Ma­roc, po­li­sa­rio, pour­quoi la guerre est pos­sible…

La Nouvelle Tribune - - Au fil de la semaine - Fahd YATA

D’un coup qua­si­ment, la ten­sion est mon­tée de plu­sieurs crans au cours du week-end der­nier entre le Ma­roc et les sé­pa­ra­tistes du po­li­sa­rio.

Le mi­nistre des af­faires étran­gères, M. Nas­ser Bou­ri­ta, le re­pré­sen­tant per­ma­nent du Ma­roc à l’ONU, M. Omar Hi­lale et le chef du gou­ver­ne­ment, M. Saad Ed­dine El Oth­ma­ni, ont, tour à tour, énon­cé de so­len­nelles mises en garde adres­sées aux mer­ce­naires d’Al­ger qui se rendent cou­pables de graves pro­vo­ca­tions, d’abord à Guer­gue­rate, mais aus­si dans le no man’s land qui se si­tue entre les pre­mières lignes des FAR et la fron­tière al­gé­rienne, au sud-est du Royaume.

Des pro­vo­ca­tions in­ces­santes

Au poste fron­tière de Guer­gue­rate, en di­rec­tion de la Mau­ri­ta­nie voi­sine, des élé­ments ar­més du po­li­sa­rio en­travent quo­ti­dien­ne­ment le pas­sage de vé­hi­cules de trans­port de mar­chan­dises qui se di­rigent vers le Sud, pour­sui­vant des pra­tiques qui avaient oc­ca­sion­né des graves ten­sions tout au long de ces der­niers mois et re­fu­sant de se plier aux in­jonc­tions de re­trait pro­non­cées par le Se­cré­taire gé­né­ral de l’ONU, An­to­nio Gu­terres.

Éga­le­ment por­teuse de me­naces gra­vis­simes, la vo­lon­té ou­ver­te­ment af­fi­chée des di­ri­geants sé­pa­ra­tistes de ten­ter d’ac­cré­di­ter la thèse fal­la­cieuse d’un «État en zone li­bé­rée» dont les ad­mi­nis­tra­tions se­raient ins­tal­lées en lieu et place des postes d ‘ob­ser­va­tion oc­cu­pés par la Mi­nur­so de­puis 1991, à Bir Lah­lou et à Ti­fa­ri­ti.

On sait, en ef­fet, que lors de la conclu­sion du ces­sez-le-feu en 1991, le Ma­roc avait ac­cep­té la créa­tion d’une zone tam­pon dans la ré­gion sud-est des pro­vinces du Sud, à la con­di­tion que cette zone ne soit par­cou­rue par au­cun élé­ment ar­mé du po­li­sa­rio ou de l’ar­mée al­gé­rienne, et pla­cée sous la sur­veillance de la Mi­nur­so. Au­jourd’hui, les sé­pa­ra­tistes an­noncent que des «mi­nis­tères de sou­ve­rai­ne­té», tel ce­lui de la Dé­fense, se­ront pro­chai­ne­ment trans­fé­rés des camps de Tin­douf vers l’une des deux lo­ca­li­tés pré­ci­tées.

Une telle dé­ci­sion consti­tue ef­fec­ti­ve­ment une vio­la­tion abrupte des ac­cords de ces­sezle-feu et des en­ga­ge­ments qui avaient été pris à l’époque sous la su­per­vi­sion des États-Unis et de la France.

Al­ger et le po­li­sa­rio, qui ont es­suyé des re­vers di­plo­ma­tiques suc­ces­sifs de­puis le re­tour du Ma­roc au sein de l’Union afri­caine, cherchent vi­si­ble­ment à re­lan­cer la ten­sion à moins d’un mois du rap­port an­nuel que le Se­cré­taire gé­né­ral de l’ONU dresse de­vant le Conseil de Sé­cu­ri­té à chaque fin du mois d’avril en vue de pro­ro­ger ou d’abro­ger le man­dat de la Mi­nur­so.

Et, se­lon des in­dis­cré­tions «cal­cu­lées», un draft de ce rap­port donne à pen­ser qu’il se­rait plu­tôt fa­vo­rable au Ma­roc… De­vant une telle si­tua­tion, le Royaume se trouve de­vant une triple op­tion.

Les trois op­tions

Il pour­rait igno­rer les ma­ni­gances et pro­jets pro­vo­ca­teurs des mer­ce­naires de Tin­douf, se mon­trant ain­si in­sen­sible à l’es­broufe, en comp­tant sur la sa­gesse de M. Gu­terres et de l’es­prit de res­pon­sa­bi­li­té qui ca­rac­té­rise gé­né­ra­le­ment les membres du Conseil de Sé­cu­ri­té.

Mais, in­con­vé­nient ma­jeur, l’érec­tion d’un « État sou­ve­rain » à l’in­té­rieur même des fron­tières du Ma­roc, re­vien­drait à ac­cep­ter pour réa­li­té ce qui n’est autre qu’une fic­tion et pla­ce­rait les sé­pa­ra­tistes sur le même rang que le Royaume, État consti­tué de­puis plus de douze siècles ! de­puis no­vembre 1975 et la Glo­rieuse marche Verte, la sou­ve­rai­ne­té du Ma­roc sur les pro­vinces du Sud n’a ja­mais été bat­tue en brèche et il ne sau­rait être ques­tion d’ac­cep­ter un tel fait ac­com­pli. La se­conde op­tion se­rait de pe­ser sur les dé­ci­deurs onu­siens et les membres per­ma­nents du Conseil de Sé­cu­ri­té afin qu’ils mettent en de­meure les sé­pa­ra­tistes et leurs «en­ca­drants» de re­ve­nir à la rai­son en ces­sant leurs pro­vo­ca­tions dont la pour­suite amè­ne­rait à l’ir­ré­pa­rable.

Cette op­tion semble être, si l’on me­sure la fer­me­té et la so­len­ni­té des mises en garde adres­sées par le Ma­roc (Bou­ri­ta, Hi­lale et El Oth­ma­ni) le week-end der­nier et la mo­bi­li­sa­tion du front in­té­rieur par par­tis po­li­tiques in­ter­po­sés, celle que le Royaume a choi­si pré­sen­te­ment d’ac­ti­ver.

Mais rien ne dit que les aver­tis­se­ments de nos of­fi­ciels se­ront ra­pi­de­ment sui­vis d’ef­fets, alors que l’échéance de la fin avril n’est plus éloi­gnée. Et les Ma­ro­cains ne sont sans doute pas loin de pen­ser que l’Al­gé­rie et sa ma­rion­nette de Tin­douf ont fi­ni par op­ter pour une crise ou­verte afin d’obli­ger, vo­lens, no­lens, le Royaume à s’as­seoir à la table des né­go­cia­tions, à la fa­veur d’une si­tua­tion de crise ma­jeure.

Mais, si comme dit l’adage, « le cha­me­lier sait par­fai­te­ment à quoi pense le cha­meau », cette stra­té­gie d’Al­ger et des mer­ce­naires a été per­cée à jour par Ra­bat, on ne sau­rait ex­clure que notre pays, sûr de son bon droit et de l’ef­fec­ti­vi­té de la vio­la­tion par les sé­pa­ra­tistes des ac­cords de 1991, consi­dé­rant qu’il s’agit bien d’un ca­sus bel­li, prenne les me­sures mi­li­taires conser­va­toires qu’une telle si­tua­tion exige.

A l’heure d’au­jourd’hui, on en sau­rait donc ex­clure l’hy­po­thèse d’une ré­ac­tion vi­gou­reuse et dé­fi­ni­tive du Ma­roc qui, par le biais des armes, met­trait fin à ces pro­vo­ca­tions du po­li­sa­rio, en net­toyant tout à la fois Guer­gue­rate, Bir Lah­lou et Ti­fa­ri­ti. Cha­cun sait que les FAR en ont les moyens, si­non l’ar­dent dé­sir (!!!), et que le rap­port de forces en leur fa­veur ne fait au­cun doute.

Alors, «si vis pa­cem, pa­ra bel­lum»…(Si tu veux la paix, pré­pare la guerre).

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