An­ti­gua, ci­té foi­son­nante et gour­mande à taille hu­maine

Les ha­bi­tants croi­sés au u ha­sard rythment dou­ce­ment les ba­lades dans les rues bor­dées de mai­sons co­lo­niales gua­té­mal­tèques

24 Heures - - Samedi - Alain Her­zig Ju­lie Kum­mer Textes et pho­tos

«Je vous l’avais bien dit. On ne s’en­nuie ja­mais à An­ti­gua»

At­ta­blé de­vant un pe­tit-dé­jeu­ner com­po­sé de chair à sau­cisse grillée, d’oeufs po­chés, d’avo­cat et de ha­ri­cots rouges, Alain Her­zig ( « 24 heures » du 13 juillet) prend son unique heure de pause de la jour­née. «Il tra­vaille fort et tout le temps. Il est comme moi, nous sommes mal­heu­reux si nous nous ar­rê­tons deux se­condes. Les An­tigüeños consi­dèrent que c’est un rythme de fous!» s’ex­clame Ma­ma Jo­jo, pro­prié­taire des lieux et amie qué­bé­coise du chef vau­dois qui vit à An­ti­gua de­puis 17 ans. «En face, il y a mon fit­ness, un peu plus loin le Mo­no Lo­co, un bar qui s’en­flamme le week-end ve­nu. J’aime le fait de pou­voir tout faire à pied à An­ti­gua, c’est la meilleure fa­çon de la vi­si­ter», confie Alain de­puis sa cui­sine du ma­gni­fique bâ­ti­ment d’El Si­tio, le centre cultu­rel qui abrite son res­tau­rant, le Cafe Tea­tro.

Les rues pa­vées lui donnent rai­son, elles qui qua­drillent par­fai­te­ment cette pe­tite ville co­lo­niale, ins­crite au Pa-atri­moine mon­dial dede l’Unes­co de­puis 1979. Sur la pla­za Mayor, la fon­taine cen-ntrale a le tour­nis à force dede re­gar­der les ha­bi­tants fai­rere leur pro­me­nade en fin de jour­née. À cette heure ma­ti-ti­nale, seules les ven­deuses d’ar­ti­sa­natd’ar­ti­sa­nat am-am­bu­lantes oc­cupent les nom­breux bancs de la place om­bra­gée. Sur­prise de voir des tou­ristes alors qu’ils ont dé­ser­té la ville dans la fou­lée de l’érup­tion meur­trière, le 3 juin, de l’un des nom­breux vol­cans qui l’en­tourent, Mag­da­le­na s’ap­proche. «J’aime par­ler aux vi­si­teurs. J’ap­prends plein de mots an­glais grâce avec eux. Ma fille est in­tel­li­gente, à 4 ans, elle joue dé­jà à l’épi­cière. Elle, elle sau­ra l’an­glais quand elle se­ra grande et elle pour­ra ache­ter tout ce dont ses en­fants au­ront be­soin», as­sure cette pe­tite femme sans âge, vê­tue des vê­te­ments mul­ti­co­lores tra­di­tion­nels. Elle ra­conte aus­si sa jour­née où elle a cui­si­né pour les res­ca­pés du vol­can avec les autres femmes de son vil­lage. «Pour les pom­piers et les mi­li­taires aus­si. Parce qu’il ne faut faire au­cune dis­cri­mi­na­tion.» Une heure s’est écou­lée et l’on com­prend que Ma­ma Jo­jo avait rai­son. Le mot «stress» ne se tra­duit pas en gua­té­mal­tèque.

Les fa­çades jaune mou­tarde, bleu ciel ou en­core bor­deaux des mai­sons co­lo­niales dé­filent. Et les sur­prises aus­si dans celle qui s’ap­pe­lait «La très noble et très fi­dèle ci­té de San­tia­go des che­va­liers du Gua­te­ma­la». Sou­dain ap­pa­raît un Taco Bell, en­seigne de fast-food amé­ri­caine. Mieux vau­drait pas­ser son che­min, leurs pro­duits sur­ge­lés ne ri­va­li­sant de loin pas avec les dé­li­cieux pe­pián du mar­ché cou­vert, ty­pique plat de viande en sauce à base de to­mate, de pi­ment et de sé­same ser­vi avec des chayotes et du riz. Par contre, splen­dides, les cours in­té­rieures de ces fast-foods valent le dé­tour. Celle-ci est or­née d’une fon­taine rouge sur un mur jaune et d’une al­côve où trône une cloche qui donne en­vie d’être ac­ti­vée. Il ne faut pas hé­si­ter à pé­né­trer dans ces lieux ma­giques et ver­doyants. Pour un jus de mangue frais, celle très co­quette du Vie­jo Cafe, où Alain aime bien al­ler cher­cher des vien­noi­se­ries concoc­tées par un Fran­çais, est idéale.

«Il y a une grande com­mu­nau­té fran­co­phone à An­ti­gua. Rien que dans ma rue, il y a mon ami Ch­ris­tophe qui fait aus­si de la cui­sine suisse, une Suis­sesse qui vend des ba­gels et un couple de Fran­çais qui a une pâ­tis­se­rie», ex­pose le Lau­san­nois de 51 ans. Si­tuée à 1600 m d’al­ti­tude, la ville qui a été ca­pi­tale du Gua­te­ma­la entre 1541 et 1776, compte plus de 400 res­tau­rants pour 45 000 ha­bi­tants. «Et en ce mo­ment ils re­tapent plein de mai­sons au centre pour en ou­vrir de nou­veaux. La concur­rence est rude, il faut te­nir le coup!» af­firme l’an­cien gé­rant du Cap­tain Cook à Lau­sanne. Après avoir goû­té à ses mé­daillons de boeuf, nous ne nous fai­sons au­cun sou­ci pour Alain.

De tra­di­tion en tra­di­tion

Pour le des­sert, il est es­sen­tiel de s’ar­rê­ter à l’un des stands de fruits frais que l’on trouve à tous les coins de rue. Bran­don - ici les pré­noms amé­ri­cains, pro­non­cés à l’es­pa­gnol, sont lé­gion - tout en pré­pa­rant un sa­chet de pa­paye fraîche au pi­ment, ra­conte les su­cre­ries et les ma­nèges de la fête de San An­to­nio, jour où les cé­li­ba­taires sont cen­sés trou­ver l’amour. La tra­di­tion vou­drait qu’une pe­tite prière au sanc­tuaire du San­to Her­ma­no Pe­dro aug­mente en­core les chances, avec au pas­sage, l’op­por­tu­ni­té de croi­ser les man­ne­quins pa­rés d’ac­ces­soi­res­soires kitch re­pre­pré­sen­tants des scènes re­li­gieuses. En che­min, un stop s’im­pose pour ad­mi­rer le vaste la­voir, tou­jours dans ces mêmes teintes ocre et sang de boeuf, où les femmes in­di­gènes viennent faire leur les­sive chaque ma­tin.

L’une d’elles, Ma­ria, af­fai­rée à don­ner vie à des pe­tits chiens de laine der­rière son énorme mé­tier à tis­ser, re­com­mande de mon­ter au Cer­ro de la Cruz, cette col­line qui do­mine sa « que­ri­da ciu­dad ». L’hu­mi­di­té am­biante de la sai­son des pluies – d’où cette vé­gé­ta­tion si verte et dense qui pa­raît pro­cu­rer à An­ti­gua un rem­part na­tu­rel – ga­ran­tit des vê­te­ments trem­pés à l’ar­ri­vée au som­met. D’en haut, on dis­tingue la fa­meuse arche de San­ta Ca­ta­li­na, qui en­jambe une par­tie de la 5a ave­ni­da norte. Face à elle, une jeune fille vê­tue d’une vé­ri­table robe de prin­cesse rose réa­lise le shoo­ting pho­to de ses quince. La cé­ré­mo­nie pen­dant la­quelle les jeunes filles de 15 ans sont pré­sen­tées à la so­cié­té, une tra­di­tion très vi­vante en Amé­rique cen­trale, même si la mu­sique sur la­quelle on danse a bien chan­gé. Le bal fas­ci­nant à ne pas man­quer a lieu en fin de jour­née, à la gare rou­tière. Des chicken bus, com­pre­nez des bus sco­laires amé­ri­cains ré­no­vés, entrent et sortent par cen­taines de la ville. Cha­cun d’entre eux est une vé­ri­table oeuvre d’art sur roue. Leurs car­ros­se­ries peintes de mille cou­leurs, ils chargent et dé­chargent pas­sa­gers et mar­chan­dises à cô­té du mar­ché où les stands de piña­tas ri­va­lisent en ma­tière de teintes vives.

La nuit tombe, les lou­piotes scin­tillantes or­nant les bus s’al­lument, Alain s’af­faire der­rière le comp­toir en bois fon­cé du Cafe Tea­tro. En pleine dis­cus­sion avec ses ha­bi­tués ve­nus jouer aux échecs, il per­çoit l’émer­veille­ment dans les yeux des tou­ristes qui passent le pas de la porte. «Je vous l’avais bien dit. On ne s’en­nuie ja­mais ici», dit-il en ser­vant deux verres d’ex­cellent rhum gua­té­mal­tèque.

Der­rière l’al­lée San­ta Lu­cia, le mar­ché pay­san a lieu trois fois par se­maine. Non loin de là, les chicken bus filent à toute al­lure

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.