un plan de  à  mil­liards d’eu­ros. « La seule fa­çon de faire bou­ger les lignes sur les can­di­da­tures à gauche face à la mul­ti­pli­ca­tion des can­di­da­tures, c’est de ga­gner la pri­maire avec une ligne al­ter­na­tive à celle conduite par Valls et Hol­lande » as­sure Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann.

Comment le faire sans en­gen­drer de la dé­pense pu­blique sup­plé­men­taire? La hausse du Smic est ab­sor­bable par les en­tre­prises grâce au CICE et au Pacte de res­pon­sa­bi­li­té. En­suite, il faut me­ner une politique d’in­ves­tis­se­ment qui s’ap­puie sur la mo­der­ni­sa­tion du pays, sur le dé­ve­lop­pe­ment du­rable, le chan­ge­ment cli­ma­tique. Comme nous sommes dans une pé­riode où la France peut em­prun­ter à des taux d’in­té­rêt qua­si nuls, c’est le mo­ment de le faire car ces in­ves­tis­se­ments rap­portent! Il ne faut pas sim­ple­ment re­lan­cer, il faut ci­bler so­cia­le­ment pour les couches po­pu­laires moyennes et basses ; ce sont elles qui consomment le plus dans l’Hexa­gone.

Sur quelles nou­velles res­sources fi­nan­cières vous ap­puie­rez-vous pour mettre en oeu­vre­vo­tre­plan de re­lance? Une bonne part de ce plan s’au­to­fi­nance par l’ef­fet de re­tour sur le Pro­duit in­té­rieur brut. Il y a en­suite des res­sources fis­cales à al­ler cher­cher, en par­ti­cu­lier la taxa­tion des grandes mul­ti­na­tio­nales, qui ont fait de l’éva­sion fis­cale un sport in­ter­na­tio­nal en par­lant d’op­ti­mi­sa­tion! Je veux par­ler aus­si de re­qua­li­fi­ca­tion des pro­fits de leurs ac­ti­vi­tés dans notre pays. En­suite, je veux mettre en place – c’est un de mes che­vaux de ba­taille au Sé­nat – une politique ren­for­cée de lutte contre l’éva­sion fis­cale. Même si des pro­grès ont été faits, ils sont in­suf­fi­sants. Par ailleurs, il faut un grand im­pôt pro­gres­sif sur le re­ve­nu, com­pa­rable à ce qui se fait en Al­le­magne. En­fin, nous avons en France une rente fon­cière qui ne contri­bue pas suf­fi­sam­ment à l’éco­no­mie réelle, il va fal­loir re­voir ça.

Que pro­po­sez-vous en ma­tière de sé­cu­ri­té? Je pro­pose le vote d’une loi de sé­cu­ri­té in­té­rieure comme nous le fai­sons pour l’ar­mée ou la sé­cu­ri­té ex­té­rieure. L’ur­gence est de ren­for­cer nos moyens de po­lice et de justice, de ré­or­ga­ni­ser les ren­sei­gne­ments de ter­rain (même s’il y a dé­jà des choses en­ga­gées en ce sens…).

Il faut une sanc­tua­ri­sa­tion des cré­dits et une vé­ri­té des moyens réel­le­ment dé­ga­gés. Il faut re­mettre de l’ordre dans tout ce­la. Et c’est aus­si vrai pour la justice, qui n’a pas for­cé­ment les moyens de ré­agir dans les temps. Par ailleurs, il faut re­con­qué­rir et conso­li­der les va­leurs de la Ré­pu­blique. C’est pour ce­la que je pro­pose un ser­vice de l’Édu­ca­tion po­pu­laire; parce que nous avons be­soin d’un gros tra­vail édu­ca­tif en di­rec­tion de nos en­fants et de notre jeu­nesse, qui ne peut pas pas­ser que par l’école.

La cam­pagne de la pri­maire de la gauche est mar­quée par la dé­cla­ra­tion de can­di­da­ture d’Em­ma­nuel Ma­cron… Il est à gauche? Il af­firme être à la fois de gauche et de droite. Moi je dis qu’il est de droite, et de droite.

Re­gret­tez-vous que des can­di­dats comme Jean-Luc Mé­len­chon ne s’ins­crivent pas dans la pri­maire? J’au­rais sou­hai­té que l’on ait une pri­maire qui ras­semble l’en­semble des forces de gauche et éco­lo­gistes, qui nous per­mette de nous pré­sen­ter unis de­vant les élec­teurs, car quand même, l’union, c’est le ta­lis­man de la vic­toire, et c’est un risque d’être di­vi­sé. Main­te­nant, cher­cher un res­pon­sable… Il est clair que le gou­ver­ne­ment n’a pas fait grand­chose du­rant le quin­quen­nat pour es­sayer de ras­sem­bler lar­ge­ment les forces de gauche. Je pense en tout cas que la seule ré­ponse à la­mul­ti­pli­ca­tion des can­di­da­tures à gauche, c’est de ga­gner la pri­maire avec une ligne al­ter­na­tive à celle conduite par Valls et Hol­lande. Si un can­di­dat is­su de la gauche du PS rem­porte la pri­maire, celles et ceux par­mi nos al­liés na­tu­rels (PC, éco­lo­gistes, etc.) ten­tés par Mé­len­chon pour­raient se re­po­si­tion­ner. Je sou­haite qu’il y ait un ef­fort d’uni­té, pour que l’on soit en si­tua­tion, au se­cond tour au moins, de nous pré­sen­ter unis sur des vraies conver­gences. En tra­vaillant en­semble, je suis sûre qu’il ne se­ra pas très dif­fi­cile de trou­ver, jus­te­ment, des ter­rains d’en­tente.

Est ce que Fran­çois Hol­lande doit ve­nir dé­fendre son bi­lan? Fran­che­ment, je pense qu’il va avoir vrai­ment du mal à le dé­fendre, son bi­lan… Je consi­dère à titre per­son­nel qu’il fe­rait mieux de ne pas y al­ler car il es­tàmes yeux un han­di­cap au ras­sem­ble­ment de la gauche.

Si ce n’est pas Hol­lande mais Valls, ce se­ra­mieux ? Dans les deux cas, c’est une ligne politique que je com­bats ou, en tout cas, que je conteste.

Reste que, dans tous les cas de fi­gure, les son­dages donnent Ma­rine le Pen vic­to­rieuse au se­cond tour face à un can­di­dat de la gauche… Ça dé­pend du can­di­dat de la gauche! Si nous sommes ca­pables de nous ras­sem­bler au­tour d’un re­nou­veau des can­di­dats et des lignes po­li­tiques, sur des thèses de gauche, je pense qu’une large part du peuple de gauche qui ne se­ra pas sé­duit par Fillon et sa politique va se res­sai­sir et sou­te­nir une ligne qui soit réel­le­ment de justice so­ciale et d’éga­li­té, avec une gauche concrète, ca­pable de gou­ver­ner, et pas seule­ment dans la pro­tes­ta­tion. Si notre can­di­dat re­pré­sente cette dy­na­mique-là, il peut ga­gner contre Ma­rine Le Pen.

kmi­chel@ni­ce­ma­tin.fr 1.Au­tre­ment­dit­de­lut­ter­con­tre­le­fait,pou­ru­neen­tre­prise, de dé­cla­rer des pro­fits dans un autre pays que ce­lui où l’ac­ti­vi­té à l’ori­gi­nede ces pro­fits a été réa­li­sée.

Quand vous avez lan­cé votre cam­pagne, vous avez dit être prête à dis­cu­ter d’une can­di­da­ture unique avec Ar­naud Mon­te­bourg et Be­noît Ha­mon, vous en dis­cu­tez?

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.