BOU­DOIR

Une car­rure de foot­bal­leur amé­ri­cain et 193 cm de muscles : Dus­tin Hun­ter John­son est No 1 mon­dial de golf de­puis fé­vrier 2016. Am­bas­sa­deur pour Hu­blot, cet ath­lète ba­laie les pré­ju­gés et montre une am­bi­tion sans li­mites sur les greens. Ren­contre à Shangh

Bilan - Luxe - - Sommaire - Mat­thieu Hoff­stet­ter

Dus­tin John­son, le géant qui vou­lait être grand

En jan­vier der­nier, son drive de 394 m au Tour­na­ment of Cham­pions était qua­li­fié par Bran­del Cham­blee, an­cien joueur, de plus beau coup de l’his­toire du PGA Tour. L’amé­ri­cain Dus­tin John­son, 33 ans, na­tif de Co­lum­bia, ac­tuel­le­ment No 1 mon­dial et No 3 au PGA Tour ré­édi­te­ra-il l’ef­fet qu’avait sus­ci­té son com­pa­triote Ti­ger Woods voi­là bien­tôt vingt ans au­près de la jeune gé­né­ra­tion ? Les fé­dé­ra­tions du monde en­tier l’es­pèrent, car en Suisse comme dans de nom­breux pays oc­ci­den­taux, la dis­ci­pline peine à sé­duire les jeunes. Avec 92 000 pra­ti­quants se­lon l’as­so­cia­tion suisse de golf, les greens hel­vé­tiques s’en­or­gueillissent de comp­ter la plus forte pro­por­tion de femmes en Eu­rope (36% de pra­ti­quantes). Ce­pen­dant, la moyenne d’âge dé­passe les 50 ans, et seule­ment 6% de joueurs ont moins de 18 ans. Ren­contre avec un cham­pion à l’ap­pé­tit de vic­toires hors normes, et dont la pré­sence sur les ré­seaux so­ciaux pour­rait bien sus­ci­ter de nou­veau des vo­ca­tions.

Vous avez rem­por­té 16 titres (fin 2017, au mo­ment de l’in­ter­view, ndlr), dont L’US Open de golf et êtes de­ve­nu cette an­née No 1 mon­dial. Quelle a été votre sa­tis­fac­tion la plus in­tense, No 1 mon­dial ou les vic­toires en tour­noi ?

Etre No 1 et ga­gner des titres: les deux comptent à mes yeux, mais je pen­che­rais plu­tôt pour la vic­toire. La place de No 1 mon­dial dé­montre que vous faites les bons choix sur la du­rée. Mais comme tous les gol­feurs, je pré­fère l’émo­tion lorsque je rem­porte une vic­toire et que je peux bran­dir un tro­phée.

Y a-t-il des tour­nois aux­quels vous êtes plus at­ta­ché ou que vous sou­hai­tez ga­gner ou conser­ver ?

Tous ! Je suis de ceux qui veulent tout ga­gner tout le temps. Bien évi­dem­ment, il y a les World Golf Cham­pion­ships (en­semble créé par les cir­cuits PGA de quatre tour­nois an­nuels de golf mas­cu­lin ou­verts aux pro­fes­sion­nels, ndlr), qui sont les plus pres­ti­gieux, les plus at­ten­dus, les plus mé­dia­ti­sés. Mais pour ma part, dès que je prends part à un tour­noi c’est pour le rem­por­ter, que ce soit aus­si ce­lui où je n’ai pas ga­gné car j’ai en­vie de dé­cou­vrir la sen­sa­tion de la vic­toire. Et il y a ceux dont je dé­tiens le titre et le dé­fi est là de conser­ver ces tro­phées an­née après an­née. Mais j’ai un ap­pé­tit sans bornes, je suis un com­pé­ti­teur achar­né.

Quand vous êtes de­ve­nu No 1 mon­dial, votre coach a dit de vous que « beau­coup de gens pensent qu’il ne tra­vaille pas as­sez dur, mais en réa­li­té il ef­fec­tue un tra­vail consi­dé­rable ». Pour­quoi, se­lon vous, cer­taines per­sonnes ont- elles cet a prio­ri sur vous ?

Ohhh… ( long sou­rire avant de ré­pondre). Vous sa­vez, pour un cer­tain nombre d’ob­ser­va­teurs du mi­lieu du golf, il faut sans cesse se mon­trer au tra­vail, as­si­du sur le green… Cer­tains ont es­ti­mé que je pou­vais m’es­ti­mer sa­tis­fait d’avoir at­teint le top 10 mon­dial, car ils ne me voyaient pas m’en­traî­ner as­sez. Ce­pen­dant, j’ai tou­jours eu ce ta­lent en moi. Mais j’ai été las­sé d’être juste bon : je vou­lais être grand. J’ai re­gar­dé ma car­rière et mon jeu, j’ai cher­ché ce que je pou­vais amé­lio­rer et j’ai consen­ti les ef­forts qu’il fal­lait pour pro­gres­ser sur ces points. Et j’ai réus­si. Ce­la a pu sem­bler trop li­mi­ta­tif pour cer­tains…

De­ve­nir No 1 mon­dial était l’un de vos ob­jec­tifs avoués pu­bli­que­ment. Mais dé­sor­mais que vous êtes au som­met et avez at­teint cet ob­jec­tif, où trou­vez­vous la mo­ti­va­tion pour vous main­te­nir tout en haut ?

C’est as­sez fa­cile de se mo­ti­ver. J’ai pris goût à être le No 1 mon­dial, j’adore vrai­ment ga­gner et rem­por­ter des tour­nois. Donc pour moi c’est na­tu­rel et très fa­cile: je n’ai pas be­soin d’al­ler cher­cher la mo­ti­va­tion. Ce chal­lenge me suf­fit pour me mo­ti­ver à don­ner le meilleur de moi- même, de m’en­traî­ner plus in­ten­sé­ment, de tra­vailler plus dur en­core. Ce­la me donne en­core plus de confiance en moi. Jus­qu’à pré­sent, ça fonc­tionne. Plus je suis au som­met, plus je suis mo­ti­vé, et donc plus je tra­vaille.

Quand vous avez at­teint la place de No 1 mon­dial, vous avez dé­cla­ré ne rien com­prendre aux clas­se­ments. Un nombre crois­sant d’ac­teurs de­mandent des chan­ge­ments, no­tam­ment pour at­ti­rer de nou­veaux joueurs et sé­duire les jeunes. Quels chan­ge­ments pour­riez­vous sou­te­nir ?

Je pense que le golf est en­ga­gé sur une bonne dy­na­mique ac­tuel­le­ment. Il y a sans doute moyen d’amé­lio­rer en­core l’ex­pé­rience golf sur cer­tains points, mais je constate un re­nou­vel­le­ment au som­met de la hié­rar­chie mon­diale, des jeunes très doués ar­rivent au top et sont ca­pables d’en­traî­ner dans leur sillage de nom­breux jeunes pra­ti­quants. Il y a tous les in­gré­dients pour que le golf sé­duise de nou­veaux pra­ti­quants.

Cer­tains tour­nois in­novent en me­su­rant le temps pris par les joueurs pour leurs coups et en­tendent ain­si ac­cé­lé­rer le jeu. Quel est votre rap­port au temps ?

Je ne me­sure pas vrai­ment le temps quand je suis sur un par­cours, en com­pé­ti­tion. Le chro­no n’est pas à ce jour un élé­ment cru­cial du jeu. L’es­sen­tiel est de réus­sir son coup. Evi­dem­ment, il m’ar­rive par­fois de me dire qu’un ad­ver­saire traîne un peu, mais on y pense sur­tout quand on n’est pas dans le feu de l’ac­tion. Quand on est concen­tré sur son coup, on a plu­tôt ten­dance à éva­cuer cette no­tion du temps. En­suite, il y a la no­tion de ti­ming. Chaque geste du gol­feur y

« J’ai un ap­pé­tit sans borne, je suis un com­pé­ti­teur achar­né »

N°1 joueur mon­dial

394 mètres pour son drive

1.50 smash fac­tor

2,8° angle d’at­taque

est lié : un bon swing, c’est un geste qui s’ef­fec­tue dans le bon ti­ming en fonc­tion des élé­ments ex­ternes, de l’en­vi­ron­ne­ment, de la concen­tra­tion… Par contre, dans la vie quo­ti­dienne, le temps est ex­trê­me­ment im­por­tant pour moi. Dès que je ne suis pas sur un par­cours, j’ai be­soin d’avoir un agen­da très pré­cis et de sa­voir quel temps je consacre à quelles ac­ti­vi­tés, quand je dois me le­ver pour ne pas être trop pres­sé en­suite… Tout ce que je fais en de­hors du green est ba­sé sur le temps et sa me­sure. En at­tei­gnant la place de No 1 mon­dial, j’ai vu les sol­li­ci­ta­tions se mul­ti­plier. Et si je veux gé­rer mon temps cor­rec­te­ment pour res­ter au top, il est cru­cial de ne pas me dis­per­ser.

Cette im­por­tance du temps qui de­vient de plus en plus rare et pré­cieux dans votre vie, com­ment la vi­vez-vous ?

Le temps est de­ve­nu un luxe pour moi. Dès que j’ai un court ins­tant, j’es­saie de le consa­crer à ma fa­mille. Avec les mul­tiples sol­li­ci­ta­tions, ces mo­ments sont de­ve­nus rares. Pas­ser du temps avec mes en­fants, jouer avec eux, même sim­ple­ment me re­laxer à leurs cô­tés, ou en­core al­ler à la pêche, une de mes grandes pas­sions, ce sont des sources de ré­gé­né­ra­tion et des mo­ments très pré­cieux pour re­trou­ver mon équi­libre. Face à tout ce qui m’ar­rive de­puis que j’ai at­teint les som­mets du golf, ces temps de res­pi­ra­tion sont plus in­dis­pen­sables que ja­mais. Fi­na­le­ment, quand je re­garde bien, pra­ti­que­ment tout ce que je fais est lié in­ti­me­ment au temps…

Votre par­te­naire, la marque hor­lo­gère Hu­blot, sort sa Big Bang Uni­co Golf, pour la­quelle le mou­ve­ment chro­no­graphe est rem­pla­cé par un mo­dule qui af­fiche le nombre de coups par trou, ceux ef­fec­tués et le to­tal de coups réa­li­sés sur le green. Com­ment avez-vous été as­so­cié à sa concep­tion ?

Quand la marque m’a contac­té, j’étais vrai­ment ex­ci­té. J’ai pu es­sayer des pro­to­types, don­ner mon avis sur les di­men­sions, le poids, les ma­té­riaux et les fonc­tion­na­li­tés… J’ai sui­vi le dé­ve­lop­pe­ment de la montre très en amont. Elle doit être utile au gol­feur, mais ne pas le gê­ner. Je crois que c’est ce à quoi nous ar­ri­vons avec ce mo­dèle. Et pour moi qui suis un pas­sion­né, c’est très par­ti­cu­lier de me dire que j’ai pu contri­buer à sa nais­sance.

L’amé­ri­cain a dé­bu­té le golf à 6 ans

La Hu­blot Big Bang Uni­co Golf af­fiche le nombre de coups par trou, ceux dé­jà ef­fec­tués et le to­tal de coups.

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