A la croi­sée des che­mins

Monaco-Matin - - France - Par MI­CHÈLE COT­TA

Ma­nuel Valls ne dé­mis­sion­ne­ra pas. Le Pré­sident de la Ré­pu­blique est à l’Ely­sée, son Pre­mier mi­nistre reste à Ma­ti­gnon. Les Fran­çais se­ront bien gar­dés. Cir­cu­lez, il n’y a rien à voir : la vie po­li­tique à gauche re­prend son cours. A ce­ci près qu’au­cun com­mu­ni­qué d’apai­se­ment, qu’il émane de Fran­çois Hol­lande ou de Ma­nuel Valls, ne met­tra un terme au psy­cho­drame du der­nier week- end. Entre les deux hommes, la col­la­bo­ra­tion a long­temps été fa­cile, et même as­sez ef­fi­cace. Au four et au mou­lin, on a vu le Pre­mier mi­nistre guer­royer sur tous les ter­rains de ba­taille au Par­le­ment et ailleurs, tan­dis que le Pré­sident res­tait en re­trait pen­dant les longs, trop longs dé­bats sur la bi- na­tio­na­li­té et la ré­forme du tra­vail. Ma­nuel Valls a pour lui l’en­thou­siasme, la convic­tion, l’au­to­ri­té. Le duo a fonc­tion­né jus­qu’à l’au­tomne. Voi­ci plu­sieurs se­maines qu’il se dés­unit len­te­ment. L’in­ter­view du Pre­mier mi­nistre au Jour­nal du di­manche, cette se­maine, a mar­qué une nou­velle étape dans ce pro­ces­sus de rup­ture. Face au doute, au désar­roi, à la dé­cep­tion des élec­teurs de gauche, après les confi­dences sui­ci­daires de Fran­çois Hol­lande à deux jour­na­listes, le Pre­mier mi­nistre l’a dit clai­re­ment : il n’ex­clut pas de se pré­sen­ter lui- même. Les cartes sont dé­sor­mais sur la table et cha­cun voit clair dans le jeu de l’autre. Dans la ligne de mire des deux hommes, donc, l’élec­tion pré­si­den­tielle qui se rap­proche à grande al­lure. Si en­core, sur sa can­di­da­ture, Fran­çois Hol­lande af­fir­mait ses in­ten­tions ! Mais non, il se tait obs­ti­né­ment. Exas­pé­ré par son si­lence, le Pre­mier mi­nistre s’est mis à par­ler trop, et à ré­flé­chir plus en­core, au­tour de cette ques­tion simple comme bon­jour : Fran­çois Hol­lande est-il au­jourd’hui le can­di­dat na­tu­rel de la gauche ? Est-il le mieux pla­cé pour abor­der le suf­frage des Fran­çais ? Ou bien la fai­blesse de sa po­pu­la­ri­té, le flou de ses in­ten­tions, la fra­gi­li­té de son bi­lan en font un can­di dat pos­sible, certes, pro­bable même, mais avec des chances de suc­cès plus que li­mi­tées, pour ne pas dire im­pos­sibles. Af­fir­mant, peu­têtre trop haut, et trop sou­vent sa fi­dé­li­té au chef de l’Etat, Ma­nuel Valls est, au­jourd’hui, à la croi­sée des che­mins. S’il bous­cule trop fort le Pré­sident, il se ver­ra ac­cu­sé, lui aus­si, de jouer les Bru­tus. S’il ne se pré­pare pas à le rem­pla­cer au pied le­vé, il perd toute chance de fi­gu­rer en bonne place dans le sprint fi­nal. Et si, fi­na­le­ment, dans quelques jours, Fran­çois Hol­lande prend la dé­ci­sion de conduire la ma­jo­ri­té lui- même dans la fu­ture cam­pagne, le risque est pour Ma­nuel Valls de de­voir re­prendre sa place, sa­ge­ment, ron­geant son frein, à la tête d’une gauche si­nis­trée. Ja­mais sous la Ve Ré­pu­blique, l’hy­po­thèse d’un Pré­sident et d’un Pre­mier mi­nistre, en exer­cice tous les deux, se pré­sen­tant l’un contre l’autre à la Pré­si­den­tielle n’a été même en­vi­sa­gée. Ce se­rait, Valls l’a re­con­nu lui- même hier, ajou­ter une crise ins­ti­tu­tion­nelle au chaos po­li­tique. Fran­çois Hol­lande et Ma­nuel Valls ont donc choi­si, hier, de faire une trêve. Jus­qu’à quand ?

« Fran­çois Hol­lande est-il au­jourd’hui le can­di­dat na­tu­rel de la gauche ? »

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