IN­TER­VIEW

Ome­ga vient d’inau­gu­rer sa nou­velle ma­nu­fac­ture in­dus­trielle à Bienne. Temple high-tech pen­sé par l’ar­chi­tecte Shi­ge­ru Ban, il offre à la marque une nou­velle puis­sance de pro­duc­tion. D’autres in­ves­tis­se­ments de­vraient suivre en 2019 pour les 125 ans de la

Bilan - Luxe - - Sommaire - Cris­ti­na d’agos­ti­no

Ray­nald Aes­chli­mann,

CEO d’ome­ga

Toutes les marques au­jourd’hui portent ma­jo­ri­tai­re­ment leurs ef­forts sur la gé­né­ra­tion Y. Quelles sont les his­toires et les va­leurs que vous leur pré­pa­rez à l’ave­nir ?

Il y a cer­tains évé­ne­ments aux­quels Ome­ga a par­ti­ci­pé qui ont mar­qué l’his­toire, je pense ici à l’aven­ture dans l’es­pace. Et le rêve des gé­né­ra­tions fu­tures se cons­truit sur ces frag­ments d’his­toire que nous conti­nuons à rendre vi­vants. Et les pro­chaines his­toires que nous construi­sons s’ap­puient sur nos am­bas­sa­deurs de la jeune gé­né­ra­tion comme Kaya et Pres­ley Ger­ber. Ils re­pré­sentent le fu­tur, tout en in­té­grant des va­leurs d’in­té­gri­té; des qua­li­tés que le sport et les Jeux olym­piques dé­fendent aus­si. Ce sont des mo­ments uniques où se créent des hé­ros. L’autre point cen­tral pour Ome­ga, c’est bien sûr d’in­no­ver au ni­veau des nou­velles tech­no­lo­gies, je pense ici au Mas­ter Ch­ro­no­me­ter. Lorsque vous pou­vez ju­ger, grâce à la cer­ti­fi­ca­tion, de la trans­pa­rence quant à la qua­li­té et la pré­ci­sion d’une montre, c’est aus­si écrire l’his­toire et col­ler aux be­soins des millen­nials. La trans­pa­rence se­ra l’élé­ment pri­mor­dial pour cette gé­né­ra­tion.

Quelle est la place d’ome­ga dans la conquête spa­tiale, au­jourd’hui à nou­veau cen­trale pour les grandes

puis­sances, au mo­ment où d’autres marques hor­lo­gères ont dé­jà si­gné des par­te­na­riats avec des pro­grammes spa­tiaux ?

Notre lé­gi­ti­mi­té dans le do­maine est in­con­tes­table. Dans les faits, notre montre est agréée par la NA­SA et L’ESA pour toutes les mis­sions spa­tiales ain­si que sur L’ISS. Nos pro­jets sont clairs, en­core confi­den­tiels au­jourd’hui, mais qui re­pré­sen­te­ront des avan­cées. De­puis plus de cin­quante ans, nous sommes dans cette écri­ture de l’his­toire spa­tiale.

Se­lon vous, l’in­dus­trie hor­lo­gère est- elle en­core vi­sion­naire ?

Pour Ome­ga, elle n’a ja­mais été aus­si vi­sion­naire. Un exemple: in­ves­tir au­jourd’hui dans l’an­ti­ma­gné­tisme comme nous l’avons fait chez Ome­ga avec notre pro­gramme Mas­ter Ch­ro­no­me­ter, c’est an­ti­ci­per les be­soins d’une gé­né­ra­tion to­ta­le­ment connec­tée à une mul­ti­tude d’ap­pa­reils. La montre doit res­ter un ob­jet émo­tion- nel unique qui se dis­tingue de tout ce­la, mais en in­té­grant les exi­gences tech­no­lo­giques les plus hautes. C’est uni­que­ment à cette condi­tion que la beau­té, l’his­toire, le pa­tri­moine que nous tra­vaillons peuvent sur­vivre dans l’ère di­gi­tale. Il ne faut ja­mais perdre de vue la fonc­tion­na­li­té. Sans ce­la, le luxe n’a pas de vi­sion. L’hor­lo­ge­rie suisse doit conti­nuer à ra­con­ter de belles his­toires, mon­trer la beau­té du temps, mais sur des bases tan­gibles. Alors, seule­ment, elle peut avoir va­leur d’oeuvre d’art. Sa force ré­side dans l’émo­tion­nel.

A l’échelle glo­bale, quelles sont les pistes de l’in­dus­trie hor­lo­gère suisse pour réus­sir à res­ter com­pé­ti­tive ? L’hy­per­in­dus­tria­li­sa­tion, l’hy­per­in­gé­nie­rie (ma­té­riaux et dé­ve­lop­pe­ments in­no­vants) ou faut-il que l’in­dus­trie hor­lo­gère suisse mise tout sur la plus-va­lue hu­maine cen­trée sur le sa­voir-faire en haute hor­lo­ge­rie ?

Ma ré­ponse est claire pour Ome­ga, nous sommes une ma­nu­fac­ture in­dus­trielle. Nous avons une vo­ca­tion in­dus­trielle à la me­sure de la de­mande in­ter­na­tio­nale qui ne cesse de croître (en­vi­ron 700 000 montres pro­duites par an, ndlr). Mais elle est cen­trée sur l’être hu­main. Dans les vingt ans à ve­nir, dans une ère où l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle se­ra pré­sente, la sin­gu­la­ri­té vien­dra de « l’ul­tra­hu­main». Nos montres ne sont pas faites par des ro­bots. Dans notre nou­velle ma­nu­fac­ture, nous comp­tons 350 col­la­bo­ra­teurs, mais en­tou­rés de la plus haute tech­no­lo­gie. Et face aux in­dus­tries hor­lo­gères étran­gères, j’aime dire qu’il faut agir à 361 de­grés. Ce de­gré de plus, c’est ce­lui de l’at­ten­tion au dé­tail, de la per­fec­tion, de la beau­té d’un geste bien exé­cu­té. C’est faire ren­trer la poé­sie. C’est la main qui change le pro­ces­sus, qui al­lume l’émo­tion, que nos concur­rents d’autres pays n’ont pas. Mais le grand dan­ger se­rait de ne pas ac­cep­ter l’évo­lu­tion, de ne pas re­gar­der le consom­ma­teur. En Chine, c’est fla­grant. Le consom­ma­teur est bom­bar­dé de mes­sages. Ome­ga y est la marque nu­mé­ro un. Notre dé­par­te­ment mar­ke­ting est bien­tôt plus grand

«Dans 20 ans, la sin­gu­la­ri­té se­ra dans l’ul­tra­hu­main»

que ce­lui du siège, car il nous faut des spé­cia­listes ca­pables d’en­tendre le consom­ma­teur. Ga­gner la Chine ne se fait pas de­puis la Suisse!

Lors de l’inauguration de la nou­velle ma­nu­fac­ture Ome­ga il y a quelques mois, la presse a pu dé­cou­vrir un site hy­per high-tech, à la pointe des der­nières in­no­va­tions in­dus­trielles. Vous di­siez être prêts à at­teindre les 3 mil­liards de francs de chiffre d’af­faires. A quel ho­ri­zon ?

Notre but en inau­gu­rant cette ma­nu­fac­ture était de réunir toutes nos équipes, de les va­lo­ri­ser, mais aus­si bien sûr d’aug­men­ter la pro­duc­ti­vi­té. Les ré­sul­tats de­puis quelques mois sont ex­cel­lents. Cette nou­velle en­ti­té nous a dé­jà per­mis de croître de plu­sieurs di­zaines de mil­liers de montres, mais nous avons tou­jours 50 000 montres de re­tard dans nos li­vrai­sons. La de­mande est plus forte que l’offre. Des chiffres re­cord se­ront cer­tai­ne­ment at­teints cette an­née.

Etes-vous lan­cés pour rat­tra­per le ni­veau de pro­duc­tion (se­lon es­ti­ma­tion 1 mil­lion de montres par an, ndlr) du nu­mé­ro un mon­dial, Rolex ?

Nous sommes lan­cés pour faire du mieux pos­sible pour la marque Ome­ga. Notre po­ten­tiel est bien réel. Cette nou­velle ma­nu­fac­ture est pen- sée pour nous per­mettre de re­gar­der avec confiance les dix pro­chaines an­nées. Chaque ligne de montres pos­sède des ca­pa­ci­tés de dé­ve­lop­pe­ment consi­dé­rables. 2018 est l’an­née de la Sea­mas­ter. Nous cé­lé­bre­rons les 25 ans de la Sea­mas­ter 300 mètres, la fa­meuse « James Bond Watch » . La marque a une uni­ver­sa­li­té et une ins­pi­ra­tion qui nous per­mettent de gran­dir avec force. J’ai pas­sé le dé­but d’an­née à faire le tour du monde, et il est vrai que la de­mande est forte. At­teindre le mil­lion de montres pro­duites n’est pas im­pos­sible, mais mon res­pect pour le consom­ma­teur me dicte sur­tout de res­pec­ter ses de­mandes.

De nou­veaux in­ves­tis­se­ments au­ront-ils lieu dans l’in­dus­tria­li­sa­tion de mou­ve­ments ?

L’an­née pro­chaine se­ra très im­por­tante à ce pro­pos. Je ne peux en­core rien vous dire. Nous avons dé­jà beau­coup évo­lué. En 2017, nous avons pro­duit plus de 100 000 Mas­ter Ch­ro- no­me­ter, cette an­née nous al­lons dou­bler cette pro­duc­tion. En 2020, nous at­tein­drons les 400 000 mou­ve­ments. 100% de notre pro­duc­tion mé­ca­nique au­ra cette qua­li­té. C’est notre prio­ri­té.

Le chiffre d’af­faires d’apple Watch au 4e tri­mestre 2017 a été plus im­por­tant que toute l’in­dus­trie réunie. Apple est-il con­si­dé­ré comme un concur­rent par Ome­ga ?

D’un cô­té, il y a une montre qui a une âme, un mou­ve­ment qui vit. D’un autre cô­té, il y a un té­lé­phone au poi­gnet. C’est un « consu­mer elec­tro­nic ». Oui, le chiffre est in­té­res­sant, mais ce n’est pas un concur­rent dans l’émo­tion que l’on offre. La montre ana­lo­gique in­carne l’émo­tion. Dans un ob­jet di­gi­tal, ce sont les don­nées à l’in­té­rieur qui le sont, ja­mais l’ob­jet connec­té.

La glo­ba­li­sa­tion ver­sus l’ul­tra­per­son­na­li­sa­tion. Un do­maine qui pousse au­jourd’hui les marques à ré­flé­chir à de nou­velles formes d’ex­pé­riences pen­sées sur me­sure pour le client. Quelles sont les so­lu­tions in­no­vantes en ce do­maine chez Ome­ga ?

C’est le pop-up store de bra­ce­lets Na­to que nous avons ou­vert à Pa­ris. Nous n’y ven­dons pas de montres, mais uni­que­ment des bra­ce­lets que vous pou­vez com­man­der sur in­ter­net. C’est le sym­bole de la per­son­na­li­sa­tion. Nous ai­mons tous avoir notre propre style, nous dif­fé­ren­cier par une ac­ces­soi­ri­sa­tion qui nous cor­res­pond. La marque est glo­bale, il faut pou­voir of­frir la sin­gu­la­ri­té.

Quels sont les nou­veaux ter­ri­toires que vous sou­hai­tez ex­plo­rer ?

J’ai­me­rais dé­ve­lop­per en­core un peu plus l’ac­ces­soire. La de­mande de pro­duits dé­ri­vés est très forte. Les lu­nettes so­laires que nous avons lan­cées sont un vrai suc­cès. Mais nous res­te­rons tou­jours des hor­lo­gers, il ne faut pas se mé­prendre.

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