Le sel­fie de tous les mes­sages…

La Nouvelle Tribune - - Au fil de la semaine - Fahd YATA

C’est l’his­toire d’un sel­fie qui a vite fait le tour de la toile. Il a été pris par Ra­fik Ha­ri­ri, pre­mier mi­nistre du Li­ban avec, à ses cô­tés, SM le Roi Mo­ham­med VI et SAR Mo­ha­med Ben Sal­man, (MBS), Prince hé­ri­tier du Royaume d’Ara­bie Saou­dite, homme fort, s’il en est, à Ryad. Ce sel­fie, sur le compte Twit­ter de M. Ha­ri­ri, a été pos­té tout ré­cem­ment puisque MBS était le 9 avril en vi­site of­fi­cielle à Pa­ris, au re­tour d’un voyage aux États-Unis. Ac­co­lé d’un «no com­ment» en langue arabe, le sel­fie en ques­tion in­vite au contraire, et for­te­ment au (x) com­men­taire (s).

En ef­fet, avec une seule pho­to, le Pre­mier mi­nistre li­ba­nais en­voie plu­sieurs mes­sages, des­ti­nés à plu­sieurs des­ti­na­taires, au moyen d’un ins­tan­ta­né sur un ré­seau so­cial, cette nou­velle forme de com­mu­ni­ca­tion à nulle autre pa­reille et ef­fi­cace !

Pre­mier mes­sage, ce­lui qui montre ur­bi et or­bi que le chef du gou­ver­ne­ment li­ba­nais n’a plus au­cun pro­blème avec son men­tor saou­dien, lui qui avait fait l’ob­jet « d’une re­te­nue à la fron­tière » lors d’un sé­jour à Ryad il y a quelques mois. Et la presse in­ter­na­tio­nale avait à l’époque, for­te­ment sug­gé­ré que l’in­ter­dic­tion de quit­ter l’Ara­bie Saou­dite lui avait été pro­non­cée par le Prince hé­ri­tier Mo­ha­med Ben Sal­man en per­sonne.

Les trois di­ri­geants arabes ain­si im­mor­ta­li­sés par ce sel­fie, ont une at­ti­tude aus­si dé­ten­due qu’ami­cale, et sont vi­si­ble­ment ra­vis de cette pho­to de groupe. Plus de nuages donc entre Bey­routh et Ryad.

Le se­cond mes­sage vaut, quant à lui, pour l’opi­nion pu­blique ma­ro­caine et, sans doute, pour nos voi­sins…

SM le Roi Mo­ham­med VI, ab­sent du pays de­puis plu­sieurs se­maines, af­fiche, grâce à Dieu, une forme ex­cel­lente et ce­la tord dé­fi­ni­ti­ve­ment le cou aux ru­meurs et in­for­ma­tions in­fon­dées qui ont cir­cu­lé ces der­niers temps sur la san­té royale.

Le Sou­ve­rain ma­ro­cain pose avec des amis, qui ont l’avan­tage d’être des lea­ders dans leurs pays res­pec­tifs et ce sel­fie ex­prime éga­le­ment l’ar­ri­vée aux com­mandes d’une nou­velle gé­né­ra­tion de di­ri­geants arabes, jeunes et entre les­quels d’évi­dentes af­fi­ni­tés sont per­cep­tibles. Une pho­to qui se­ra in­con­tes­ta­ble­ment ap­pré­ciée à Al­ger. Quant au troi­sième mes­sage, il s’adresse, à n’en point dou­ter, à tous ceux qui s’in­té­ressent aux re­la­tions in­ter-arabes, aux ob­ser­va­teurs et ana­lystes qui s’es­saient à com­prendre et ex­pli­quer des si­tua­tions par­fois am­bigües ou contra­dic­toires. Ain­si, une bonne par­tie de la presse ma­ro­caine, tout au sou­tien lé­gi­time à la can­di­da­ture ma­ro­caine pour le Mon­dial 2026, avait cru dis­cer­ner l’exis­tence d’un dif­fé­rend entre le Ma­roc et l’Ara­bie Saou­dite, du fait de la po­si­tion équi­li­brée de Ra­bat dans le dif­fé­rend entre le Qa­tar et les autres mo­nar­chies du Golfe. On sait que notre Sou­ve­rain avait of­fert sa mé­dia­tion lors de la sur­ve­nance de ce conflit (heu­reu­se­ment non ar­mé) et que le Ma­roc a soi­gneu­se­ment évi­té de­puis de prendre le par­ti de l’un ou l’autre camps. Cer­tains, sur la base de dé­cla­ra­tions plus ou moins in­tem­pes­tives de hauts res­pon­sables saou­diens, avaient conclu au lâ­chage du Ma­roc par l’Ara­bie Saou­dite qui au­rait donc ap­por­té son sou­tien à la can­di­da­ture amé­ri­ca­no-mexi­co­ca­na­dienne.

Ceux-là de­vront peut-être ré­vi­ser leurs ju­ge­ments et ap­pré­cia­tions au vu du sel­fie en ques­tion où s’af­fiche l’at­ti­tude très ami­cale de MBS en­vers le Roi Mo­ham­med VI, le Prince saou­dien por­tant né­gli­gem­ment sa main sur l’épaule de son royal voi­sin.

Trois amis posent en toutes sim­pli­ci­té et com­pli­ci­té et le monde arabe (et beau­coup d’autres en­core) est ras­su­ré !

Voi­là la ma­gie des ré­seaux so­ciaux et les formes mo­dernes de com­mu­ni­ca­tion, les­quelles ont mis au ren­cart les com­mu­ni­qués, les pho­tos de per­son­na­li­tés à l’at­ti­tude com­pas­sée, les porte-pa­roles ins­ti­tu­tion­nels et autres agences de presse of­fi­ciel­le­ment of­fi­cieuses… Le sel­fie sans com­men­taire, où la com­mu­ni­ca­tion la plus abou­tie, sans y pa­raître !

Fi­nis les scoops pour la presse, mais les «so­cial net­works» ne pour­ront ja­mais rem­pla­cer le com­men­taire…

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