Le plé­bis­cite

Fran­çois Fillon se­ra le can­di­dat de la droite et du centre à la Pré­si­den­tielle. Il a rem­por­té une vic­toire écra­sante face à Alain Jup­pé au se­cond tour de la pri­maire.

Monaco-Matin - - La Une - THIERRY PRUDHON tprud­hon@ni­ce­ma­tin.fr

Aforce de vou­loir ras­sem­bler tout le monde, on ne ras­semble plus per­sonne. » D’une formule, Fran­çois Fillon avait ré­su­mé dès cette se­maine l’équa­tion qui a fi­na­le­ment pré­ci­pi­té la chute, ver­ti­gi­neuse et bles­sante, d’Alain Jup­pé. L’élec­to­rat de droite ne vou­lait plus de Ni­co­las Sar­ko­zy. Pour au­tant, il as­pire plus que ja­mais à une politique ré­so­lu­ment dé­com­plexée. Il l’a re­dit hier avec une mo­bi­li­sa­tion en­core lé­gè­re­ment ren­for­cée – en­vi­ron 4400000 vo­tants – qui ne laisse place à au­cune équi­voque. Fran­çois Fillon a construit son in­croyable suc­cès en la­bou­rant, avec une obs­ti­na­tion mé­tho­dique, le sillon d’une au­to­ri­té tran­quille pour un chan­ge­ment réel.

« Mister Mag­gie »

On pou­vait en­core pen­ser, di­manche der­nier, que quan­ti­téd’élec­teurs avaient vo­té pour lui sans vrai­ment connaître son pro­gramme, presque par in­ad­ver­tance, juste pour écar­ter Sar­ko­zy. Cette fois, le doute n’est plus per­mis. Le re­jet de l’un s’est mué en en­goue­ment pour l’autre. Les élec­teurs de la droite et du centre ont adou­bé le dé­pu­té de Pa­ris en pleine connais­sance de cause. Au terme d’une se­maine du­rant la­quelle Alain Jup­pé au­ra pour­tant poin­té, sans ef­fet, la ra­di­ca­li­té, éco­no­mique prin­ci­pa­le­ment, d’un pro­jet que Fran­çois Fillon a plei­ne­ment re­ven­di­qué. Des­sein contre des­sein, c’est bien la mé­thode mus­clée qui a été plé­bis­ci­tée hier par 66,5 % des élec­teurs. Le pro­gramme ri­gou­reu­se­ment conser­va­teur de Fran­çois Fillon a sé­duit. Et Alain Jup­pé a sans doute lui-même ache­vé de le va­li­der par ses at­taques contre-pro­duc­tives sur un droit à l’avor­te­ment que l’homme de la Sarthe n’a ja­mais en­vi­sa­gé de re­mettre en cause. Cette vic­toire sans ap­pel de Fillon en dit long sur l’état d’es­prit de notre so­cié­té, du moins d’une par­tie. Ja­mais un can­di­dat de la droite ne s’était pré­sen­té à l’Ely­sée en pro­po­sant un pro­jet aus­si dé­ca­pant. Qu’il semble loin le temps, c’était en 1985, où Re­naud bro­car­dait Miss Mag­gie et fai­sait cha­vi­rer les coeurs de son cô­té. Signe des temps, le chan­teur lui-même, il y a quelques mois dé­jà, avait dé­cla­ré que Fran­çois Fillon était « un­mec bien, hon­nête » et qu’il vo­te­rait pour lui s’il ga­gnait la pri­maire. Fillon en­dosse pour­tant sans fard ni états d’âme une vi­sion that­ché­rienne, en rup­ture avec le gaul­lisme social d’un Chi­rac, voi­re­mê­med’unSar­ko­zy. Il ne veut plus faire rê­ver à cré­dit. C’est ce dis­cours de vé­ri­té qui plaît à un élec­to­rat ba­la­dé hier et avant-hier par trop de vaines pro­messes.

Re­cen­trage ?

Pour Fran­çois Fillon, dans la po­si­tion d’Alain Jup­pé hier et pro­mis à l’Ely­sée, le plus dur com­mence dé­sor­mais. Il va de­voir res­ter « droit dans ses bottes » sur un pro­gramme pour le moins ru­gueux, ne pas re­nier sa marque de fa­brique, tout en élar­gis­sant son as­sise élec­to­rale. Sans doute de­vra-t-il quand même mettre un peu d’eau dans son vin, pour faire face à une pos­sible of­fen­sive de Fran­çois Bay­rou età­celle, iné­luc­table, d’une gauche qui es- père dès au­jourd’hui se re­quin­quer en pi­lon­nant son pro­gramme li­bé­ral. La route est donc en­core longue pour Fillon le res­sus­ci­té, Jup­pé l’a ap­pris à ses dé­pens. Le maire de Bor­deaux, ap­pa­ru bri­sé hier soir, va, lui, re­joindre le Pan­théon des grands brû­lés de la pré­si­den­tielle. Il y sié­ge­ra aux cô­tés des Cha­ban-Del­mas, Ro­card, Bal­la­dur ou Jos­pin, au nez des­quels les portes de l’Ely­sée se sont obs­ti­né­ment et cruel­le­ment fer­mées.

Jup­pé le mau­dit

Les son­dages en trom­pel’oeil au­ront contri­bué à l’aveu­gler. Beau­coup en avaient fait un­bou­clier an­tiSar­ko, sans adhé­rer for­cé­ment ni à son pro­jet, ni à sa per­sonne. Jup­pé, mal­gré de louables ef­forts, est fi­na­le­ment res­té l’homme de 1995 qui, un peu comme Edouard Bal­la­dur, n’a pas réus­si à tis­ser un lien char­nel avec le pays. N’est pas Jacques Chi­rac qui veut. Même son en­tou­rage en était conscient. « Les gens veulent vo­ter pour lui pour faire bar­rage à Sar­ko­zy, mais il n’y a pas, en réa­li­té, de vé­ri­table en­goue­ment en fa­veur de Jup­pé » , no­tait dé­jà il y a plu­sieurs mois, lu­cide, un an­cien mi­nistre le­sou­te­nant. Cette cote par dé­faut a fi­ni par se dé­gon­fler, au mo­ment où lui-même ne s’at­ten­dait vrai­sem­bla­ble­ment plus à cet ul­time coup de Jar­nac du des­tin.

(Pho­tos AFP et PQR/ Sud- Ouest)

Alain Jup­pé a très vite re­con­nu sa dé­faite et adou­bé so­bre­ment Fran­çois Fillon, le dé­sor­mais can­di­dat des Ré­pu­bli­cains à la pré­si­den­tielle.

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