Ke­vin An­der­son a sau­vé sa peau

Le tom­beur de Fe­de­rer a bat­tu en de­mi-fi­nale John Is­ner au bout du deuxième plus long match de l’his­toire du cir­cuit ATP

24 Heures - - Sports - Arnaud Ce­rut­ti Wim­ble­don

Lorsque l’es­thé­tisme dé­cide de res­ter plan­qué der­rière les grilles du Temple (ou qu’il s’est vu ren­voyé chez lui à Bâle qua­rante-huit heures plus tôt), un après-mi­di de de­mi-fi­nales mas­cu­lines de Wim­ble­don peut pa­raître long comme un jour sans pain. So­po­ri­fique, même. Il en a été ain­si en ce ven­dre­di 13, qui n’a certes pas été ce­lui du mal­heur, mais pas non plus ce­lui du pa­nache sur le ga­zon lon­do­nien. Tou­jours est-il qu’à l’heure d’écrire ces lignes, nous igno­rions en­core l’iden­ti­té du se­cond fi­na­liste, l’op­po­si­tion entre No­vak Djo­ko­vic et Ra­fael Na­dal étant tou­jours en cours, sans doute même ap­pe­lée à se ter­mi­ner ce sa­me­di.

Reste qu’il y a tout de même un nom, une tête qui a fi­ni par émer­ger – ne culmine- t- elle pas à 203 cm? – peu avant la nuit et au bout de l’en­nui: celle de Ke­vin An­der­son, vain­queur de John Is­ner (7-6, 6-7, 6-7, 6-4, 26-24) après 6 h 36 de com­bat, soit le deuxième match le plus long de l’his­toire du cir­cuit ATP. «Ce­la a été une ba­taille dan­tesque et je ne trouve pas vrai­ment les mots pour en par­ler. Je n’ar­rive même pas à être plus ex­ci­té que ce­la d’avoir ga­gné, s’est ex­cu­sé le Sud-Afri­cain. Au vrai, je suis cuit. On a mis tout ce que l’on avait sur le court et on mé­ri­tait tous deux la vic­toire, mais il fal­lait un vain­queur.»

Et c’est le No 8 mon­dial qui a ga­gné le gros lot en se don­nant le droit de po­ser ses grands com­pas en fi­nale de Wim­ble­don. Pour le tom­beur de Ro­ger Fe­de­rer mer­cre­di, ce n’est pas to­ta­le­ment un ter­ri­toire in­con­nu, puis­qu’il a dé­jà vé­cu pa­reil évé­ne­ment au mois de sep­tembre der­nier à l’US Open (dé­faite contre Na­dal), mais tout de même: ac­cé­der au der­nier «round» dans le saint des saints change une car­rière et mo­di­fie les pers­pec­tives. «C’est grand, c’est sûr, et je suis em­por­té par beau­coup d’émo­tions», mur­mu­ra-t-il avant de plon­ger dans un bain d’eau gla­cée.

Un grand rêve

À 31 ans, le gros ser­veur de Jo­han­nes­burg pour­rait se conten­ter de ses «ven­danges tar­dives» et juste sa­vou­rer une deuxième pré­sence aus­si loin dans un majeur, mais ce n’est pas son genre. Il as­pire à mieux en­core, quelle que soit l’iden­ti­té de son pro­chain ad­ver­saire. «Ra­fa ou No­vak, on ne les pré­sente pas, re­prend-il, mais pour moi un rêve est en marche. Tu n’as pas le droit de pas­ser à cô­té d’une fi­nale de Wim­ble­don!»

Son en­vie et sa dé­ter­mi­na­tion sont ad­mi­rables, mais à dire vrai, ven­dre­di soir, le pu­blic bri­tan­nique n’avait cure des songes de «Kev», tout comme il au­rait eu cure de ceux d’Is­ner si ce­lui-ci avait pas­sé l’épaule. Les spec­ta­teurs pré­fé­raient se dire que la pire jour­née de la sai­son tou­chait gen­ti­ment à sa fin et pen­ser que les deux sui­vantes leur pro­po­se­raient une tout autre li­mo­nade, puisque ce n’est rien d’autre que la lé­gende du ten­nis qui semble en train de se des­si­ner.

Ce sa­me­di contre An­ge­lique Ker­ber, Se­re­na Williams a en ef­fet l’oc­ca­sion de dé­cro­cher son 24e titre majeur et d’éga­ler ain­si la marque my­thique de Mar­ga­ret Court. Le len­de­main, Na­dal ou Djo­ko­vic peuvent es­pé­rer ajou­ter une cou­ronne à leur pal­ma­rès. L’Es­pa­gnol dé­cro­che­rait ain­si la 18e pour mor­diller plus sé­rieu­se­ment que ja­mais les mol­lets de Ro­ger Fe­de­rer (20). Le Serbe s’of­fri­rait pour sa part sa 13e afin de se rap­pro­cher un peu plus de Pete Sam­pras (14).

L’his­toire en marche

Mu­sique d’ave­nir bien sûr que tout ce­la, mais la pers­pec­tive de cette triple chasse aux re­cords doit à pré­sent ber­cer Wim­ble­don. Parce qu’elle peut s’écrire là, l’his­toire, sous nos yeux. Au­tant pour faire ou­blier cette jour­née d’une lon­gueur et lan­gueur mo­no­tones que pour convo­quer une émo­tion dingue le long de Church Road.

Ima­gi­nez donc qu’en vingt­quatre heures, «Ma­man Se­re­na» en­quille un nou­veau titre du Grand Che­lem moins d’une an­née après son ac­cou­che­ment et que l’un des ri­vaux éter­nels de «RF» vienne souf­fler dans la nuque du Bâ­lois! Après une jour­née so­po­ri­fique, le ten­nis vi­vrait là un wee­kend in­ou­bliable.

KEYS­TONE

Il au­ra fal­lu 6 h 36 mi­nutes de jeu à Ke­vin An­der­son pour s’ad­ju­ger le ti­cket pour la fi­nale.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.