Ivre, il me­nace des po­li­ciers avec un sé­ca­teur

Monaco-Matin - - La Une - JEAN-MA­RIE FIORUCCI

Quand le jar­di­nier ar­rive à la barre, le tri­bu­nal voit un jeune homme sym­pa­thique, calme, tran­quille, so­ciable, humble. Pour­tant, le 16 juin der­nier, dans l’après-mi­di, au ni­veau de la place d’Armes, ce Mo­né­gasque a dé­vié com­plè­te­ment des normes so­cié­tales et s’est com­por­té d’une ma­nière in­ad­mis­sible. Ivre, avec un taux de 0,90 mg/l, il s’est re­bel­lé. Il a ou­tra­gé et me­na­cé de mort des po­li­ciers ve­nus le maî­tri­ser. Re­tour à la ter­rasse du Mo­na­co Bar, sous les ar­cades, pour com­prendre cette af­faire. Ce client, at­ta­blé, in­gur­gite une grande quan­ti­té de bois­sons al­coo­li­sées pour fê­ter son an­ni­ver­saire avec ses amis. Le pa­tron de l’éta­blis­se­ment dé­cide de ne plus le ser­vir. Le consom­ma­teur laisse ex­plo­ser aus­si­tôt sa co­lère et les dis­putes dé­gé­nèrent en vio­lentes al­ter­ca­tions. Les agents, aler­tés, ar­rivent et ap­pellent sans at­tendre des ren­forts. Et pour cause: le jar­di­nier à un sé­ca­teur dans les mains.

« J’étais in­con­trô­lable »

À l’au­dience, les fonc­tion­naires ra­content la scène. «On a eu beau­coup de mal à maî­tri­ser cet homme afin de lui pas­ser les me­nottes. Conduit à la Sû­re­té pu­blique, il s’est mon­tré me­na­çant et ou­tra­geant. Il al­ter­nait entre pé­riodes calmes et d’éner­ve­ment… » Le pré­ve­nu re­con­naît les faits, mais ré­fute la ré­bel­lion et les ou­trages. «J’étais in­con­trô­lable. Sur­tout quand un flic m’a cla­qué la tête contre un mur. Je suis re­par­ti ! Je ne pou­vais pas ré­flé­chir ! » «Que cher­chez-vous? On vous a ten­du la main: les deux mois frac­tion­nés à la mai­son d’ar­rêt ne vous ont pas fait ré­flé­chir ? Vous faites tout pour re­tour­ner en pri­son ! Que va-t-on faire de vous? Même pour un an­ni­ver­saire on se re­frène… » tente le pré­sident Jé­rôme Fou­ge­ras-La­ver­gnolle Beau­coup plus sè­che­ment, Me Ch­ris­tophe Sos­so, con­seil des par­ties ci­viles, par­le­ra d’une si­tua­tion in­ac­cep­table en met­tant en exergue le dan­ger en­cou­ru par les fonc­tion­naires. « Le pré­ju­dice ? 1 000 pour les in­jures et ou­trages. Vous dé­si­gne­rez un ex­pert mé­di­cal pour l’autre po­li­cier; car on ne connaît pas les consé­quences des trau­ma­tismes de son épaule et coude du bras droit qui ont né­ces­si­té huit jours d’ITT. Ajou­tez 1 500 de pro­vi­sion, plus 2 000 de dom­mages et 2817 pour rem­bour­ser l’État. »

Po­li­ciers at­ten­dris

Des cir­cons­tances in­to­lé­rables éga­le­ment rap­pe­lées par le pro­cu­reur Cy­rielle Colle, avant de s’in­ter­ro­ger sur la peine adap­tée. « Mon­sieur n’est plus ac­ces­sible au sur­sis ni à la li­ber­té d’épreuve. La seule so­lu­tion : le soi­gner ! Car la si­tua­tion s’ag­grave. Avec une in­car­cé­ra­tion de trois mois ferme, il a tout à ga­gner ! » Sans avo­cat-dé­fen­seur, le pré­ve­nu fe­ra acte de contri­tion. «Le pro­blème ce n’est pas nous, ont ré­pli­qué les po­li­ciers. C’est toi…» Des pro­pos émou­vants : il est ra­ris­sime, en ef­fet, qu’une par­tie ci­vile vienne s’api­toyer sur le fau­tif… Après en avoir dé­li­bé­ré, le tri­bu­nal op­te­ra pour une condam­na­tion à un mois de pri­son ferme, un to­tal de 1500 de dom­mages et in­té­rêts, 800 de pro­vi­sion et au ver­se­ment de 2817 pour l’État mo­né­gasque.

(Photo M.A.)

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