Un flou ju­ri­dique dis­suade les élus de cou­per les vivres à Girardin

Pru­dence ou fri­lo­si­té? Le Con­seil com­mu­nal n’a pas ju­gé urgent de tran­cher la ques­tion de la sus­pen­sion du sa­laire de l’élu

24 Heures - - Vaud - Ka­rim Di Mat­teo

La sa­ga sur la ré­mu­né­ra­tion du mu­ni­ci­pal ve­vey­san Lio­nel Girardin, en ar­rêt ma­la­die et sus­pen­du de­puis juin puisque sous le coup d’une en­quête pé­nale, a pris des al­lures de casse-tête ces der­niers jours, jus­qu’à ce jeu­di lors du Con­seil com­mu­nal. Il y a d’abord eu un pré­avis mu­ni­ci­pal dans le­quel l’Exé­cu­tif pré­co­nise de ge­ler la ré­mu­né­ra­tion de l’élu. Le pré­avis est re­ti­ré en cours de se­maine pour cause de rap­ports de com­mis­sion tar­difs – pro­vo­quant le cour­roux des par­tis Dé­crois­san­ceAl­ter­na­tives et Ve­vey Libre – puis re­mis à l’ordre du jour à la der­nière mi­nute. Ce n’est pas tout: l’e-mail d’in­for­ma­tion sur le su­jet n’a pas été en­voyé mer­cre­di à tous les élus – dont le nou­veau pré­sident du Con­seil, Mar­ti­no Riz­zel­lo. La faute à un sys­tème in­for­ma­tique dé­fi­cient ce jour-là, a ex­pli­qué la syn­dique Eli­na Leim­gru­ber, fai­sant fron­cer quelques sour­cils.

Le dé­rou­lé des faits prête à sou­rire, mais il dé­note sur­tout d’une pro­cé­dure qui avance dans l’ur­gence et la confu­sion. L’ur­gence, jus­te­ment, c’était le thème ma­jeur ce jeu­di: fal­lait-il pré­ci­pi­ter ce même soir la dé­ci­sion sur la sus­pen­sion du sa­laire de Lio­nel Girardin (8800 francs pour un 60%), en par­tie pris en charge par Ve­vey, le re­li­quat étant ga­ran­ti par l’as­su­rance perte de gain?

«Risque fi­nan­cier»

Au vu du «grand flou ju­ri­dique» et du «risque fi­nan­cier» lié à une éven­tuelle pro­cé­dure en jus­tice, une courte ma­jo­ri­té (39 voix contre, 31 pour et trois abs­ten­tions) a dé­ci­dé de ne rien faire avant d’ob­te­nir des com­plé­ments d’in­for­ma­tion, dont un éven­tuel avis de droit.

L’ana­lyse de Co­rinne Mon­nard Sé­chaud, avo­cate de la Com­mune, a pe­sé dans la dé­ci­sion: elle es­time «im­por­tante» la prise de risque sur le front ju­di­ciaire en cas de sus­pen­sion du sa­laire. À son sens, la loi sur les com­munes, qui règle la pro­blé­ma­tique de la sus­pen­sion d’un membre de l’Exé­cu­tif, est mal ré­di­gée – point sur le­quel tout le monde s’ac­corde.

Pour Alain Gon­thier de Dé­crois­sance-Al­ter­na­tives, la dé­ci- sion du Con­seil n’en re­lève pas moins du «scan­dale»: «On pro­cras­tine, alors qu’il y a une ur­gence po­li­tique vis-à-vis des Ve­vey­sans qui ne com­prennent pas qu’on conti­nue de payer un élu qui ne fait rien de­puis avril. Des se­maines vont pas­ser avant que la com­mis­sion ne se dé­cide. D’ici-là, le sa­laire de M. Girardin tom­be­ra chaque mois!»

Pour Isa­bel Jer­bia (PS), «la Com­mis­sion des fi­nances n’a pas tra­vaillé en ayant les élé­ments dont elle au­rait dû avoir connais­sance pour se pro­non­cer. Nous de­vons lais­ser nos griefs po­li­tiques de cô­té. L’ur­gence est de ré­cla­mer ces in­for­ma­tions et d’évi­ter, d’une part, un manque à ga­gner à la Ville et, d’autre part, de mettre en pé­ril la fa­mille de M. Girardin.» «Il n’y a pas de base lé­gale au­jourd’hui et il n’y en au­ra pas plus dans deux ou trois mois, ré­torque Bas­tien Scho­bin­ger (UDC). Quitte à vo­ter sur rien, au­tant vo­ter main­te­nant!»

Son col­lègue de par­ti Wer­ner Rie­sen est d’un autre avis: «Il convient de pe­ser les risques fi­nan­ciers, les consé­quences pou­vant être lourdes. Veut-on prendre ce risque?» «Ces risques sont exa­gé­ré­ment gon­flés, at­taque Alain Gon­thier, dans le but de faire peur à la com­mis­sion qui a sta­tué. Au fi­nal, l’«as­so­cia­tion des amis de M. Girardin» a réus­si son coup.»

Ve­vey

«La com­mis­sion n’a pas tra­vaillé en ayant les élé­ments dont elle au­rait dû avoir connais­sance pour se pro­non­cer»

Isa­bel Jer­bia Conseillère com­mu­nale so­cia­liste

«Les Ve­vey­sans ne com­prennent pas qu’on conti­nue de payer un élu qui ne fait rien de­puis avril»

Alain Gon­thier Conseiller com­mu­nal Dé­crois­san­ceAl­ter­na­tives

«Une dé­ci­sion ré­flé­chie»

Pour Lu­do­vic Ti­rel­li, avo­cat du mu­ni­ci­pal sus­pen­du – et an­non­cé dé­mis­sion­naire du Con­seil com­mu­nal à cette même séance en rai­son d’un dé­mé­na­ge­ment dans une autre com­mune –, sa­lue au contraire une dé­ci­sion «ré­flé­chie et clair­voyante»: «Le Con­seil n’a pas cé­dé à l’aveu­gle­ment fa­na­tique de l’ur­gence et rap­pelle par ce vote qu’il ne faut pas confondre vi­tesse et pré­ci­pi­ta­tion.»

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