La co­opé­ra­tive, nou­velle re­cette des bières lo­cales

Pour pé­ren­ni­ser la bras­se­rie ar­ti­sa­nale du bourg, les ha­bi­tants du No­zon ont lan­cé une co­opé­ra­tive bras­si­cole

24 Heures - - Vaud - Er­wan Le Bec

Ulysse Bie­ri dé­cap­sule sa Tre­flée, une brune cor­sée à haute fer­men­ta­tion, ac­cou­dé au comp­toir de La Brasse-Mor­tier, l’an­cien ca­veau à vin si­tué sous la mai­son com­mu­nale du bourg de Ro­main­mô­tier. Il a l’air heu­reux. «La Suisse a la chance d’avoir le plus grand nombre de bras­se­ries par ha­bi­tant, on en a une cen­taine qui ouvrent chaque an­née, as­sure-t-il. Mais il y en a aus­si une cen­taine qui ferment. Une bras­se­rie avec deux meilleurs co­pains, ça s’es­souffle pen­dant les cinq pre­mières an­nées. On ne se rend pas compte, mais ac­cu­mu­ler les di­zaines d’heure pen­ché sur un bas­sin en ébul­li­tion, ça fi­nit par user.» Si l’ama­teur de bière est tout de même heu­reux, c’est parce que sa bras­se­rie, à lui et à son aco­lyte Fabrice Tour­nelle, a sans doute trou­vé une fa­çon de sur­vivre. C’est de­ve­nu une co­opé­ra­tive.

Une grosse di­zaine d’ha­bi­tants du No­zon – dont pour l’ins­tant un in­for­ma­ti­cien, un géo­logue, deux jour­na­listes et le syn­dic – se sont dé­jà lais­sé sé­duire par la com­bine: une part so­ciale à 200 francs et quelques heures de tra­vail par-ci par-là à four­nir, payées en mousses évi­dem­ment.

«La co­opé­ra­tive est une struc­ture peu connue en de­hors du vin et du mi­lieu agri­cole où on se ras­semble pour les ma­chines, re­prend Ulysse Bie­ri. On doit être par­mi les pre­miers.» Le pré­sident de la co­opé­ra­tive a rai­son. Se­lon le Re­gistre fé­dé­ral des bras­se­ries, seul une poi­gnée de mor­dus ont fran­chi le pas, sur les 1236 bras­se­ries connues cette an­née de l’au­to­ri­té.

Gar­der l’arôme ini­tial

Pour les bras­seurs, c’est tout sim­ple­ment une culture en­core à dé­ve­lop­per. «Il nous a fal­lu plus d’un an pour convaincre le Re­gistre du com­merce, ils nous pous­saient sans cesse vers la Sàrl», té­moigne Mi­chel Du­per­tuis, qui a ou­vert sa Co­opé­ra­tive bras­si­cole La Mine, à Bex, en 2016. «On était une quin­zaine à vou­loir se lan­cer, pour nous d’abord, au­jourd’hui on est une tren­taine et on peut s’ap­puyer sur nos propres res­sources pour des évé­ne­ments ou faire des tra­vaux. Ça per­met de faire des bières de qua­li­té, de dé­ga­ger du temps, mais sur­tout de gran­dir tout en gar­dant l’es­prit ami­cal du dé­but.»

À Ro­main­mô­tier, les pas­sion­nés de hou­blon ont tou­te­fois choi­si la co­opé­ra­tive jus­te­ment pour ne pas gran­dir. «En soi on se­rait mieux dans du neuf à l’ex­té- rieur», re­lève Fabrice Tour­nelle, dé­si­gnant de la tête la pe­tite cave où s’en­castrent avec soin les ré­serves, les cuves et tout le ma­té­riel qui sent bon le par­fait pe­tit bras­seur. «Mais notre but est de res­ter au centre. On fait que 12 000 litres par an­née. Ici et avec la co­opé­ra­tive, on met en avant l’as­pect so­cial. Quel­qu’un qui vient boire un verre ici connaît tout le vil­lage en cinq mi­nutes.»

Vi­dant sa Tre­flée et lor­gnant dé­jà une Blantz, une blanche ci­tron­née toute ronde, Ulysse Bie­ri pour­suit. «La co­opé­ra­tive per­met de ré­par­tir le tra­vail, ça a un cô­té lu­dique. Ça aide aus­si à mieux faire per­ce­voir le prix d’une bière: chaque co­opé­ra­teur a droit à deux bières par heure de tra­vail, no­tées sur une ar­doise. On brasse à l’an­cienne, on fait le stock avant ou après l’été à cause des tem­pé­ra­tures, on fait la mise en bou­teille, etc. Mettre la main à la pâte, ça donne aus­si une vraie plus-va­lue à une bière.»

Ro­main­mô­tier

CH­RIS­TIAN BRUN

Dans le No­zon, on brasse dé­sor­mais à plu­sieurs. En té­moignent Pierre Gui­gnard et Fabrice Tour­nelle, bras­seurs, Ma­ga­li Dep­pier­raz, Ulysse Bie­ri et Ma­nuel Sig­gem (de g. à dr.), co­opé­ra­teurs de la bras­se­rie de Ro­main­mô­tier.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.