La psy­chia­trie hors les murs Dos­sier

Hier, au coeur du dis­po­si­tif de prise en charge de la ma­la­die men­tale, l’hô­pi­tal psy­chia­trique cède chaque an­née du ter­rain au pro­fit de struc­tures de ville

Monaco-Matin - - Santé - NAN­CY CATTAN ncat­tan@ni­ce­ma­tin.fr

Jus­qu’à la fin du XXe siècle, l’hô­pi­tal psy­chia­trique était au coeur du dis­po­si­tif de prise en charge de la ma­la­die men­tale. « Tous les pro­fes­sion­nels exer­çaient à l’hô­pi­tal; le sui­vi ex­terne des ma­lades oc­cu­pait peu de place dans leur ac­ti­vi­té et la pré­ven­tion n’exis­tait pas vrai­ment. En résumé, on s’in­té­res­sait au ma­lade pen­dant la pé­riode où il était hos­pi­ta­li­sé, et on le per­dait de vue lors­qu’il se re­trou­vait hors les murs », se sou­vient Jean-Yves Gior­da­na, mé­de­cin chef du CH Sainte-Ma­rie à Nice. Nom­breux étaient à l’époque les pa­tients­qui, faute d’al­ter­na­tive, sé­jour­naient ain­si des an­nées à l’hô­pi­tal. Des per­sonnes at­teintes de psy­choses graves, de dé­mence, voire de dé­pen­dance al­coo­lique. Ces temps sont (presque) ré­vo­lus [lire par ailleurs].

« On a chan­gé de pa­ra­digme »

L’hô­pi­tal du XXIe siè­cle­ne­res­semble guère à ce­lui du siècle der­nier. le nombre de lits s’est ef­fon­dré (1700 lits en 1968 à Sainte-Ma­rie, 400 au­jourd’hui), les pa­tients sont dé­sor­mais trai­tés hors les murs. « On a chan­gé de pa­ra­digme, ré­sume le­psy­chiatre. Avant on par­lait de l’hô­pi­tal et des al­ter­na­ti­vesàl’hos­pi­ta­li­sa­tion. Au­jourd’hui, c’est l’hô­pi­tal qui est une al­ter­na­tive à l’en­semble des soins sur le ter­ri­toire » . En clair, il in­ter­vient en der­nier re­cours, sauf « si­tua­tions d’ur­gence » : né­ces­si­té d’hos­pi­ta­li­sa­tion de pa­tients à haut risque sui­ci­daire, ou trop agres­sifs, au-de­là des ca­pa­ci­tés de to­lé­rance de l’en­tou­rage… Quel est dès lors le par­cours « clas­sique »  :   lits, au­jourd’hui , de­main...  !

d’une per­sonne souf­frant de troubles psy­chiques?

Re­çu dans les  h

«Les en­quê­tes­montrent que lors­qu’une per­sonne com­men­ceàse sen­tir mal, elle en parle d’abord à l’en­tou­rage: un ami, un col­lègue, un­membre de la fa­mille… En­suite, si les choses durent ou qu’un pro­chel’y in­cite, le pa­tient se tourne vers son gé­né­ra­liste, vers un psy­chiatre cor­res­pon­dant ou en­co­re­vers unCMP[ cen­tre­mé­di­co-

psy­cho­lo­gique, ndlr]. Dans ces centres, ila­la­ga­ran­tie d’être re­çu­dans les 48 h, pa­ru­nin­fir­mier for­méàl’éva­lua­tion de la psy­cho­pa­tho­lo­gie, du risque sui­ci­daire, des troubles cog­ni­tifs, et du syn­drome de stress post-trau­ma­tique. En fonc­tion de cette éva­lua­tion, le pa­tient est orien­téen­prio­ri­té ver­sun­pro­fes­sion­nel ou un autre. Une as­sis­tante so­ciale par exemple, si le pro­blème du lo­ge­ment est clai­re­ment la pré­oc­cu­pa­tion prin­ci­pale. Il peut s’agir d’un psy­cho­logue, si l’état­de­souf­france psy­chi- que est lié à un évé­ne­ment de vie dou­lou­reux ou à une frus­tra­tion, ou en­fin d’un psy­chiatre, si la per­sonne émet des me­naces, ou des plaintes plus in­quié­tantes, comme en­tendre des voix, etc.». Des­si­tua­tions­di­tesde « pé­ril im­mi­nent » qui peuvent conduire à l’hos­pi­ta­li­sa­tion sans consen­te­ment le jour­même. « C’est heu­reu­se­ment rare. Nous dis­po­sons, en ef­fet, d’un large pa­nel de pos­si­bi­li­tés de prise en charge autres, plus ou moin­sé­tof­fées, se­lon l’état du­pa­tient. Et on peut les mettre en place très vite, en quelques heures. »

Plu­sieurs struc­tures d’ac­com­pa­gne­ment sont pré­vues au sein de la com­mu­nau­té. À ce jour, le « Pôle Ter­ri­toire du centre hos­pi­ta­lier Sainte-Ma­rie » to­ta­lise ain­si : – 6 CMP pi­vots et une di­zaine d’an­tennes de CMP. – 2 Ser­vices de Soins In­ten­sifs In­té­grés dans la Com­mu­nau­tés (équipes mo­biles de psy­chia­trie gé­né­rale). – 2 équipes d’Hos­pi­ta­li­sa­tionADo­mi­cile pour un to­tal de 30 lits. – 2 équipes mo­biles de psy­cho­gé­ria­tries (Nice et Men­ton) – 9 Centres Psy­cho­thé­ra­peu­tiques de Jour dont 2 des­ti­nés aux per­sonnes âgées. – 28 places d’hé­ber­ge­ment thé­ra­peu­tique (ap­par­te­ments im­plan­tés au coeur de la ci­té). – 24 pa­tients pla­cés en Ac­cueil Fa­mi­lial Thé­ra­peu­tique

(Pho­to Franck Fer­nandes)

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