La Nouvelle Tribune

Pour la mé­moire d’Ad­nane et pour tous nos en­fants

- Fahd YATA Crime · Morocco · United States of America · Iran · China · Saudi Arabia · France · Tangier · Kenitra

De­puis la dé­cou­verte du corps du pe­tit Ad­nane, 11 ans, en­le­vé, vio­lé, puis étran­glé par un in­di­vi­du de 24 ans, tout près du do­mi­cile pa­ren­tal à Tan­ger, le Ma­roc en son en­tier est ré­vul­sé de co­lère, d’hor­reur, d’in­di­gna­tion. Un monstre pé­do­phile a pris la vie d’un jeune gar­çon, sans pi­tié ni re­mord, puis­qu’après son hor­rible for­fait, il s’était dé­bar­ras­sé de sa barbe et ses che­veux, al­lant même jus­qu’à en­voyer une de­mande de ran­çon aux pa­rents alors que le corps du dé­funt, paix à son âme, gi­sait de­puis plu­sieurs heures dé­jà au fond d’un ra­vin. Cette af­faire, qui a pris aux tripes tous les pa­rents de notre pays, a eu des ef­fets di­rects sur l’opi­nion pu­blique puisque de nom­breuses voix se sont éle­vées pour l’ap­pli­ca­tion ef­fec­tive de la peine de mort, la­quelle fi­gure tou­jours dans notre ar­se­nal ju­ri­dique, mais n’est plus ap­pli­quée de­puis l’exé­cu­tion du si­nistre com­mis­saire Ta­bet en 1992. Le dé­bat est donc re­lan­cé et les ar­gu­ments qui sont dé­ve­lop­pés en fa­veur de la peine ca­pi­tale sont es­sen­tiel­le­ment ba­sés sur la loi du Ta­lion, la vo­lon­té de ven­geance, l’en­vie d’ef­fa­cer de la sur­face de la terre l’au­teur d’un tel crime, voire l’im­pact sup­po­sé sur les es­prits d’une sanc­tion ul­time qui agi­rait comme un re­pous­soir ef­fi­cace.

Mais la mort tra­gique de ce gar­çon­net, in­no­cent et joyeux, peut-elle jus­ti­fier que le Royaume re­vienne en ar­rière après trente an­nées pra­ti­que­ment d’un mo­ra­toire, ef­fec­tif mais non of­fi­ciel, sur la peine de mort ? Chan­ger de ju­ris­pru­dence sur cette ques­tion, qui sus­cite bien des pas­sions, re­vien­drait à pla­cer le Ma­roc dans le camp des pays qui en sont les adeptes, tels les États-Unis, l’Iran, la Chine, l’Ara­bie Saou­dite, etc. À l’op­po­sé, se can­ton­ner dans le sta­tu quo ac­tuel, certes in­sa­tis­fai­sant pour les par­ti­sans de l’abo­li­tion de la peine ca­pi­tale, nous pla­ce­rait tout près des États, plei­ne­ment dé­mo­cra­tiques et res­pec­tueux du droit à la vie pour tous, y com­pris les cri­mi­nels les plus af­freux, au nom de prin­cipes qui jus­ti­fient plei­ne­ment cette po­si­tion, y com­pris ce­lui qui pro­clame que c’est Dieu qui donne et re­prend la vie et non les hommes ! Au­jourd’hui, es­sen­tiel­le­ment à la pri­son cen­trale de Ké­ni­tra, plu­sieurs di­zaines d’in­di­vi­dus sont dans le cou­loir de la mort, dans l’at­tente, pour cer­tains de­puis des an­nées, de la sanc­tion ul­time que la Jus­tice leur a in­fli­gée pour les crimes qu’ils ont per­pé­trés. Ce que l’on peut consi­dé­rer comme une pos­ture « ni, ni », c’est-à-dire ni ap­pli­ca­tion de la peine de mort, ni son abo­li­tion, se trouve être bien com­mode pour re­pous­ser tout à la fois les pres­sions en fa­veur de l’ef­fec­ti­vi­té et celles pour sa ra­dia­tion du cor­pus des peines et des dé­lits.

Elle per­met éga­le­ment de sa­tis­faire un tant soit peu les re­ven­di­ca­tions des uns et des autres sa­chant que la classe po­li­tique compte en­core des adeptes fer­vents de la peine ca­pi­tale, que l’opi­nion pu­blique ré­agit trop sou­vent de fa­çon pas­sion­nelle et épi­der­mique, mais aus­si que les par­ti­sans éclai­rés de l’abo­li­tion, fi­gures de la so­cié­té ci­vile, sont en­core mi­no­ri­taires dans notre pays.

Ce­pen­dant, si l’on doit mettre au-de­vant de la scène des consi­dé­ra­tions éthiques et hu­ma­nistes, au dia­pa­son des pra­tiques les plus avancées de par le monde, si l’on doit se pré­va­loir de la ligne of­fi­cielle qui per­met au Royaume d’être par­tie des conven­tions les plus abou­ties sur le res­pect des Droits hu­mains, ce­la n’a que peu de sens concret en l’ab­sence de dis­po­si­tions lé­gales et pra­tiques pour pré­ve­nir et lut­ter contre les mé­faits des so­cio­pathes et autres psy­cho­pathes qui peuvent sé­vir dans notre pays, comme dans tous les autres. Il im­porte ab­so­lu­ment, et dans les dé­lais les plus brefs pos­sibles, que les au­to­ri­tés en charge de l’ordre et de la sé­cu­ri­té des ci­toyens adoptent des pro­cé­dures pour pro­té­ger les plus in­no­cents d’entre nous, les en­fants. Ain­si, mettre en place les mé­ca­nismes tels que ceux qui existent no­tam­ment en France comme «alerte en­lè­ve­ment», qui per­mettent d’in­for­mer très ra­pi­de­ment, par les moyens au­dio­vi­suels no­tam­ment, de pos­sibles kid­nap­ping ou des dis­pa­ri­tions in­quié­tantes, com­por­tant des ap­pels à té­moins et la dif­fu­sion de pho­tos des vic­times et des cri­mi­nels, se­rait une avan­cée concrète et im­por­tante pour ré­pondre aux exi­gences im­po­sées par des actes d’hor­reur com­mis par des monstres.

Ain­si, la tra­gique dis­pa­ri­tion du pe­tit Ad­nane, en­le­vé dra­ma­ti­que­ment et in­jus­te­ment à l’af­fec­tion des siens, ne res­te­rait pas sans suite et ef­fet pour la pré­ser­va­tion de la vie de nos en­fants.

Quant à l’au­teur de ce crime in­nom­mable, au­jourd’hui in­car­cé­ré, une peine de pri­son à per­pé­tui­té, sans pos­si­bi­li­té de re­mise de peine et de li­bé­ra­tion an­ti­ci­pée, ac­com­pa­gnée d’une cas­tra­tion chi­mique, se­raient sans doute le meilleur châ­ti­ment que la so­cié­té des hommes pour­rait lui in­fli­ger.

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