Irak: deux com­bat­tants vo­lon­taires se confient

Ren­contre à Er­bil, au Kurdistan irakien, avec deux jeunes Eu­ro­péens ve­nus dé­fendre leur pays d’ori­gine et, sur­tout, éli­mi­ner les dji­ha­distes de Daesh

Monaco-Matin - - Monde - De notre en­voyé spé­cial en Irak PIERRE-LOUIS PAGÈS pl­pages@var­ma­tin.com P.-L. PAGÈS pl­pages@var­ma­tin.com

Alors que la ba­taille pour re­prendre-Mos­soul aux­mains de Daesh fait rage, on n’en­tend plus trop­par­ler de ces vo­lon­taires eu­ro­péens ve­nus faire le coup de feu aux cô­tés des Pesh­mer­gas. Sans­dou­te­parce que les fa­meux com­bat­tants kurdes ne sont plus vrai­ment au­to­ri­sésà­con­ti­nuer l’of­fen­sive. « Je vou­lais al­ler jus­qu’à Mos­soul. C’était mon but quand je suis ve­nu ici en Irak, en fé­vrier 2015, me battre avec les Pesh­mer­gas », ra­conte Mike ( 1), 31 ans, en­fant de Su­lay­ma­niya, dans le nord-est du pays, ar­ri­vé en Nor­vège à l’âge de2ans et de­mi. Sa mo­ti­va­tion? « J’ai vu à la té­lé que les dji­ha­distes fai­saient des femmes leurs es­claves sexuelles, ça m’a ré­vol­té. » Mi­li­tai­re­pen­dant 7 ans, Mike au­rait pu dé­bar­quer en Irak avec l’uni­forme de l’ar­mée nor­vé­gienne. « Mon uni­té est ve­nue en­traî­ner les Pesh­mer­gas en mai 2015. Mais moi, je vou­lais être sur le champ de ba­taille. Au plus près des com­bats. Alors j’ai quit­té l’ar­mée en fé­vrier 2015 et aus­si­tôt re­joint le Kurdistan. »

At­taques sui­cides

Cô­té ac­tion, Mike a été ser­vi. De­puis son ar­ri­vée en Irak, il a par­ti­ci­pé à la li­bé­ra­tion de Sin­jar en no­vem­brede l’an­née der­nière, ou en­core dé­fen­du le bar­rage de Mos­soul en­mars 2016. Son ul­time ba­taille re­monte à tout juste deux se­maines: « J’ai pris part à la li­bé­ra­tion de Bat­naya ». A-t-il eu peur? « Bien sûr », ré­pond-il. « Sur­tout lorsque mon grou­peaé­té at­ta­qué par un vé­hi­cule sui­cide. On a réus­si à stop­per l’en­gin à 15 mètres à peine de notre ligne. » Comme pour ba­layer les doutes de son in­ter­lo­cu­teur, Mike s’em­presse de mon­trer une vi­déo sur son smart­phone. Comme Mike, Pesh­mer­gaswe ( 2), 21 ans, est ve­nu de Scan­di­na­vie, de Suède plus exac­te­ment, pour s’en­rô­ler dans l’ar­mée kurde. Com­meMike, du sang­kurde coule dans ses veines et il vou­lait avant tout dé­fendre son pays d’ori­gine contre les en­va­his­seurs dji­ha­distes. Ar­ri­vé en Irak il y a deux ans, il in­tègre la70e di­vi­sion, dé­pense2000 dol­lars en arme et en équi­pe­ment et part com­bat­treàDa­quq, au sud de Kir­kouk.

Daesh, l’en­ne­mi com­mun

Après un an à faire la guerre en Irak, Pesh­mer­gaswe re­tourne en Suède. Mais les at­ten­tats de Bruxelles et sur­tout de Pa­ris le convainquent de re­ve­nir se battre. « Après ces at­taques ter­ro­ristes, j’ai com­pris que Daesh était l’en­ne­mi de tout le monde et qu’il fal­lait l’éli­mi­ner ». Au prin­temps der­nier, le jeune « Pesh­mer­ga sué­dois » est donc de re­tour sur le champ de ba­taille, cette fois au sein de la Du­hok An­ti­ter­rorU­nit, et par­ti­cipe aux com­bats à Tels­kuf, à moins de 20 ki­lo­mètres au nord de Mos­soul. Du haut de ses 21 ans, il af­fir­men’avoir « ja­mais eu peur ». En­fin si, la pre­mière fois. « Mais il y a eu tel­le­ment de com­bats de­puis que je ne m’en sou­viens pas bien », lâche-t-il dans un sou­rire for­cé. Tout ça est de toute fa­çon der­rière lui. Pesh­mer­gaswe l’as­sure: « J’en ai fi­ni avec les armes. On peut faire tel­le­ment plus sans elles. Dé­sor­mais, je veux ai­der le Kurdistan dif­fé­rem­ment. » 1. À la de­mande des in­té­res­sés, les pré­noms ont été chan­gés. 2. Par sou­ci de dis­cré­tion, il uti­lise son iden­ti­té de compte Ins­ta­gram.

(Pho­tos DR)

Ve­nus com­battre au Kurdistan irakien, Mike comme « Pesh­mer­gaswe » sont sou­cieux de pré­ser­ver leur ano­ny­mat, mais ra­content leur en­ga­ge­ment dans le dé­tail sur Ins­ta­gram.

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