La nos­tal­gie du per­ce­ment du M2

Le mé­tro lau­san­nois souffle ses 10 bougies. Re­tour sur le tra­vail de l’ar­tiste Syl­vie Mo­reillon qui, sol­li­ci­tée par la Ville, avait sui­vi la construc­tion du pre­mier mé­tro suisse

24 Heures - - La Une - Fa­bien Gre­non

Cé­lé­bra­tion

Ce week-end, on fête les 10 ans du mé­tro lau­san­nois. Nous avons lais­sé la pa­role et l’image à deux grands té­moins. L’ar­tiste Syl­vie Mo­reillon, qui a pu suivre le chan­tier et en faire des oeuvres d’art. Et Oli­vier Fran­çais, le conseiller aux États et l’un des «pa­pas» de l’ou­vrage.

«Je me sou­viens en­core très bien d’un évé­ne­ment qui avait mar­qué les es­prits de tous les Lau­san­nois: l’ef­fon­dre­ment de la place Saint-Laurent. Ce soir-là, je sou­hai­tais ob­ser­ver le chan­tier de nuit. J’étais pré­sente dans le sec­teur de Bes­sières quand on m’a pré­ve­nue. Je pen­sais que c’était une blague. Je n’y croyais pas.»

Dix ans après la fin des tra­vaux du M2, le sou­ve­nir de cette soi­rée mou­ve­men­tée de fé­vrier 2005 reste vif dans la mé­moire de Syl­vie Mo­reillon. «Par la suite, j’ai pu des­cendre dans le gouffre dans une na­celle, ra­conte-t-elle. C’était fou de pou­voir ob­ser­ver d’en bas ce que tout le monde voyait d’en haut.»

Une cen­taine d’oeuvres

À l’époque, la peintre et sculp­trice vau­doise a été sol­li­ci­tée par la Ville de Lau­sanne pour ob­ser­ver l’avancée du chan­tier d’un point de vue ar­tis­tique. Et, en trois ans, elle a par­cou­ru de nom­breux ki­lo­mètres à pied dans les tun­nels du M2 en tra­vaux. Outre des toiles re­pré­sen­tant l’am­biance et le dé­cor du chan­tier ain­si qu’une cin­quan­taine de por­traits d’ou­vriers réa­li­sés sur fibre de verre (un ma­té­riau uti­li­sé sur les chan­tiers pour col­ma­ter les fis­sures), l’ar­tiste éta­blie à Épa­linges y avait trou­vé un vé­ri­table ter­rain de jeux où lais­ser libre cours à sa créa­ti­vi­té. «La pein­ture est ra­pi­de­ment de­ve­nue in­suf­fi­sante pour dé­crire la ri­chesse des lieux», sou­rit-elle.

C’est alors qu’elle a dé­ce­lé quelque chose d’ex­tra­or­di­naire dans les fi­gures géo­mé­triques lais­sées par les ma­chines de fo­rage dans la mo­lasse. «J’ai eu l’idée d’en re­le­ver les em­preintes. Car, mal­heu­reu­se­ment, les tra­vaux de gu­ni­tage (ndlr: pro­jec­tion de bé­ton contre les pa­rois d’un ou­vrage) font dis­pa­raître ces té­moi­gnages du tra­vail des ou­vriers.» Des hommes de l’ombre dont elle sa­lue d’ailleurs la bien­veillance et la dis­po­ni­bi­li­té d’es­prit. «Même s’ils me pre­naient par­fois pour une folle, ils m’ont tou­jours bien ac­cueillie et sou­vent ai­dée.»

«Au­jourd’hui,tou­test trè­sim­per­son­nel» Syl­vie Mo­reillon Ar­tiste

Les dé­chets mé­tal­liques du chan­tier l’ont éga­le­ment beau­coup ins­pi­rée. D’éton­nantes sculp­tures réa­li­sées avec des co­peaux de mé­tal is­sus du rai­nu­rage des rails du M2 ont no­tam­ment vu le jour. «Quatre tonnes de dé­chets mé­tal­liques m’avaient été don­nées à l’époque. D’ailleurs, il m’en reste tou­jours que j’uti­lise en­core dans cer­taines créa­tions», ri­gole-t-elle.

Dix ans après cette folle aven­ture, quand Syl­vie Mo­reillon em­prunte le M2 pour des­cendre en ville de­puis son do­mi­cile pa­lin­zard, elle ne pense plus vrai­ment au chan­tier qu’elle a connu. «Pour moi, c’est au­jourd’hui un moyen de trans­port comme les autres. Tout est lisse, très im­per­son­nel.» Quoi qu’il en soit, elle de­meure très re­con­nais­sante de la chance qui lui a été don­née de pou­voir se ba­la­der li­bre­ment dans les en­trailles de ce chan­tier hors norme. «Les ma­nières d’ex­ploi­ter ce ter­rain de jeux étaient in­fi­nies, ce qui m’a ou­verte à de nou­velles tech­niques ar­tis­tiques.»

SYL­VIE MO­REILLON

Du­rant trois ans, l’ar­tiste Syl­vie Mo­reillon (ci-des­sus), man­da­tée par la Ville de Lau­sanne, a pu as­sis­ter à l’avancée du per­ce­ment des tun­nels du M2. Une aven­ture haute en cou­leur qui lui a ins­pi­ré une cen­taine d’oeuvres, dont la toile «Dé­vo­tion» (ci-contre) re­pré­sen­tant un ou­vrier au tra­vail.

Chan­tier du siècle

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