Un lut­teur po­si­tif sur son île

24 Heures - - Sports - Jean-Claude Scher­ten­leib

Il était une île bien par­ti­cu­lière, parce que en­tou­rée de col­lines vertes, de montagnes sau­pou­drées de neiges éter­nelles, un dé­cor fi­gé dans la roche et dans le temps. Pas de vagues, ni de co­co­tiers. Le soir, à la veillée, au­cun chant de si­rène, ab­sentes les mé­lo­dies des joueurs de uku­lé­lé; juste, ins­tal­lés sur le vieux banc de bois de­vant la ferme, des joueurs de «schwyt­zoises», ce pe­tit ac­cor­déon dont on se par­tage les se­crets de père en fils. Sur cette île, le di­manche ve­nu, de so­lides pay­sans s’af­frontent sur des ronds de sciure des­si­nés sur-le-champ, pour des joutes spor­tives où s’ex­priment la force, bien sûr, mais aus­si une cer­taine rou­blar­dise. Les cham­pions de cet art sont vé­né­rés, ré­com­pen­sés, ai­més.

Un jour, parce que cet art ori­gi­nal – la lutte dite suisse – n’a pas échap­pé aux dé­rives de l’ar­gent, l’île a per­du une part de son in­dé­pen­dance en re­joi­gnant Swiss Olym­pic, l’or­gane faî­tier du sport dans notre pays, qui dis­tri­bue no­tam­ment une manne de­ve­nue né­ces­saire au fonc­tion­ne­ment des dif­fé­rentes fé­dé­ra­tions.

Mais tout se paie et dé­sor­mais Rolf Gas­ser, le se­cré­taire gé­né­ral de la lutte suisse, en­voie chaque an­née un cour­rier à ses ath­lètes âgés de 16 ans ou plus, leur rap­pe­lant les pro­duits phar­ma­ceu­tiques consi­dé­rés comme do­pants. Or, voi­là que, l’autre jour, le ciel est tom­bé sur la tête de Mar­tin Grab, vain­queur de sa der­nière fête can­to­nale en mai et qui au­rait été contrô­lé po­si­tif au ta­moxi­fène, une sub­stance que connaissent les femmes at­teintes d’un cancer du sein et qui pour­rait ser­vir à mas­quer l’usage de sté­roïdes ana­bo­li­sants. Dans l’at­tente des ré­sul­tats de l’échan­tillon B, le jeune re­trai­té se dit plon­gé dans un film d’hor­reur. C’est le sixième cas de «do­page» connu dans le monde de la lutte suisse de­puis 2001. Les op­ti­mistes et les tra­di­tio­na­listes disent: «Oh, ce n’est rien, il n’a juste pas fait at­ten­tion à ce qu’il a pris pour soi­gner son rhume.» Les réa­listes, consi­dé­rés comme dis­si­dents sur l’île, ré­pondent: «Mêmes règles, donc mêmes sanc­tions pour tous.» Il y a quelque chose de cas­sé sur l’île ca­chée au coeur des montagnes…

KEYS­TONE

Grab au­rait été contrô­lé po­si­tif au ta­moxi­fène.

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