Les ci­toyens de Vevey et le Conseil d’État veulent une ré­so­lu­tion de crise ra­pide

À quand une Mu­ni­ci­pa­li­té à deux élus? Le Conseil a de­man­dé la sus­pen­sion de Mi­chel Agnant et Jé­rôme Ch­ris­ten

24 Heures - - Vaud - Ka­rim Di Mat­teo

Après la sus­pen­sion du so­cia­liste Lio­nel Gi­rar­din, la Mu­ni­ci­pa­li­té de Vevey per­dra-t-elle deux nou­velles pièces de la fu­sée? Cette pers­pec­tive est de­ve­nue réelle ce jeu­di. Le Conseil com­mu­nal a va­li­dé le prin­cipe d’une sus­pen­sion des deux élus Vevey Libre – Jé­rôme Ch­ris­ten et Mi­chel Agnant –, eux aus­si sous le coup d’une en­quête pé­nale (notre édi­tion de ven­dre­di). Per­qui­si­tion­nés ven­dre­di der­nier, ils sont sous soup­çon­nés de vio­la­tion de se­cret de fonc­tion en lien avec des fuites concer­nant, entre autres, l’af­faire Gi­rar­din. De quoi nour­rir un peu plus la crise qui agite l’Exé­cu­tif ve­vey­san de­puis des mois.

À quand une Mu­ni­ci­pa­li­té po­ten­tiel­le­ment à deux élus? Comme pour Lio­nel Gi­rar­din, il re­vient au Conseil d’État de dé­ci­der de re­le­ver les deux Vevey Libre de leurs fonc­tions et, au préa­lable, à la Mu­ni­ci­pa­li­té de lui en faire la de­mande. Pour cer­tains élus, le lan­ce­ment d’une en­quête pé­nale est dé­jà suf­fi­sant pour la jus­ti­fier. Est- elle im­mi­nente? «Comme dans le cas de M. Gi­rar­din, nous trai­te­rons cette ques- tion lorsque nous au­rons des élé­ments sé­rieux res­sor­tant de l’en­quête, pré­vient la syn­dique, Eli­na Leim­gru­ber (Verts). Nous avons man­da­té un avo­cat, qui at­tend les dé­ter­mi­na­tions du Mi­nis­tère pu­blic pour avoir ac­cès au dos­sier dès que pos­sible. La Mu­ni­ci­pa­li­té dé­bat­tra du trai­te­ment du pos­tu­lat lors de sa séance de re­prise ( ndlr: le 29 no­vembre). Nous au­rons peut-être du nou­veau du cô­té du Mi­nis­tère pu­blic.»

Le Conseil d’État pres­sant

Ce der­nier ne s’avance pas sur un quel­conque dé­lai de clô­ture de l’en­quête, «toute ins­truc­tion pé- nale étant ryth­mée par de nom­breux fac­teurs». Par­mi ceux-ci, «la mé­dia­ti­sa­tion ou le fait qu’un cas consti­tue­rait «une pre­mière» ne sont pas des cri­tères qui in­fluent sur la pro­gres­sion d’une pro­cé­dure», pré­cise Ste­phan Joh­ner, pro­cu­reur en charge du dos­sier.

Du cô­té du Can­ton et du Dé­par­te­ment des ins­ti­tu­tions et de la sé­cu­ri­té de Béa­trice Mé­traux, on confirme «ne pou­voir agir que sur re­quête de la Mu­ni­ci­pa­li­té». Le gou­ver­ne­ment es­time tou­te­fois qu’il se­rait «sou­hai­table que celle-ci prenne ra­pi­de­ment po­si­tion sur la de­mande du Conseil com­mu­nal», se­lon Lau­rence Jo­bin, dé­lé­guée à la com­mu­ni­ca­tion de la conseillère d’État.

Ma­ni­fes­ta­tion pa­ci­fique

En at­ten­dant, l’im­pa­tience gran­dit de voir l’Exé­cu­tif ve­vey­san sor­tir de l’im­passe. Au sein des or­ganes po­li­tiques, mais aus­si du pu­blic. Une tren­taine de ci­toyens se sont no­tam­ment ras­sem­blés jeu­di soir de­vant la salle du Conseil com­mu­nal pour une ma­ni­fes­ta­tion pa­ci­fique. Avec un mes­sage clair: la Mu­ni­ci­pa­li­té doit «se re­mettre au tra­vail avec toute l’at­ten­tion vou­lue ou dé­mis­sion­ner à la fin de l’an­née, ou­vrant ain­si la voie à des élec­tions et un nou­veau dé­part», se­lon l’in­ti­tu­lé de la pé­ti­tion si­gnée par les mé­con­tents, puis re­mise aux élus.

For­mel­le­ment, la de­mande de sus­pen­sion a pris la forme d’un pos­tu­lat in­ter­par­tis (PS, PLR et UDC). Le vote à bul­le­tins se­crets s’est sol­dé par 43 oui, 35 non (es­sen­tiel­le­ment Vevey Libre et Dé- crois­sance-Al­ter­na­tives) et 5 abs­ten­tions. Le PDC et les Verts avaient ap­pe­lé à la li­ber­té de vote. Le texte de­mande aus­si un cadre ré­gle­men­taire strict sur la di­vul­ga­tion d’in­for­ma­tions res­sor­tant de séances de la Mu­ni­ci­pa­li­té, de l’ad­mi­nis­tra­tion ou de com­mis­sions de tra­vail.

Au cours du dé­bat, Bas­tien Scho­bin­ger (UDC) et Cé­dric Bus­sy (PS) ont in­sis­té sur «l’éga­li­té de trai­te­ment» qui doit pré­va­loir dans le cas Lio­nel Gi­rar­din. Pour les deux élus, les ac­cu­sa­tions en­vers Jé­rôme Ch­ris­ten et Mi­chel Agnant sont suf­fi­sam­ment lourdes pour jus­ti­fier une sus­pen­sion.

Gilles Per­fet­ta (Dé­crois­sance-Al­ter­na­tives) a au contraire con­si­dé­ré que les deux cas n’étaient pas com­pa­rables: «Dans ce­lui de Lio­nel Gi­rar­din, il y a eu po­ten­tiel en­ri­chis­se­ment per­son­nel (ndlr: dans le cadre de sa fonc­tion de pré­sident de la Fon­da­tion Apol­lo). » Pour lui, les deux élus Vevey Libre ont en outre agi comme des «lan­ceurs d’alerte». Un avis qui n’a pas convain­cu la ma­jo­ri­té.

Un acte «re­van­chard»

Au terme de la séance, Jé­rôme Ch­ris­ten y est al­lé d’une lec­ture très po­li­tique: «Cette dé­ci­sion est une forme de re­vanche de la part de cer­tains per­dants des der­nières élec­tions et de par­tis frus­trés. On sa­vait très bien de­puis le dé­but que la co­ha­bi­ta­tion se­rait dif­fi­cile. Des par­tis se sont en­gouf­frés dans cette brèche pour nous nuire, et plus en­core dès le mo­ment où nous avons grat­té au­tour des agis­se­ments de M. Gi­rar­din.»

«Nous trai­te­rons la ques­tion lorsque nous au­rons des élé­ments sé­rieux res­sor­tant de l’en­quête»Éli­na Leim­gru­ber Syn­dique de Vevey

«Cette dé­ci­sion est une forme de re­vanche de la part des per­dants des der­nières élec­tions»Jé­rôme Ch­ris­tenMu­ni­ci­pal Vevey Libre

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.