À Cap-d’Ail, «c’était Bey­routh sur la plage»

La plage Marquet, le port et le sen­tier des doua­niers n’ont pas été épar­gnés par la tem­pête qui a frap­pé les Alpes-Ma­ri­times. Ce der­nier est to­ta­le­ment fer­mé, au moins jus­qu’à sa­me­di

Monaco-Matin - - De Monaco À Menton -

Un signe de croix, en guise de prière. Puis, en slip de bain, ce bai­gneur se di­rige vers les eaux dé­chaî­nées de la grande bleue. «Il est fou! Quand on voit les dé­gâts cau­sés par les vagues sur la plage Marquet, c’est im­pru­dent de sa part», peste Pierre, un jog­geur ha­bi­tué à em­prun­ter le sen­tier des doua­niers pour dé­cras­ser l’or­ga­nisme. Lourde vic­time de la tem­pête Adrian (lire ci-des­sous), le sen­tier se­ra fer­mé dans son in­té­gra­li­té aux pié­tons au moins jus­qu’à sa­me­di, le temps que Dame Na­ture ne cesse ses ca­prices. Sur cette plage de Capd’Ail, les élé­ments se sont dé­chaî­nés à tel point qu’un pan de la digue ouest a cé­dé, moult de ses ro­chers s’échouant alors sur la plage. Pis, la digue sous-ma­rine at­te­nante, conso­li­dée en 2016, n’a pas été en me­sure de stop­per les of­fen­sives in­ces­santes des vagues. Et c’est la plage pri­vée Le Lam­pa­ro, juste en face, qui en a le plus fait les frais.

«Au chô­mage tech­nique»

Sa ter­rasse ex­té­rieure a lit­té­ra­le­ment été dé­vas­tée. Ses tran­sats, chaises, pa­ra­sols, tables et 300m² de dalles en bois em­por­tés ou dé­truits par la houle. «Une vraie tor­nade. C’était violent… Là, on net­toie, on trie et puis on re­cons­trui­ra. On va re­bon­dir ! Heu­reu­se­ment, le haut n’a pas été tou­ché. Mais on va de­voir fer­mer cet hi­ver, dé­plore Pierre Al­buixech, co­gé­rant de l’éta­blis­se­ment qui a vu af­fluer son per­son­nel et même les sai­son­niers de cet été pour re­mettre de l’ordre. On va su­bir une perte d’ex­ploi­ta­tion im­por­tante et mettre une dou­zaine de per­sonnes au chô­mage tech­nique. Après on ne va pas se plaindre, des gens sont plus mal­heu­reux que nous» À deux pas, la plage voi­sine du Cap Marquet pa­raî­trait presque mi­ra­cu­lée. «Pré­ve­nu par un ami, on est ve­nu à temps, à 23h30, pour pro­té­ger le ma­té­riel de la plage, ex­plique Em­ma­nuel Eli­cri­sio, ser­veur, en plein ran­ge­ment. Alors oui, il y a eu un peu de casse mais on s’en sort très bien!»

« Pas vu ça de­puis »

De la casse, il y en eu au centre nau­tique de Cap-d’Ail, en­va­hi par les en­ro­che­ments de la digue. Les cubes en plas­tique fai­sant of­fice de pon­ton flot­tant, épar­pillés ici et là, n’ont pas fait long feu face à la puis­sance de la na­ture. Tout comme les qua­torze Op­ti­mist re­trou­vés à l’autre bout de la plage Marquet. No­tam­ment près du ter­rain de beach-vol­ley qui ne porte plus vrai­ment son nom. « Trois ca­ta­ma­rans ont aus­si été en­dom­ma­gés. D’un coup, c’était Bey­routh sur la plage. Je n’ai pas vu ça de­puis le coup de mer de 2000. Mais bon, ça au­rait pu être pire pour nous», souffle Alexandre, chef de base ad­joint. Au port de Cap-d’Ail, si au­cun ba­teau n’a cou­lé comme à Menton (lire page 2), des dé­gâts ma­té­riels sont à dé­plo­rer. «Vers 22h30, une vague de 7,20 mètres de hau­teur est pas­sée par-des­sus la digue et le club house, qui a eu deux baies vi­trées et une bar­rière ex­té­rieure en­fon­cées. Sur les quais, une par­tie des bornes élec­triques a été ar­ra­chée et un yacht a tou­ché le quai.» Sans doute cette même vague qui a eu rai­son de l’ex­té­rieur du res­tau­rant La Cam­buse, dé­jà du­re­ment tou­ché par le pas­sé. De cette As­ton Mar­tin au pare-brise ex­plo­sé, sta­tion­née au mau­vais en­droit. Ou en­core de l’A’Tre­go, res­tau­rant don­nant pile sur la mer, qui a tout de même te­nu à re­ce­voir des clients à l’étage épar­gné. « On n’était pas obli­gé d’ou­vrir mais on a vou­lu la jouer pro­fes­sion­nels. Je ne peux pas me per­mettre de mettre 25 em­ployés au chô­mage tech­nique. La vague est pas­sée car­ré­ment au­des­sus de l’éta­blis­se­ment, ré­vèle Jean-Luc Laurent, le pa­tron. Çaa inon­dé tout un étage et en­dom­ma­gé toute la vé­ran­da. Je chiffre à 50000 eu­ros de dé­gâts, sans comp­ter le par­quet im­bi­bé d’eau. Je suis en at­tente des tur­bines d’air chaud pour as­sé­cher le sol.» « J’es­père qu’on va être clas­sé en ca­tas­trophe na­tu­relle», souffle As­trid Cau­quil de La Cam­buse. Le maire de Cap-d’Ail, Xa­vier Beck, de­vrait pro­chai­ne­ment faire une de­mande au­près du pré­fet, après in­ven­taire des dom­mages sur le do­maine pu­blic et des pro­prié­tés pri­vées. « En tant que maire, je n’avais ja­mais connu au­tant de dé­gâts», conclut-il.

La plage Marquet a été du­re­ment tou­chée par l’épi­sode mé­téo­ro­lo­gique. Le Dé­par­te­ment et Force  de­vraient y in­ter­ve­nir, ain­si qu’au sen­tier du lit­to­ral, pour dé­blayer.

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