L’ad­dic­tion à la nour­ri­ture peut être mor­telle

Soins Les troubles du com­por­te­ment ali­men­taire ne sont pas tous vi­sibles et sou­vent mal pris en charge. L’as­so­cia­tion Au­tre­ment Pa­ca plaide pour une ap­proche glo­bale de la ma­la­die

Monaco-Matin - - Santé - AXELLE TRUQUET atru­quet@ni­ce­ma­tin.fr

Une prise ou une perte de poids ra­pi­deet sou­dai­ne­doit aler­ter, af­firme An­gé­lique Gi­me­nez, psy­cho­thé­ra­peute va­roise, et spé­cia­lis­tedes troubles du com­por­te­ment ali­men­taire (TCA). « Ano­rexie et bou­li­mie sont les plus connus. Pour­tant les TCA re­couvrent une di­zaine de troubles, de l’ex­trême pe­tit poids à l’obé­si­té. » Car elle in­siste, le sur­poid­smor­bide n’est pas qu’une pa­tho­lo­gie so­ma­tique. « L’as­pect hé­ré­di­taire ne concerne fi­na­le­ment qu’une faible pro­por­tion de gens dits obèses. Sou­vent il y a un pro­blème de­mo­dé­li­sa­tion. Lorsque l’on pré­pare une ome­lette en cas­sant douze oeufs par per­sonne parce qu’on a tou­jours vu faire ain­si, il faut, en­treautres, re­met­trede l’ordre et de la me­sure dans la vi­sion de l’ali­men­ta­tion. On sait que l’épi­gé­né­tique [les chan­ge­ments hé­ré­di­taires dans la fonc­tion des gènes, ayant lieu sans al­té­ra­tion de la sé­quence de l’ADN, nl­dr] joue moins au­tant que la gé­né­tique et que l’en­vi­ron­ne­ment peut agir. » La pro­fes­sion­nelle de san­té est claire : « Dans les TCA, on est au car­re­four de la tête et du corps. La prise en charge plu­ri­dis­ci­pli­naire est in­dis­pen­sable à la­gué­ri­son car il n’y a pas de ré­ponse unique. C’est très contex­tuel. » Elle tra­vaille donc en lien étroit avec le Dr Gil­bert Zea­nan­din, gas­tro-en­té­ro­logue au CHU de Nice, mais aus­si avec une mul­ti­tu­de­de­con­frères de la ré­gion. Tous deux sont, en ef­fet, res­pon­sables de l’an­tenne Pa­ca de l’as­so­cia­tion Au­tre­ment fon­dée en 1999 par le Dr Da­niel Ri­gaud (un­mé­de­cin nu­tri­tion­niste di­jon­nais) pour ai­der les ma­lades de TCA. Ils peuvent donc orien­ter les pa­tients et leurs fa­milles vers un pro­fes­sion­nel spé­cia­li­sé à proxi­mi­té de chez eux.

San­dra,  ans,  kg,  an­nées de TCA et au­tant d’hos­pi­ta­li­sa­tions

Lorsque les per­sonnes souf­frant de TCA ar­rivent en consul­ta­tion, elles traî­nent­par­foi­sun lourd­pas­sif, des an­nées de souf­france, des hos­pi­ta­li­sa­tions, sans avoir trou­vé la voie de la gué­ri­son. La psy­cho­thé­ra­peute évoque l’his­toire de cer­taines, âgées de 40 ans dont 20 ans de TCA, aux nom­breuses hos­pi­ta­li­sa­tions, etau­pe­tit poids... «On avance pe­tit à pe­tit. Et le plus im­por­tant, c’est de les écou­ter. Nous leur don­nons le choix du soin. Nous ne nous leur im­po­sons rien et nous tra­vaillons en équipe; ce­la ne fonc­tion­ne­rait pas de toute fa­çon dans les cas “ex­trêmes”. Le ma­lade doit être ac­teur de sa gué­ri­son.»

Il manque des struc­tures de prise en charge Gil­bert Zea­nan­din et An­gé­lique Gi­me­nez

Car si le­corps souffre, pré­sente les stig­mates vi­sibles, la tête ne va guè­re­mieux. « Le­pro­blème de­base est qua­si­ment tou­jours liéàun­manque de confiance en soi. On re­marque aus­si une cer­tai­ne­pré­co­ci­té, une hy­per­sen­si­bi­li­té. Par­fois, il s’agit d’en­fants qui, très tôt, ne se sentent pas bien dans leur corps. Mais leur ma­tu­ri­té avan­cée sur des su­jets “exis­ten­tiels” les amène à se po­ser beau­coup de ques­tions qui au­ront des ré­per­cus­sions sur leur ali­men­ta­tion et donc sur le corps. Pour d’autres, tout va al­ler nor­ma­le­ment jus­qu’à 18 ou 20 ans. Mais à la suite d’un choc, une contra­rié­té ou même quelque chose d’ano­din comme le fait de de­voir perdre un peu de poids pour une com­pé­ti­tion spor­tive, ils vont bas­cu­ler. Le stress phy­sique in­duit par la perte de poids peut créer un dés­équi­libre psy­chique. Si le trouble n’est pas pris en char­geou­mal gé­ré, il risque de s’an­crer. »

Les soi­gnants en pre­mière ligne

Dif­fi­cile pour l’en­tou­rage de dé­ce­ler le mal qui s’ins­talle car cer­tains TC Apassent to­ta­le­ment in­aper­çus. Par exemple l’or­tho­rexie, c’est-àdire le fait de contrô­ler son ali­men­ta­tion pour ne man­ger que des choses consi­dé­rées comme saines, peut vi­rer à l’ob­ses­sion et en­gen­drer des ca­rences ali­men­taires. Quelque soit le TCA, «les mé­de­cins peuvent dé­ce­ler des si­gnaux d’alerte, une perte ou prise de poids bru­tale en pre­mier lieu, les den­tistes re­mar­quer une perte d’émail sur les dents, évo­ca­trice de vo­mis­se­ments, de­bou­li­mie» , sou­ligne An­gé­lique Gi­me­nez. Si le pa­tient type est une jeune fille, les­hom­mes­peuvent aus­si être­con­cer­nés­par les TCA. « Entre ceux­qui s’ignorent et ceux qui le cachent, il est dif­fi­cile de sa­voir com­bien de per­sonnes sont concer­nées » , re­grette la psy­cho­thé­ra­peute. Dif­fi­cile aus­si pour ces ma­lades de trou­ver une is­sue. Car la gué­ri­son n’est pas spon­ta­née. Et les maux peuvent s’ag­gra­ver au fil des ans.

(Pho­to Franck Fer­nandes)

On re­cense une di­zaine de troubles du com­por­te­ment ali­men­taire. Ils concernent près de  % des -  ans, sur­tout des filles.

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