Les po­li­tiques de la Fed et de la BCE conver­ge­ront bien­tôt. Conseils aux in­ves­tis­seurs

Bilan - - Sommaire - PAR PE­TER ROSENSTREICH*

Au dé­but de l’an­née, les ana­lystes pen­saient ma­jo­ri­tai­re­ment que le dol­lar al­lait sur­pas­ser les mon­naies du G10 sur les mar­chés des de­vises. Ils s’at­ten­daient en ef­fet à ce que la Ré­serve fédérale (Fed) soit la seule banque cen­trale de ces pays à re­le­ver ses taux en 2017. Le dif­fé­ren­tiel de taux ain­si ob­te­nu au­rait fa­vo­ri­sé le billet vert sur une pé­riode pro­lon­gée. Ce­pen­dant, les don­nées éco­no­miques en Eu­rope s’amé­liorent ra­pi­de­ment et les risques po­li­tiques se dis­sipent peu à peu, ce qui pour­rait pous­ser la Banque cen­trale eu­ro­péenne (BCE) à res­ser­rer sa po­li­tique mo­né­taire. Dans le même temps, la croyance en une ac­cé­lé­ra­tion éco­no­mique aux Etats-Unis a per­du du ter­rain. La pro­ba­bi­li­té que les po­li­tiques des deux banques cen­trales les plus im­por­tantes convergent d’ici à sep­tembre a ain­si sen­si­ble­ment aug­men­té.

Or, le res­ser­re­ment si­mul­ta­né des po­li­tiques mo­né­taires des deux cô­tés de l’At­lan­tique au­ra un pro­fond im­pact sur les mar­chés des changes et des ac­tions, met­tant un terme à l’op­ti­misme dé­bri­dé ac­tuel­le­ment à l’oeuvre. Sou­te­nus ar­ti­fi­ciel­le­ment du­rant plu­sieurs an­nées, ces der­niers pour­raient ain­si connaître une im­por­tante cor­rec­tion à la baisse.

En mars, la Fed a donc re­le­vé son prin­ci­pal taux di­rec­teur d’un quart de point pour le por­ter dans une four­chette entre 0,75 et 1%, ce qui montre un op­ti­misme (tou­te­fois me­su­ré) quant à l’évo­lu­tion des mar­chés fi­nan­ciers. Ce­pen­dant, l’in­fla­tion ne s’est pas réel­le­ment amé­lio­rée, ni les sa­laires, for­çant une cer­taine pru­dence. Les pro­jec­tions sont res­tées in­chan­gées pour l’an­née en cours avec deux hausses res­tantes, sui­vies par trois autres en 2018. La pré­si­dente de la Fed Ja­net Yel­len a te­nu à ras­su­rer: «Nous avons lar­ge­ment le temps de voir ce qu’il ar­ri­ve­ra.» L’an­nonce a sus­ci­té des ré­ac­tions pa­ra­doxales. Ain­si, les ren­de­ments des bons du Tré­sor à 10 ans ont lâ­ché 10 points de base, l’in­dice ve­dette S&P a pro­gres­sé de 1%, le dol­lar s’est re­plié et les titres des mar­chés émer­gents ont sus­ci­té un re­gain d’in­té­rêt des in­ves­tis­seurs. Les craintes sont plu­tôt faibles de voir les taux se res­ser­rer plus abrup­te­ment et la po­li­tique de la Fed sti­mule de toute évi­dence la de­mande pour les titres ris­qués.

Im­pact sur le mar­ché des changes

La deuxième par­tie de l’équa­tion est le fait que l’Eu­rope n’a plus be­soin de me­sures d’ur­gence. L’in­fla­tion s’est ac­cé­lé­rée dans la zone eu­ro, don­nant de nou­veaux ar­gu­ments pour sor­tir de la po­li­tique mo­né­taire ex­pan­sion­niste de la BCE. En l’ab­sence de tout bou­le­ver­se­ment po­li­tique ma­jeur d’ici à sep­tembre, les condi­tions de­vraient être réunies pour y mettre fin. Lors d’une confé­rence de presse dé­but mars, Ma­rio Dra­ghi a in­di­qué que les risques de dé­fla­tion ont lar­ge­ment di­mi­nué et que «le sen­ti­ment d’ur­gence n’est plus pré­sent», un clair chan­ge­ment de ton. L’in­fla­tion tend à re­mon­ter, même en ex­cluant la hausse des prix de l’éner­gie. Elle se fixe à 0,9%. Dans une in­ter­view pa­rue dans le Han­dels­blatt, Ewald No­wot­ny, membre du Conseil des gou­ver­neurs de la BCE, a sug­gé­ré contre toute at­tente que le pro­ces­sus de nor­ma­li­sa­tion pour­rait com­prendre un re­lè­ve­ment du taux des dé­pôts avant ce­lui du taux prin­ci­pal. La BCE pour­rait éga­le­ment ne pas at­tendre la fin du pro­gramme d’as­sou­plis­se­ment quan­ti­ta­tif, ou­vrant la voie à un res­ser­re­ment plus ra­pide. La po­li­tique ti­mide de la Fed, conju­guée à une BCE moins ac­com­mo­dante, nous porte à croire qu’il est dif­fi­cile d’en­vi­sa­ger la paire EUR-USD fai­blir du­ra­ble­ment sous 1,05 USD.

A court terme, les in­ves­tis­seurs de­vraient se tour­ner vers les ac­tifs ris­qués et pri­vi­lé­gier les pays moins ex­po­sés aux in­cer­ti­tudes po­li­tiques amé­ri­caines pour di­mi­nuer le «fac­teur Trump», no­tam­ment les mar­chés ac­tions des pays dis­po­sant d’un so­lide mar­ché in­té­rieur, d’un dif­fé­ren­tiel éle­vé de taux d’in­té­rêt et bé­né­fi­ciant de prix des ma­tières pre­mières en hausse tels que l’Aus­tra­lie, le Bré­sil et l’Inde. Sur le Fo­rex, la ten­dance à la hausse de la paire EUR-USD pour­rait res­ter mo­dé­rée en rai­son de l’élec­tion en France, mais lorsque les deux po­li­tiques mo­né­taires conver­ge­ront et que le mou­ve­ment an­ti­eu­ro­péen per­dra du ter­rain, elle pour­rait s’ac­cé­lé­rer.

La pro­ba­bi­li­té que les deux banques cen­trales les plus im­por­tantes du monde suivent une po­li­tique mo­né­taire si­mi­laire d’ici à cet au­tomne a sen­si­ble­ment aug­men­té. Ana­lyse et conseils. AR­TI­FI­CIEL­LE­MENT SOU­TE­NUS DU­RANT DES AN­NÉES, LES MAR­CHÉS CONNAέTRAIENT ALORS UNE FORTE COR­REC­TION À LA BAISSE

La Fed vient de re­le­ver son prin­ci­pal taux di­rec­teur d’un quart de point.

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