Une ré­vo­lu­tion est en marche pour l’as­su­rance

In­ter­net des ob­jets, blo­ck­chain, big da­ta

La Nouvelle Tribune - - Finances - Se­lim Be­nab­del­kha­lek

La blo­ck­chain est une tech­no­lo­gie qui fait cou­ler beau­coup d’encre de­puis quelques an­nées, et au su­jet de la­quelle nombre d’ex­perts s’ac­cordent à dire qu’elle va pro­fon­dé­ment bou­le­ver­ser tous les sec­teurs qui s’ap­puient sur la trans­mis­sion d’in­for­ma­tion. Pour­tant, se­lon Pau­line Adam-Kal­fon, Di­rec­trice As­su­rance chez PwC Ad­vi­so­ry, qui in­ter­ve­nait à l’oc­ca­sion d’un pa­nel du 5ème Ren­dez-vous de Ca­sa­blan­ca de l’As­su­rance, in­ti­tu­lé “Blo­ck­chain, in­ter­net des ob­jets, in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle… Quels usages dans l’as­su­rance ?“, “plus de 60% des pro­fes­sion­nels de l’as­su­rance ne savent pas quoi faire de la blo­ck­chain”. Tech­ni­que­ment, la blo­ck­chain est une tech­no­lo­gie de sto­ckage et de trans­mis­sion d’in­for­ma­tions sans or­gane de contrôle. C’est une base de don­nées dis­tri­buée dont les in­for­ma­tions en­voyées par les uti­li­sa­teurs et les liens in­ternes à la base sont vé­ri­fiés et grou­pés à in­ter­valles de temps ré­gu­liers en blocs, l’en­semble étant sé­cu­ri­sé par cryp­to­gra­phie, et for­mant ain­si une chaîne. Con­crè­te­ment, ce­la per­met une bien meilleure sé­cu­ri­té et fia­bi­li­té de l’in­for­ma­tion, qui peut être très ra­pi­de­ment dis­tri­buée tout au long de la chaîne.

Des ap­pli­ca­tions ré­vo­lu­tion­naires

Se­lon PwC, qui a réa­li­sé une vidéo de pré­sen­ta­tion de la blo­ck­chain pro­je­tée à l’oc­ca­sion, cette tech­no­lo­gie offre de nom­breuses ap­pli­ca­tions pour le sec­teur, dont cer­taines risquent de bou­le­ver­ser le sec­teur. On peut ci­ter, par exemple :

Les smart contracts : il s’agit d’un programme in­for­ma­tique fon­dé sur la tech­no­lo­gie blo­ck­chain, qui per­met de s’as­su­rer de l’exé­cu­tion des termes d’un contrat. Le smart con­tract est un pro­ces­sus en­tiè­re­ment au­to­ma­ti­sé consti­tué d’ins­truc­tions pré­pro­gram­mées qui peut ve­nir com­plé­ter ou se sub­sti­tuer aux contrats clas­siques. Il per­met une au­to­ma­ti­sa­tion com­plète de la pro­cé­dure de paie­ment des ré­cla­ma­tions et donc un rac­cour­cis­se­ment des dé­lais de paie­ment pour les as­su­rés. L’as­su­rance pa­ra­mé­trique : ce type d’as­su­rance, pour le­quel la me­sure d’un évé­ne­ment spé­ci­fique et tan­gible per­met de gé­né­rer au­to­ma­ti­que­ment des dé­dom­ma­ge­ments à l’as­su­ré, a été am­ple­ment dis­cu­té comme moyen d’adap­ta­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, no­tam­ment pour les agri­cul­teurs afri­cains, très vul­né­rables face au cli­mat. La blo­ck­chain ren­drait l’as­su­rance pa­ra­mé­trique net­te­ment plus fa­cile à mettre en place, vu qu’un “noeud” de la chaîne, dé­si­gné comme in­for­ma­teur de confiance par l’as­su­reur, pour­ra ac­ti­ver le dé­dom­ma­ge­ment pour tous les as­su­rés concer­nés.

La lutte contre la fraude : le par­tage d’in­for­ma­tion sur une ten­ta­tive de fraude, grâce à la blo­ck­chain, pour­ra être qua­si­ment ins­tan­ta­né tout au long de la chaîne des as­su­reurs, per­met­tant une bien meilleur pro­tec­tion contre les ma­noeuvres mal­hon­nêtes.

Se­lon Mme Adam-Kal­fon, la tech­no­lo­gie, grâce à l’échange fa­cile d’in­for­ma­tions, per­met­tra aux as­su­reurs de réa­li­ser des éco­no­mies sen­sibles pen­dant le cap­tage d’un nou­veau mar­ché, of­frant ain­si la pos­si­bi­li­té de pro­po­ser de nou­veaux pro­duits, et tou­cher cer­tains mar­chés ju­gés pas as­sez ren­tables ac­tuel­le­ment. Cer­taines so­cié­tés ont dé­jà com­men­cé à uti­li­ser la tech­no­lo­gie. M. Pe­ter Miller, CEO de The Ins­ti­tutes, ex­plique que des ex­pé­riences pi­lotes li­mi­tées sont en cours, mais que le pro­ces­sus d’adap­ta­tion, pour eux comme pour leurs clients, prennent du temps. Mais dé­jà, l’aug­men­ta­tion de la qua­li­té des don­nées per­met la sup­pres­sion de cer­tains pro­cess pé­nibles et lourds.

De son cô­té, M. Bob Cro­zier, Head of Ar­chi­tec­ture Ser­vices and Glo­bal Blo­ck­chain Centre of Com­pe­ten­cy chez Al­lianz Tech­no­lo­gy, avance que les or­ga­nismes oeu­vrant dans l’as­su­rance doivent s’as­so­cier et par­ta­ger les don­nées pour une pleine ex­ploi­ta­tion de cette tech­no­lo­gie. “L’uti­li­sa­tion des in­for­ma­tions d’une source ex­terne, mais va­li­dée et de confiance, pour prendre des dé­ci­sions”, a de for­mi­dables ap­pli­ca­tions en as­su­rance pa­ra­mé­trique, mais aus­si, par exemple, pour dis­po­ser d’une preuve d’as­su­rance en un temps re­cord.

Ce par­tage des don­nées tout au long de la chaîne des ac­teurs est es­sen­tiel, se­lon M. Claude Sar­cia, Pré­sident du Di­rec­toire d’In­ter Mu­tuelles As­sis­tance. Ci­tant l’exemple de l’as­su­rance au­to­mo­bile, le car­net d’en­tre­tien d’un vé­hi­cule pour­ra être par­ta­gé entre l’as­su­rance, l’as­sis­tance, et les ga­rages agréés, pour une fa­ci­li­ta­tion de la tra­ça­bi­li­té.

La lé­gis­la­tion en re­tard sur la tech­no­lo­gie

Un des pro­blèmes ren­con­tré par la blo­ck­chain est qu’elle mo­di­fie si pro­fon­dé­ment la fa­çon de faire de l’as­su­rance, qu’elle se re­trouve dans une zone d’ombre au ni­veau lé­gal, car les rè­gle­men­ta­tions, sou­vent plus lentes de l’in­no­va­tion, ne s’y sont pas en­core adap­tées. Pour M. Cro­zier, il est im­pé­ra­tif que les so­cié­tés d’as­su­rance éduquent le ré­gu­la­teur au fur et à me­sure de la dé­cou­verte et de l’ap­pren­tis­sage de cette tech­no­lo­gie. En ce sens, the Ins­ti­tutes a ré­cem­ment or­ga­ni­sé un sé­mi­naire au sein du­quel 22 ré­gu­la­teurs ont été in­vi­tés à ren­con­trer des star­tups, pour dé­cou­vrir la blo­ck­chain. La théo­rie de pou­voir ré­gu­ler en temps réel est par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sante pour ces or­ga­nismes.

Bien sûr, la né­ces­si­té d’un par­tage mon­dial des in­for­ma­tions né­ces­si­te­ra l’adop­tion de codes et lois à l’in­ter­na­tio­nal. Et pour faire bais­ser les coûts, il fau­dra adop­ter des stan­dards in­ter­na­tio­naux.

L’in­ter­net des ob­jets, la blo­ck­chain, la big da­ta, au­tant de tech­no­lo­gies ba­sées sur la trans­mis­sion de l’in­for­ma­tion, la chose la plus pré­cieuse pour un as­su­reur, offrent en­semble des pers­pec­tives ré­vo­lu­tion­naires pour le sec­teur. Ima­gi­nez par exemple, que vous n’ayiez à payer votre as­su­rance au­to­mo­bile uni­que­ment à par­tir du mo­ment où vous sor­tez de votre ga­rage, et donc que vous créez un risque. Où bien que votre as­su­rance inon­da­tion ne vous coûte de l’ar­gent que quand le temps est à la pluie. Les pos­si­bi­li­tés sont in­om­brables, et pro­mettent de mo­di­fier pro­fon­dé­ment le pay­sage de l’as­su­rance dans les an­nées à ve­nir.

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