We Pay, CIH Bank dé­clare la guerre à la culture du cash

La Nouvelle Tribune - - Finances - Se­lim Be­nab­del­kha­lek

Jeu­di 10 mai, M. Ah­med Rah­hou, PDG de CIH Bank, ac­com­pa­gné de M. Mo­ha­med Ho­ra­ni, PDG de HPS, et M. Mi­kael Na­ci­ri, PDG de CMI, a re­çu la presse pour pré­sen­ter We Pay, la so­lu­tion de porte-mon­naie élec­tro­nique du groupe ban­caire.

Après avoir conquis de nom­breux pays afri­cains, et que la tech­no­lo­gie en­va­hit peu à peu l’Eu­rope, le paie­ment mo­bile était for­te­ment at­ten­du au Ma­roc, cer­tains re­pro­chant même un cer­tain re­tard de son in­tro­duc­tion. Se­lon M. Rah­hou, la rai­son de l’ar­ri­vée quelque peu tar­dive du mpay­ment est claire : Bank AlMagh­rib et les banques de la place ont pris la dé­ci­sion de mettre sur le mar­ché une so­lu­tion plus évo­luée que dans le reste de l’Afrique, et, sur­tout, une in­ter­opé­ra­bi­li­té im­mé­diate. En ef­fet, une des grandes rai­sons du suc­cès du paie­ment mo­bile en Afrique est qu’il a ré­pon­du à l’ab­sence de ré­seaux ban­caires dé­ve­lop­pés. Ce n’est pas le cas au Ma­roc, et il fal­lait donc, pour que la so­lu­tion trouve son suc­cès, qu’il tire plei­ne­ment par­ti du tis­su ban­caire na­tio­nal et de sa den­si­té. «Nous n’avons pas dé­ve­lop­pé un nième moyen de paie­ment, mais un nou­veau concept», dixit M. Rah­hou. Le but de We Pay, se­lon ses dé­ve­lop­peurs, est donc d’être un ins­tru­ment dé­ci­sif dans la guerre contre la culture du cash, en of­frant les mêmes avan­tages d’ins­tan­ta­néi­té et d’uni­ver­sa­li­té (grâce à l’in­ter­opé­ra­bi­li­té), et ain­si fa­vo­ri­ser l’in­clu­sion fi­nan­cière des po­pu­la­tions, no­tam­ment les plus dé­mu­nies.

Le nu­mé­ro de té­lé­phone, nou­vel iden­ti­fiant per­son­nel

Cette « pla­te­forme com­mu­nau­taire qui fa­ci­lite les trans­ferts d’ar­gent », se­lon le PDG de CIH Bank, prend la forme d’une ap­pli­ca­tion smart­phone, sur la­quelle on peut créer son compte à l’aide de son nu­mé­ro de té­lé­phone et de CIN. Dif­fé­rents pla­fonds de re­charge sont dis­po­nibles se­lon les in­for­ma­tions de­man­dées (seuls les deux nu­mé­ros suf­fisent pour le 1er pla­fond de 500 dhs, mais une vi­site phy­sique est né­ces­saire pour ce­lui de 20 000 dhs). On peut ali­men­ter son compte en es­pèces en agences, par carte, ou par ver­se­ment. On peut en­suite ver­ser de l’ar­gent à un autre uti­li­sa­teur du ser­vice sim­ple­ment avec son nu­mé­ro de té­lé­phone, que l’on soit au Ma­roc ou à l’étran­ger (l’ou­ver­ture à la do­ta­tion se fe­ra vers le mois de sep­tembre), et les trans­ferts sont ins­tan­ta­nés. Le nu­mé­ro de té­lé­phone de­vient donc un ou­til d’iden­ti­fi­ca­tion clé, et M. Rah­hou consi­dère même que ce­lui-ci de­vrait «de­ve­nir pro­prié­té de l’in­di­vi­du».

Les pro­fes­sion­nels, par exemple les com­mer­çants, pour­ront eux créer un compte pro, et ain­si ac­cep­ter les paie­ments sans contact. Un des as­pects les plus in­té­res­sants, lié à l’in­clu­sion fi­nan­cière, est que ces com­mer­çants pour­ront réa­li­ser de nom­breuses opé­ra­tions pour leurs clients, de­puis le rè­gle­ment des fac­tures jus­qu’au ver­se­ment des aides so­ciales. Les po­pu­la­tions les plus dé­pen­dantes n’au­ront donc plus à se dé­pla­cer jus­qu’à une poste ou une banque pour ré­cu­pé­rer leur ar­gent, ce qui re­pré­sente un énorme gain de temps (et une baisse du coût). Dans un sou­ci de sou­tien à cette classe de po­pu­la­tion, M. Rah­hou pré­cise que les tran­sac­tions com­mer­çants se­ront gra­tuites en-de­çà d’un cer­tain seuil. Le PDG de CIH Bank ajoute éga­le­ment que le prix des tran­sac­tions di­mi­nue­ra en fonc­tion de leur nombre, au ni­veau des com­mu­nau­tés et non des in­di­vi­dus.

M. Ho­ra­ni, quant à lui, ex­plique que cette so­lu­tion vient en ré­ponse à deux rup­tures ma­jeures dans le do­maine des paie­ments, à sa­voir la pri­mau­té du client, et l’in­vi­si­bi­li­té du paie­ment. HPS as­sure la mise en ser­vice du switch mo­bile as­su­rant l’in­ter­opé­ra­bi­li­té de We Pay, et son PDG pré­cise que cel­le­ci se­ra plei­ne­ment opé­ra­tion­nelle à par­tir du mois de juillet, ajou­tant que si « beau­coup d’ex­pé­riences ont réus­si au ni­veau du m-pay­ment, l’in­ter­opé­ra­bi­li­té est rare ». Se vou­lant ras­su­rant, M. Ho­ra­ni dé­clare que ce switch mo­bile suit les meilleurs stan­dards de sé­cu­ri­té.

En­fin, s’il faut pos­sé­der un smart­phone pour ac­cé­der à ce ser­vice, M. Rah­hou dé­clare que CIH Bank est bien consciente que les couches les plus dé­mu­nies de la po­pu­la­tion ma­ro­caine n’ont gé­né­ra­le­ment pas en leur pos­ses­sion ce genre d’ap­pa­reil, et que ra­pi­de­ment, une so­lu­tion plus li­mi­tée (simples trans­ferts d’ar­gent) se­ra dis­po­nible pour tous les ap­pa­reils mo­biles.

Une nou­velle tech­no­lo­gie for­te­ment dé­pen­dante d’une large dif­fu­sion

Si sur le pa­pier, We Pay af­fiche des fonc­tion­na­li­tés et des avan­tages par­ti­cu­liè­re­ment at­trayant, sa vraie réus­site, ain­si que celle de toute so­lu­tion de porte-mon­naie élec­tro­nique éma­nant des banques ou or­ga­nismes de paie­ment au Ma­roc, dé­pen­dra sur les moyen et long termes d’une pé­né­tra­tion consé­quente du mar­ché ma­ro­cain, et d’une large uti­li­sa­tion au­près des ci­toyens du Royaume.

C’est dans cette lo­gique que CIH Bank a mis en place des ta­ri­fi­ca­tions très avan­ta­geuses, ain­si que la pos­si­bi­li­té pour les com­mer­çants de ga­gner de l’ar­gent en re­cru­tant de nou­veaux uti­li­sa­teurs du ser­vice. Le groupe tient à mettre le maxi­mum d’avan­tages de son cô­té pour me­ner cette guerre contre la culture du cash, qui ne se­rait pas ai­sée tant cette der­nière est pro­fon­dé­ment an­crée dans les ha­bi­tudes des Ma­ro­cains.

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