L’Agence an­ti­do­page ci­blée par les Russes

Le Mi­nis­tère pu­blic de la Con­fé­dé­ra­tion en­quête suite à une opé­ra­tion contre le bu­reau eu­ro­péen de l’Agence mon­diale an­ti­do­page

24 Heures - - La Une - Tho­mas Knell­wolf et Ti­tus Platt­ner

Le Mi­nis­tère pu­blic de la Con­fé­dé­ra­tion en­quête à la suite d’une opé­ra­tion d’es­pion­nage in­for­ma­tique contre le bu­reau eu­ro­péen de l’Agence mon­diale an­ti­do­page sis dans la ca­pi­tale vau­doise.

Quelque chose re­lie le scan­dale au­tour du do­page or­ga­ni­sé par l’État russe et l’opé­ra­tion d’es­pion­nage avor­tée contre le La­bo­ra­toire fé­dé­ral ato­mique, bio­lo­gique et chi­mique de Spiez: les deux mêmes agents russes, des spé­cia­listes des opé­ra­tions élec­tro­niques, ont été char­gés de pé­né­trer les sys­tèmes in­for­ma­tiques en Suisse. C’est ce qui res­sort des in­for­ma­tions four­nies par le Mi­nis­tère pu­blic de la Con­fé­dé­ra­tion (MPC) qui veut au­jourd’hui com­prendre pré­ci­sé­ment le lien entre ces deux af­faires.

Mais avant que le pro­cu­reur fé­dé­ral char­gé des en­quêtes re­le­vant de la sû­re­té d’État puisse for­mel­le­ment dé­mar­rer sa pro­cé­dure, il lui faut d’abord le feu vert du Con­seil fé­dé­ral. C’est la règle. La de­mande al­lant dans ce sens n’a été dé­po­sée que tout ré­cem­ment au­près du Dé­par­te­ment fé­dé­ral de jus­tice et po­lice (DFJP). Le gou­ver­ne­ment n’a pas en­core pris de dé­ci­sion.

La ques­tion se­ra dé­li­cate à tran­cher. Car si la Suisse pour­suit ces deux hommes qui semblent de toute évi­dence être des agents des ser­vices de ren­sei­gne­ment russes, il au­ra for­cé­ment un im­pact sur les re­la­tions di­plo­ma­tiques avec la Rus­sie.

Gui­do Bal­mer, chef de l’in­for­ma­tion de la mi­nistre de Jus­tice et Po­lice, Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga, ne peut pas faire de pro­nos­tic. Il écrit juste que «la de­mande d’au­to­ri­sa­tion du MPC dans cette af­faire a été re­çue par le DFJP et est en cours d’exa­men».

Les deux agents russes sous en­quête n’en sont pas à leur coup d’es­sai. Au prin­temps, ils avaient été ar­rê­tés aux Pays-Bas, alors qu’ils s’ap­prê­taient à se rendre en Suisse pour me­ner une opé­ra­tion contre le la­bo­ra­toire de Spiez. C’est ce que nous ré­vé­lions hier avec nos confrères du jour­nal néer­lan­dais «NRC Han­dels­blad». Nous avons, entre-temps, ap­pris que ces deux mêmes agents sont soup­çon­nés d’être im­pli­qués fin 2016 ou dé­but 2017 dans une opé­ra­tion contre l’Agence mon­diale an­ti­do­page (AMA) en Suisse. Celle-ci s’est beau­coup en­ga­gée ces deux der­nières an­nées pour mettre fin au sys­tème de do­page des spor­tifs d’élite or­ga­ni­sé par l’État russe.

«Le Mi­nis­tère pu­blic de la Con­fé­dé­ra­tion en­quête de­puis mars 2017 sur une cy­be­rat­taque contre l’AMA», dit au­jourd’hui la porte-pa­role du MPC Lin­da von Burg. L’af­faire est éga­le­ment qua­li­fiée d’es­pion­nage po­li­tique.

L’Agence mon­diale an­ti­do­page a son siège eu­ro­péen à Lau­sanne. Les ex­perts an­ti­do­page ont me­né une en­quête qui a conduit à l’ex­clu­sion des ath­lètes russes aux Jeux olym­piques d’hi­ver de 2018 à PyeongC­hang. L’an­cien conseiller fé­dé­ral Sa­muel Sch­mid, qui a ré­di­gé un rap­port de sui­vi sur le do­page d’État en Rus­sie pour le Co­mi­té in­ter­na­tio­nal olym­pique (CIO), dont le siège est éga­le­ment à Lau­sanne, y a no­tam­ment contri­bué.

L’AMA et le CIO étaient tous deux de­ve­nus la cible d’at­taques de pi­rates in­for­ma­tiques au cours de cette pé­riode, se­lon les dé­cla­ra­tions des deux or­ga­ni­sa­tions. Pour les ex­perts in­for­ma­tiques, les cy­be­rat­taques contre les deux or­ga­ni­sa­tions spor­tives sont vrai­sem­bla­ble­ment le fait d’au­teurs russes. L’AMA el­le­même a ac­cu­sé le groupe pi­rate Fan­cy Bear de s’être in­tro­duit dans l’un de ses sys­tèmes qui conte­nait des don­nées sur les ath­lètes, no­tam­ment des in­for­ma­tions mé­di­cales confi­den­tielles. Der­rière Fan­cy Bear se trou­ve­rait le ser­vice se­cret mi­li­taire russe GRU. Au­jourd’hui, le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique ac­cuse ce même ser­vice d’avoir me­né l’at­taque au gaz in­ner­vant No­vi­chok contre l’agent double Ser­geï Skri­pal à Sa­lis­bu­ry, dans le sud de l’An­gle­terre.

La Suisse, qui se croyait long­temps à l’abri, a elle aus­si été l’ob­jet d’opé­ra­tions sur son sol. En dé­cembre der­nier, l’an­cien conseiller fé­dé­ral Sa­muel Sch­mid avait ex­pli­qué dans une in­ter­view à la «Sch­weiz am Wo­che­nende» que des es­pions russes étaient ve­nus me­ner des ac­tions en Suisse. «Lors d’une confé­rence de l’AMA, une dé­lé­ga­tion d’un ser­vice de ren­sei­gne­ment russe se trou­vait dans le même hô­tel. Ce­la nous a clai­re­ment fait com­prendre que nous étions une cible», af­fir­mait le Ber­nois, avant de sou­li­gner que l’af­faire s’était dé­rou­lée «en Suisse». Contac­tés, ni Sa­muel Sch­mid ni l’AMA n’ont ac­cep­té de s’ex­pri­mer sur le su­jet.

Au prin­temps 2018, les deux agents russes au centre de l’at­ten­tion des en­quê­teurs suisses de­puis mars 2017 ont été ar­rê­tés à La Haye. Après les avoir en­ten­dus, les au­to­ri­tés néer­lan­daises les ont ex­pul­sés vers la Rus­sie.

«Les ex­perts an­ti­do­page ont me­né une en­quête qui a conduit à l’ex­clu­sion des ath­lètes russes aux Jeux olym­piques d’hi­ver de 2018, à PyeongC­hang»

Si­tué à Lau­sanne, le siège eu­ro­péen de l’Agence an­ti­do­page a su­bi des at­taques in­for­ma­tiques.

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