RE­POR­TAGE

Pro­pul­sée par les vé­los high-tech is­sus de ses propres re­cherches, l’équipe suisse du World Tour s’est so­li­de­ment éta­blie par­mi les poin­tures mon­diales. Plon­gée dans un sys­tème qui gagne, de l’usine aux po­diums.

Bilan - Luxe - - Sommaire - Sté­phane Combe, Dé­nia (Esp)

BMC Ra­cing Team, au-de­là de la mon­ture

Vivre un stage de pré­pa­ra­tion au coeur de l’équipe BMC Ra­cing Team, c’est dé­jeu­ner à la table des ac­teurs du Tour de France ou croi­ser le vain­queur du der­nier Pa­ris-rou­baix dans l’as­cen­seur. En cette mi- dé­cembre, les cou­reurs de l’équipe amé­ri­ca­no­suisse, fon­dée en 2007, sont réunis dans les douces cha­leurs de Dé­nia, à deux pas d’ali­cante. C’est une tra­di­tion. Chaque équipe membre du World Tour ( l’élite mon­diale) or­ga­nise un ou plu­sieurs camps d’en­traî­ne­ment sous ces la­ti­tudes à cette pé­riode. Le but ? Frô­ler les 20 de­grés pour un en­traî­ne­ment hors- sai­son de qua­li­té, choyer des or­ga­nismes maltraités par la sai­son écou­lée et brie­fer celle à ve­nir. Car c’est là, trois mois avant le Gi­ro, cinq avant le Tour de France, que l’on pla­ni­fie et fo­mente tous les bons coups à ve­nir. De­puis ce cinq- étoiles en­tou­ré d’un golf et de pis­cines, il y a vue sur la mer. Mais le per­son­nel n’a d’yeux que pour ces pres­ti­gieux pen­sion­naires. Ils sont 24 cou­reurs au to­tal, de 9 na­tio­na­li­tés, le bron­zage en­core – ou dé­jà ? – par­fait. Du­rant notre sé­jour, mal­gré les nuages te­naces qui s’ac­crochent au ciel va­len­cien, l’am­biance est au beau fixe. Et pour cause. En 2017, le BMC Ra­cing Team a rem­por­té 48 suc­cès en 200 courses. De quoi se his­ser à la 2e place du pal­ma­rès mon­dial. Le contin­gent compte même dans ses rangs le No 1 mon­dial du clas­se­ment in­di­vi­duel, Greg Van Aver­maet, sa­cré cham­pion olym­pique en 2016. Pour tou­cher ces hautes sphères, le tra­vail a été de longue ha­leine. Il porte la si­gna­ture d’an­dy Rihs. Le mé­cène ber­nois, 75 ans, est un pas­sion­né de cy­clisme. Au­jourd’hui at­teint dans sa san­té, il est der­rière toutes les réus­sites spor­tives. Il y a d’abord eu l’aven­ture Pho­nak au dé­but du siècle, puis un re­tour fra­cas­sant, il y a dix ans, avec BMC. « Le cy­clisme est un vaste bu­si­ness, en­tame Jim Ocho­wicz, ma­na­ger gé­né­ral, as­sis dans un large ca­na­pé du lob­by. BMC a choi­si de pro­duire des vé­los en­tiers. Or, pour un construc­teur, il est es­sen­tiel d’ali­gner une équipe sur les plus grandes courses du monde. Ce­la lui donne une ex­po­si­tion, montre son ADN, per­met de faire des tests de pro­duits et de com­pé­tences, sur une base quo­ti­dienne de très haut ni­veau »

______ Un bud­get an­nuel su­pé­rieur _____ à 30 mil­lions

Dé­si­reux de dé­mon­trer la qua­li­té de son pro­duit, Rihs a mis les moyens pour en­ga­ger la crème de la crème: ath­lètes, en­traî­neurs, mé­de­cins, cui­si­niers. Consé­cra­tion en 2011 : l’aus­tra­lien Ca­del Evans rem­porte le Tour de France avec le maillot BMC, sur le vé­lo de la marque. Avec quels moyens ? Il suf­fit de je­ter un oeil au staff en place pour com­prendre l’am­pleur du bar­num der­rière les images de té­lé­vi­sion. Même en dé­cembre, l’équipe a dé­pla­cé tout un team, dont le chef ita­lien de l’équipe. Jim Ocho­wicz, 66 ans, dé­taille : « Nous sommes très concen­trés sur les conta­mi­na­tions po­ten­tielles. Les cou­reurs s’en­traînent cinq à

six heures par jour. Ils brûlent beau­coup de ca­lo­ries. Nous avons nos propres cui­si­niers, ex­pé­ri­men­tés, qui s’oc­cupent des trois re­pas quo­ti­diens. En course, ils se dé­placent sou­vent avec leur propre ca­mion-cui­sine pour ne pas avoir de mau­vaises sur­prises ! » Ce­la re­quiert un staff coû­teux, à la hau­teur des ob­jec­tifs. « Nous sommes 64 au to­tal. Et c’est main­te­nant que l’on gagne les courses, dans ce tra­vail de l’ombre », as­sure le ma­na­ger amé­ri­cain. Les cou­reurs en­chaînent dis­cus­sions, sor­ties d’en­traî­ne­ment, ren­dez-vous avec la presse. Mais aus­si pe­tits-fours, pis­cine, re­trou­vailles entre grands noms et vieilles gloires. Le tout- confort contraste avec les condi­tions par­fois vé­tustes ren­con­trées sur les routes du monde. Co­rol­laire, il faut mettre la main au por­te­feuille. Les es­ti­ma­tions avancent un bud­get an­nuel de 30 à 35 mil­lions de francs. C’est moins que le Team Sky, plus grande écu­rie du pe­lo­ton (quelque 45 mil­lions de francs), mais bien plus que la moyenne. En 2018, l’équipe amé­ri­ca­no-suisse ap­pa­raît à la 3e place du clas­se­ment mon­dial. Un bud­get qui sert d’abord à ré­mu­né­rer les meilleurs « cuis­sots » du pe­lo­ton (75 à 80% du bud­get). Cet hi­ver, quatre nou­veaux ont in­té­gré l’équipe, donc l’ex­cellent Si­mon Ger­rans, ap­pe­lé à épau­ler la star Ri­chie Porte pour ga­gner le Tour de France. Quel que soit le sec­teur d’ac­ti­vi­té du spon­sor, s’ex­po­ser sur le maillot d’une équipe membre du World Tour rap­porte entre cinq et dix fois le bud­get in­ves­ti en équi­valent d’achat d’es­paces pu­bli­ci­taires. Po­ten­tiel­le­ment 300 mil­lions donc, pour BMC. An­cien cou­reur dé­sor­mais di­rec­teur spor­tif, l’ita­lien Fa­bio Bal­da­to rap­pelle un point clé : « N’ou­blions pas qu’en cy­clisme, l’équipe porte le nom du spon­sor. Tout le monde, ab­so­lu­ment tout le monde, cou­reurs, staff, spec­ta­teurs et médias, est obli­gé de ci­ter la marque. »

______« Le diable se cache _____ dans les dé­tails »

BMC ne pou­vait pas­ser à cô­té de cette pro­vi­den­tielle cote de po­pu­la­ri­té. L’ex­po­si­tion en­traîne un co­quet re­tour sur in­ves­tis­se­ment. Créée en 1994, l’en­tre­prise BMC em­ploie 120 per­sonnes dans le monde et son siège se si­tue à Granges ( SO). C’est aus­si là que se trouve son uni­té de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment. L’en­tre­prise le pré­cise d’em­blée sur son site in­ter­net : « Le diable se cache dans les dé­tails. Il n’y a que peu d’élé­ments qui peuvent avoir un im­pact sur les per­for­mances d’un ath­lète. » Alors quand il gagne, on re­garde for­cé­ment son maillot, son vé­lo. Car la tech­no­lo­gie cy­cliste se veut un bi­jou de pré­ci­sion. Dé­sor­mais, le pas­sage de vi­tesses se fait sans câble ( Blue­tooth), les vé­los tout- car­bone sont si lé­gers qu’il faut les alour­dir pour at­teindre la li­mite in­fé­rieure fixée par L’UCI (6,8 kg). Les construc­teurs, BMC en tête, ont trou­vé la pa­rade. Leur nou­velle lu­bie: ajou­ter à leurs mon­tures des freins à disque, plus lourds mais plus pré­cis, puis­sants et fiables. Si un vé­lo ré­siste à une Grande Boucle, fran­chit les pa­vés des clas­siques belges et les cli-

« Il n’y a que peu d’élé­ments qui peuvent avoir un im­pact sur les per­for­mances d’un ath­lète »

mats du Moyen- Orient ( là où se trouve le nou­veau mar­ché), le pu­blic s’y in­té­res­se­ra for­cé­ment. En­ra­ci­né en Suisse, di­ri­gé aux EtatsU­nis, le BMC Ra­cing Team pos­sède « la per­fec­tion, le ti­ming et la qua­li­té d’or­ga­ni­sa­tion suisses », en même temps que « la fo­lie, le cô­té sau­vage et la li­ber­té amé­ri­caines », sou­rit Jim Ocho­wicz. La phi­lo­so­phie vaut aus­si en ma­tière d’en­traî­ne­ment. Les cou­reurs bé­né­fi­cient d’un sui­vi au mil­li­mètre et à la ca­lo­rie près. « Tout est au­jourd’hui gé­ré par des lo­gi­ciels, qui concentrent toutes les don­nées. Chaque cy­cliste a son en­traî­neur, dont l’unique but est d’em­me­ner le cou­reur au top de sa forme au mo­ment dé­ter­mi­né. »

_____ Quelques heures plus tard,

on croise le spé­cia­liste de l’ef­fort so­li­taire Ste­fan Küng, qui vient de dé­brie­fer sa der­nière sor­tie, sur lo­gi­ciel, avec un coach puis un mé­de­cin. Tout est ana­ly­sé: po­si­tion, puis­sance dé­ve­lop­pée (watts), ma­té­riel, fré­quence car­diaque. En 2017, le pro­met­teur Thur­go­vien (24 ans) a fi­ni 2e du pro­logue du Tour de France. Pour s’ap­pro­cher en­core du maillot jaune, il a dé­ci­dé d’ef­fec­tuer de nou­veaux tests (en souf­fle­rie, no­tam­ment) pen­dant l’hi­ver. Un tra­vail qui porte ses fruits. Chez BMC plus qu’ailleurs, le contre- la­montre par équipes re­pré­sente une grande fier­té. Dans cet exer­cice, les sept ou huit cou­reurs d’une même équipe se re­laient sur un par­cours al­lant de 15 à 50 km. « C’est une science. C’est de la tech­nique. On y tra­vaille de­puis long­temps, avec des cou­reurs qui roulent à 60 km/ h, à ça l’un de l’autre (ndlr: il mime un écart de deux ou trois cen­ti­mètres avec les doigts). Il faut beau­coup de confiance, peu de mou­ve­ments pa­ra­sites, et nous maî­tri­sons le tout avec des vé­los étu­diés pour l’exer­cice. » Un peu plus loin, dans le hall, deux vé­los flam­bant neufs sont ex­po­sés. Au­tour d’eux, les cy­clistes sont réunis. Ils com­mentent, dé­cor­tiquent. Pour­tant, le Gi­ro ne com­mence que dans trois mois. Le Tour de France dans cinq. « Le diable se cache dans les dé­tails », dit-on.

« Un par­te­na­riat ac­cé­lé­ra­teur de dé­si­ra­bi­li­té »

24 cou­reurs au to­tal forment l’équipe BMC Ra­cing Team

En 2017, le BMC Ra­cing Team s’est his­sé à la deuxième place mon­diale

Jim Ocho­wicz, ma­na­ger gé­né­ral BMC Ra­cing Team

CEO de TAG Heuer, Jean-claude Bi­ver s’est lan­cé comme spon­sor se­con­daire du BMC Ra­cing Team en jan­vier 2017. Si la pro­por­tion de ce par­te­na­riat de­meure se­crète, ce der­nier dé­coule se­lon lui d’un pro­ces­sus lo­gique. « BMC nous a sé­duits car c’est une marque suisse, qui vend des vé­los ex­clu­sifs, haut de gamme et tech­no­lo­giques. Or, ce sont exac­te­ment les va­leurs de nos montres : haut de gamme, tech­no­lo­giques, ex­clu­sives. Nous étions faits pour nous as­so­cier. » Au­jourd’hui, le lo­go de TAG Heuer est af­fi­ché en grand sur cha­cune des épaules des cou­reurs. Une place de choix dont Bi­ver se fé­li­cite. « Le cy­clisme, c’est l’en­du­rance, le cou­rage, un sym­bole de vie, de dis­ci­pline. Ce sport, peut-être le plus dif­fi­cile du monde, re­pré­sente de ma­nière écla­tante les règles de la vie. Ce par­te­na­riat est sur­tout un ac­cé­lé­ra­teur de dé­si­ra­bi­li­té. » Der­nier point en fa­veur de ce choix : le cy­clisme est l’un des rares sports où TAG Heuer est le seul hor­lo­ger vi­sible, con­trai­re­ment à la For­mule 1, au golf, au football ou au ten­nis.

L’équipe peut comp­ter sur Greg van Amer­maet, N°1 mon­dial au clas­se­ment in­di­vi­duel

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.