LE CHAOS APRÈS LA TEM­PÊTE À MO­NA­CO

À grosse in­quié­tude pour les oeuvres du mu­sée Jean-Coc­teau , après que le sous-sol a été inon­dé. Cer­taines ont pu être sau­vées mais pour beau­coup l’ave­nir est in­cer­tain

Monaco-Matin - - La Une -

D’une in­ten­si­té rare, le coup de mer qui s’est abat­tu sur l’Est du lit­to­ral azu­réen dans la nuit de mar­di à mer­cre­di n’a heu­reu­se­ment pas fait de vic­times, contrai­re­ment aux drames re­cen­sés en Ita­lie. De Mo­na­co à Menton, les dé­gâts ma­té­riels sont en re­vanche co­los­saux. Il fau­dra des se­maines pour tout re­mettre en ordre au Lar­vot­to et à Font­vieille. À Menton, des oeuvres du mu­sée Coc­teau sont en pé­ril.

Nous avons été in­quiets et nous le sommes tou­jours.» Le maire de Menton, JeanC­laude Gui­bal, af­fi­chait une mine grave, hier, lors de la (tar­dive) confé­rence de presse or­ga­ni­sée en mai­rie pour dres­ser un état des lieux des dé­gâts après le pas­sage de la tem­pête Adrian, dans la nuit de lun­di à mar­di sur le lit­to­ral azu­réen. Au centre de toutes les at­ten­tions : le mu­sée Jean-Coc­teau–col­lec­tion Sé­ve­rin Wun­der­man. Vi­trine cultu­relle de la ville dont le sous-sol a été sé­vè­re­ment inon­dé. Le ni­veau d’eau ayant ra­pi­de­ment at­teint 1,50 mètre après que des vitres ont cé­dé sous le poids du cou­rant, ai­dé par un vent dé­fa­vo­rable. Quid des oeuvres ? Pas de ré­ponse dé­fi­ni­tive tant qu’elles n’au­ront pas toutes été ex­fil­trées de l’éta­blis­se­ment. Mais les craintes sont réelles. Entre autres parce que sur les 1 500 pièces conser­vées au mu­sée, beau­coup sont des des­sins. Très sen­sibles à l’eau.

« Il faut sau­ver tout ce qui peut l’être »

«Le tra­vail de récupération et de trai­te­ment des oeuvres est notre pré­oc­cu­pa­tion. Il faut sau­ver tout ce qui peut l’être », clame le maire. Fai­sant écho au désar­roi li­sible sur tous les vi­sages, hier ma­tin, à l’en­trée du mu­sée. À la fa­tigue de tous ceux qui ont tra­vaillé pour évi­ter le pire, obli­gés de consta­ter que le mu­sée avait pris l’ap­pa­rence d’un châ­teau en­tou­ré de douves bien rem­plies. Par­mi eux, des agents de la Ville mo­bi­li­sés de bon ma­tin pour éva­cuer, à l’aide de ra­clettes, les eaux ré­si­duelles du rez-de-chaus­sée – où les oeuvres de l’ex­po­si­tion Va­le­rio Ada­mi n’ont, elles, pas été dé­gra­dées. Ain­si que la soixan­taine de pom­piers « en­ga­gée de fa­çon mas­sive » au mu­sée, dès mi­nuit, après avoir fait au préa­lable des re­con­nais­sances dans toute la ville. « Une cen­taine d’oeuvres a été dé­cro­chée et mise à l’abri dans la nuit. Des na­geurs spé­cia­li­sés ont as­su­ré une chaîne d’ex­trac­tion. En pa­ral­lèle, nous avons me­né une opé­ra­tion de pom­page pour que le ni­veau de l’eau ne monte pas. Le fait de pom­per jus­qu’à 120 m3 par heure a per­mis de le sta­bi­li­ser, voire de le di­mi­nuer », com­mente le chef de grou­pe­ment du pays men­ton­nais chez les sa­peurs-pom­piers, Da­niel Al­la­ve­na. Pré­ci­sant que l’opé­ra­tion de sau­ve­tage, qui a oc­cu­pé toute la jour­née d’hier, de­vait se pour­suivre du­rant la nuit, avec une cin­quan­taine de pom­piers et agents de la Ville.

Les oeuvres dé­pla­cées au Pa­lais de l’Eu­rope

Les oeuvres sau­vées des eaux doivent être pro­gres­si­ve­ment dé­pla­cées dans le sa­lon de Grande-Bre­tagne du Pa­lais de l’Eu­rope, où elles se­ront dis­po­sées sur des sur­faces planes en vue de sé­cher. Pour ce faire, des spé­cia­listes en art, et no­tam­ment des équipes de mu­sées ni­çois, sont ve­nus prê­ter main­forte. Et dès 19 h, le pre­mier bal des sau­ve­teurs a pu dé­mar­rer. Quant à la Drac (Di­rec­tion ré­gio­nale des af­faires cultu­relles), elle de­vrait être pré­sente sur place dès au­jourd’hui pour ai­der, et per­mettre d’en­vi­sa­ger la res­tau­ra­tion des oeuvres en­core sau­vables. « L’am­pleur des dé­gâts se­ra connue quand on au­ra ex­trait toutes les oeuvres et qu’elles au­ront sé­ché – dans 48 h au mi­ni­mum, ré­sume JeanC­laude Gui­bal. Il n’est pas im­pos­sible qu’on an­nule les pro­chaines ex­po­si­tions. Mais il fau­dra at­tendre de connaître l’éten­due de la ca­tas­trophe avant de s’avan­cer. » Une pre­mière es­ti­ma­tion de­vrait être connue au­jourd’hui. Les hé­ri­tiers de Sé­ve­rin Wun­der­man – à qui ap­par­te­nait la riche col­lec­tion d’oeuvres de Coc­teau – ne de­vraient être pré­ve­nus que lorsque l’état des lieux se­ra dé­fi­ni­tif. Et le nombre d’oeuvres per­dues connu.

Alors que les pom­piers ont pom­pé m d’eau qui stag­nait au sous-sol, les équipes du mu­sée ont tout fait pour éva­cuer l’eau ré­si­duelle au rez-de-chaus­sée.

Newspapers in French

Newspapers from Monaco

© PressReader. All rights reserved.