L’ani­mal qui soigne et aide à la thé­ra­pie n’est pas qu’une mode

Les thé­ra­pies avec les bêtes ont la cote. À qui s’adressent-elles? Ré­ponses avec une spé­cia­liste

24 Heures - - Samedi - Re­bec­ca Mo­si­mann www.the­ra­pie­che­val.ch

Se soi­gner avec les ani­maux est ten­dance. La lit­té­ra­ture fleurit de guides de mé­dia­tion ani­male, zoo­thé­ra­pie ou équi­thé­ra­pie (lire ci-des­sous), ap­por­tant de nou­veaux ou­tils pour mieux se connaître à tra­vers la pré­sence d’un com­pa­gnon à quatre pattes. Au-de­là de l’ef­fet de mode, la thé­ra­pie par le che­val – la plus pra­ti­quée dans notre pays – s’est pro­fes­sion­na­li­sée à tra­vers une for­ma­tion su­pé­rieure ( Di­plo­ma of Ad­van­ced Stu­dies) com­mune de­puis 2014 à toute la Suisse, et dont les séances sont rem­bour­sées par cer­taines as­su­rances com­plé­men­taires. Le point sur cette ap­proche avec Céline Ne­ri, in­fir­mière spé­cia­li­sée dans le ser­vice de mé­de­cine et psy­chia­trie en mi­lieu car­cé­ral et présidente de l’As­so­cia­tion suisse de thé­ra­pie avec le che­val (ASTAC).

Qu’est-ce que la thé­ra­pie avec les ani­maux ap­porte de plus qu’une thé­ra­pie en ca­bi­net?

C’est une thé­ra­pie à mé­dia­tion. On peut faire des pa­ral­lèles avec l’art-thé­ra­pie ou l’er­go­thé­ra­pie. Là, l’ani­mal de­vient un mé­dia­teur dans la re­la­tion qui per­met d’être moins dans un face-à-face avec le pa­tient. En psy­cho­thé­ra­pie in­di­vi­duelle on fait ap­pel à son monde in­té­rieur, à des ex­pé­riences vé­cues dans le pas­sé. On doit avoir ac­cès au pro­ces­sus de men­ta­li­sa­tion. Pour beau­coup de pa­tients, cette étape est com­pli­quée. Le réel atout de l’ani­mal est de pou­voir vivre une ex­pé­rience concrète ici et main­te­nant. Vu qu’on est face à un ani­mal vi­vant, on doit s’ajus­ter à ce qui se pré­sente. Sa na­ture, par es­sence ani­male, va ap­por­ter des ex­pé­riences nou­velles aux­quelles le pa­tient de­vra faire face sur le mo­ment en pui­sant dans ses res­sources mais qui vont aus­si par­fois le confron­ter à ses dif­fi­cul­tés. Il au­ra le ré­sul­tat de son com­por­te­ment et de ses émo­tions en di­rect.

À qui s’adressent ces ap­proches?

Un exemple?

À tous les pu­blics: des adultes en dif­fi­cul­té psy­chique (des gens en burn-out ou qui souffrent de dé­pres­sion) ou avec des pa­tho­lo­gies plus lourdes comme la schi­zo­phré­nie. Mais aus­si les en­fants et les per­sonnes âgées. On peut trai­ter tout type de pa­tho­lo­gies. Dans ma pra­tique j’ai beau­coup de femmes qui viennent pour des troubles an­xieux. Elles fonc­tionnent au quo­ti­dien, mais sont par­fois blo­quées dans cer­taines si­tua­tions de la vie par des crises de pa­nique.

Avec quels ani­maux tra­vaille-t-on?

En Suisse, prin­ci­pa­le­ment des chiens et des che­vaux. Avec les pre­miers, on tra­vaille la sphère so­ciale et émo­tion­nelle. Avec les deuxièmes, on est plus dans la di­men­sion sen­so­rielle puis­qu’on peut les mon­ter. À cô­té de ça, il existe la zoo­thé­ra­pie avec les pe­tits ani­maux, la­pins, ham­sters, sou­ris, oi­seaux. En pre­nant conscience, par exemple, que le la­pin a be­soin de nour­ri­ture, d’une cage propre et de ca­resses, le pa­tient, à force, va aus­si se rendre compte qu’il doit prendre soin de lui. L’idée est de tou­jours trans­fé­rer les ex­pé­riences vé­cues avec l’ani­mal dans la vie de tous les jours du pa­tient. On pro­pose à un pa­tient de ren­con­trer un che­val en li­ber­té dans un es­pace sé­cu­ri­sé. On lui de­mande d’ame­ner l’ani­mal d’un point A à un point B sans le tou­cher ni être des­sus. Il va de­voir créer un lien avec lui, com­prendre que le che­val a une autre fa­çon de com­mu­ni­quer que l’hu­main et se mettre à sa place pour l’ame­ner à ré­pondre à sa de­mande. On ob­serve com­ment l’exer­cice s’est pas­sé et on fait des liens avec le quo­ti­dien du pa­tient. Par exemple dans le cas de conflits avec un pa­tron, on peut mettre en pers­pec­tive si la ma­nière qu’il a de com­mu­ni­quer avec lui est adé­quate ou non. Pen­dant la séance, le pa­tient vit cette ex­pé­rience et l’em­porte après avec lui. L’ani­mal aide à se re­con­nec­ter. Ce qui ex­plique cet at­trait pour cette ap­proche, comme toutes celles qui per­mettent à l’hu­main de se re­lier à sa part ins­tinc­tive.

TAMPICTURE

Se cou­cher sur le dos d’un che­val per­met à un en­fant de res­sen­tir la cha­leur de l’ani­mal, de col­ler sa res­pi­ra­tion à la sienne et ain­si de com­bler cer­tains be­soins pri­maires dont il au­rait pu man­quer comme nour­ris­son.

Céline Ne­riPrésidente de l’As­so­cia­tion suisse de thé­ra­pie avec le che­val

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