Une ambition in­time

Monaco-Matin - - Primaire De La Droite Et Du Centre - THIERRY PRUDHON tprud­hon@ni­ce­ma­tin.fr

Fran­çois Fillon n’au­ra ja­mais été l’homme des ro­do­mon­tades ni des am­bi­tions ou­ver­te­ment pro­cla­mées. Il ne faut ce­pen­dant pas se fier à ses airs de beau­père idéal. L’aus­tère se double d’un co­riace qui, der­rière une ti­mi­di­té réelle, a tou­jours cru en lui et n’a pas une pe­tite idée de sa per­sonne. En 2005, quand il est écar­té du gou­ver­ne­ment Ville­pin, sa co­lère le dé­masque: « Quand on fe­ra le bi­lan de Chi­rac, on ne se sou­vien­dra de rien, sauf de mes ré­formes. » Son échec face à JeanF­ran­çois Co­pé, pour la pré­si­dence de l’UMP en no­vembre 2012, l’avait pen­sait-on dis­qua­li­fié, au­mo­ment même oùune voie royale s’ou­vrait de­vant lui. Ces der­niers mois, quand il ré­pé­tait à qui vou­lait l’en­tendre qu’il tra­çait son che­min et qu’il se­rait au ren­dez-vous du se­cond tour de la pri­maire, les jour­na­listes le re­gar­daient avec com­mi­sé­ra­tion, le sou­rire for­cé. Lui- même y croyait-il vrai­ment, alors que ses sou­tiens, d’Eric Ciot­tiàVa­lé­rie Pé­cresse, l’avaient aban­don­né les uns après les autres? Ce fils de no­taire ven­déen a gran­di dans la Sarthe. Après des études de droit, il a dé­bu­té sa car­rière politique comme at­ta­ché par­le­men­taire de Joël Le Theule, qui fut plu­sieurs fois mi­nistre sous de Gaulle puis Gis­card.

Dé­pu­téà­vingt-sept ans

A sa­mort, il lui suc­cé­de­ra comme dé­pu­té, de­ve­nant en 1981, à vingt­sept ans, le ben­ja­min de l’As­sem­blée. Deux ans plus tard, il pren­dra la mai­rie de Sa­blé-sur-Sarthe. Les an­nées quatre-vingt-dix se­ront celles de sa­mon­tée en puissance. Il de­vien­dra pré­sident du conseil gé­né­ral de la Sarthe en 1992, puis mi­nistre pour la pre­mière fois, de la Re­cherche et de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, dans le gou­ver­ne­ment Bal­la­dur en 1993. Il pas­se­ra par la suite par quan­ti­té d’autres mi­nis­tères: In­for­ma­tion, Té­lé­com­mu­ni­ca­tions, Af­faires so­ciales, Edu­ca­tion na­tio­nale, Eco­lo­gie. Ce proche de Phi­lippe Sé­guin, son mo­dèle et ami, avait pour­tant sou­te­nu Edouard Bal­la­dur à la pré­si­den­tielle de 1995. Chi­rac ne lui en tien­dra pas ri­gueur, Alain Jup­pé l’in­té­grant dans son pre­mier gou­ver­ne­ment d’alors. En 2005, Fillon paie en re­vanche sa ré­forme contes­tée de l’école. Ecar­té du gou­ver­ne­ment Ville­pin, il bas­cule là où on ne l’at­ten­dait pas for­cé­ment et se met aus­si­tôt au ser­vice de Ni­co­las Sar­ko­zy. « En me vi­rant du gou­ver­ne­ment, ils ont fait de moi un di­rec­teur de cam­pagne avant l’heure » , se ré­pan­dil, re­van­chard et bra­vache.

Un homme d’en­du­rance

Cinq ans du­rant, Fran­çois Fillon se­ra ain­si l’in­amo­vible Pre­mier mi­nistre de Ni­co­las Sar­ko­zy, à par­tir de 2007. Leur co­ha­bi­ta­tion ne se­ra pas un long fleuve tran­quille, néan­moins. Re­lé­gué dans l’ombre de l’om­ni­pré­sident, Fillon ronge son frein et en­caisse les coups, no­tam­ment quand Sar­ko­zy le qua­li­fie de « col­la­bo­ra­teur » . Il réus­si­ra mal­gré tout à pré­ser­ver sa place à Ma­ti­gnon, y com­pris quand Jean-Louis Bor­loo s’y voyait dé­jà. Ce père de fa­mille mo­dèle et nombreuse (cinq en­fants), ca­tho­lique re­ven­di­qué et épris de course au­to­mo­bile (il est membre du co­mi­té de di­rec­tion des 24 heures du Mans), est in­con­tes­ta­ble­ment un te­nace, qui sait où il veut al­ler, quitte à ava­ler pour ce­la quelques cou­leuvres. A 62 ans, il va dé­sor­mais de­voir prou­ver qu’il a l’étoffe d’un pre­mier rôle. Et dé­men­tir ce sur­nom de « Cou­rage Fillon! » dont il avait hé­ri­té de ses pairs, alors mi­nis­tredes Af­faires so­ciales, lors de la ca­ni­cule mor­telle de 2003. Bref, dé­mon­trer que der­rière le no­table à l’al­lure pro­vin­ciale bon­homme et ras­su­rante, se cache un au­then­tique lea­der. Un Pré­sident.

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