Re­naud : re­tour au pa­lais Ni­kaïa à Nice et au Zé­nith de Tou­lon

Monaco-Matin - - Détente - PHI­LIPPE DU­PUY

Dix ans que Re­naud n’était pas re­mon­té sur la scène du Zé­nith. C’est peu di­re­qu’ilyé­tait at­ten­du (y com­pris au tour­nant), der­niè­re­ment pour la pre­mière de ses dix concerts pa­ri­siens. Mal­gré les bon­sé­chos de ses pre­miers spec­tacles de ro­dage en pro­vince, on s’in­ter­ro­geait sur la ca­pa­ci­té du chan­teur, âgé de 64 an­set en­ré­mis­sio­n­al­coo­lique, à te­nir deux heures de spec­ta­cles­pour une tour­née des zé­niths de France, qui va pro­ba­ble­ment se pro­lon­ger jus­qu’aux grands fes­ti­vals d’été. Son pu­blic, lui, ne s’est pas po­sé de ques­tions: dans la fou­lée du suc­cèsde l’al­bumde la résurrection ( 1), pa­ruau­prin­temps, il a ré­ser­vé en­masse pour les concerts. C’est une foule bi­gar­rée et sou­riante de 6000 per­sonnes, toutes gé­né­ra­tions confon­dues, qui at­ten­dait le chan­teur pour sa pre­mière pa­ri­sienne. En jean, tee-shirt, Per­fec­to et san­tiags, ban­da­na rouge au­tour du cou (son uni­forme de scène de­puis ses dé­buts), Re­naud monte sur scène tan­dis que sa fa­mille (ses deux ex-femmes Ro­mane et Do­mi­nique et ses deux en­fants Malone et Lo­la qui le sou­tiennent et l’ac­com­pagnent dans son re­tour) et les in­vi­tés (dont Grand Corps Ma­lade, artisan de son come-back) s’ins­tallent dans le car­ré VIP. Be­daine mal conte­nue par sa cein­ture, va­lises sous les yeux, ba­joues à la Droo­py et mi­ne­dé­con­fite, le chan­teur fait un peu peine à voir, plan­té de­vant son mi­cro­dont il ne s’écarte que pour al­ler s’as­seoir près du pia­no, toutes les trois chan­sons en­vi­ron. L’en­tame de Tou­jours Vi­vant fait craindre le­pire: c’est un croas­se­ment qui sort de sa bouche, les pa­roles sont bre­douillées, on ne com­prend pas

un mot sur trois et il chante faux. Mais le pu­blic fait comme si de rien n’était et l’en­cou­rage sans fé­rir.

« Je ne chante pas juste, ni faux: je chante vrai »

C’est por­té par cette foule for­mi­dable, qui chante re­frains et cou­plets en même temps que lui (ou à sa­place), que Re­naud ira au bout de ses deux heures de concert, mê­lant quelques chan­sons du nou­vel al­bu­maux tubes de toute sa car­rière, joués dans leurs ar­ran­ge­ments ori­gi­naux par un or­ches­tre­de­six­mu­si­ciens sans grande per­son­na­li­té, mais ef­fi­cace. Àmi concert, sa voix re­trouve un peu de vi­gueur, mais pas sa jus­tesse. Re­naud s’en moque avec hu­mour : « Vous chan­tez­mieux que moi » , avant d’af­fir­mer: « Je ne chante pas juste, ni faux: je chante vrai » . Cette sin­cé­ri­té naïve est sans doute ce qui lui vaut l’in­dé­fec­tible af­fec­tion du pu­blic, qui l’ova­tion­ne­de­bout sur les titres phares du ré­per­toire ( Ma­nu, Mis­tral Ga­gnant, Dès que le vent souf­fle­ra. Le « pot-pour­ri » des rap­pels porte as­sez bien son nom, mais la foule re­part heu­reuse d’avoir pu ré­écou­ter en live ses chan­sons pré­fé­rées et sur­tout d’avoir re­trou­vé le chan­teur en as­sez bonne forme – éton­nam­ment frais après deux heures de concert, Re­naud vien­dra même sa­luer les jour­na­listes en cou­lisses à l’af­ter­show. Il sort de scène en se re­mon­tant le pan­ta­lo­net sa­lue la foule pen­dant que, sur l’écran géant, son ava­tar se trans­forme en oi­seau et s’en­vole. Le Phé­nix tour porte bien son nom: c’est à une résurrection que l’on vient as­sis­ter.

(Pho­to Ken­zo Tri­bouillard)

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